Rechercher
Analyse

Des déclarations non prouvées au sujet des groupes placés sur liste terroriste

Sans convaincre, des responsables ont présenté la condamnation d'une collectrice de fonds comme preuve que le FPLP utilisait une association pour financer ses activités

Judah Ari Gross

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des partisans palestiniens du FPLP lors d'un rassemblement marquant le 52e anniversaire de sa fondation, dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 14 décembre 2019. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)
Des partisans palestiniens du FPLP lors d'un rassemblement marquant le 52e anniversaire de sa fondation, dans la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 14 décembre 2019. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le 22 octobre dernier, le ministre de la Défense Benny Gantz annonçait placer six groupes de la société civile palestinienne sur la liste des organisations terroristes pour avoir, selon le gouvernement israélien, servi de façade au groupe terroriste du Front populaire de libération de la Palestine. Depuis, Israël se trouve sur la défensive.

Les groupes internationaux de défense des droits de l’homme ont qualifié cette décision d’attaque contre la société civile palestinienne, et les gouvernements étrangers – y compris ceux des États-Unis et des alliés européens – l’ont remise en question, demandant à voir les preuves à l’appui de la désignation terroriste.

Un dossier préparé par le Shin Bet, qui a été montré à des gouvernements étrangers, puis divulgué à des journalistes, n’a pas révélé d’informations accablantes et a semblé reposer en grande partie sur des preuves circonstancielles et des affirmations faites par des membres d’autres organisations. Si Israël possède des documents clairs sur les liens entre les six organisations et le FPLP – un groupe responsable de certaines des attaques terroristes les plus meurtrières de l’histoire d’Israël –, le dossier du Shin Bet est loin d’apporter des preuves irréfutables et sans équivoque.

Mercredi soir, des responsables et des diplomates israéliens ont cité un événement qui, selon eux, prouvait « sans l’ombre d’un doute » que ces groupes servaient de façade au FPLP : la condamnation, le matin même, d’une femme hispano-palestinienne, Juani Rishmawi, qui travaillait pour le Comité de travail pour la santé, une organisation qui collectait frauduleusement des fonds et qui, selon Israël, en transférait une partie au FPLP.

Juani Rishmawi a été arrêtée en début d’année, à l’issue d’une campagne de répression de deux ans contre le FPLP, qui a débuté après l’attentat à la bombe de 2019 contre une source populaire de Cisjordanie, perpétré par le groupe. L’attaque a tué l’adolescente israélienne Rina Shnerb et grièvement blessé son père et son frère alors qu’ils y faisaient de la randonnée.

Le verdict de mercredi « prouve que le Front populaire utilise des organisations ‘humanitaires’ pour collecter des fonds pour le terrorisme », a déclaré le bureau de Benny Gantz dans un communiqué.

« Aujourd’hui, une Palestinienne de nationalité espagnole a admis avoir collecté des fonds pour le compte du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) par le biais de l’une de ces organisations humanitaires. Elle a également précisé que les six organisations désignées comme organisations terroristes avaient trompé et induit en erreur des pays et des organisations internationales alors qu’elles collectaient des fonds, qui étaient ensuite utilisés pour financer le terrorisme. Cet aveu prouve, sans l’ombre d’un doute, que le FPLP et ces organisations humanitaires sont inséparables », a déclaré l’ambassadeur israélien aux États-Unis et aux Nations unies, Gilad Erdan, dans un communiqué.

L’ambassadeur israélien aux Nations Unies Gilad Erdan s’adresse au Conseil de sécurité, le 19 octobre 2021. (Autorisation)

Mais ce n’est pas ce qu’elle a admis.

L’accord de plaidoyer de Juani Rishmawi ne fait aucune référence aux six organisations désormais illégales, bien que la question ait été soulevée par le procureur militaire qui l’a incluse comme information générale. Elle a explicitement déclaré qu’elle ne savait pas qu’elle collectait des fonds pour le FPLP et qu’elle ignorait que l’argent était collecté frauduleusement ni par quelle façon il était collecté frauduleusement.

Elle a également déclaré qu’elle avait « renoncé à ses activités » après avoir appris qu’un membre du Conseil de la protection des consommateurs avait donné de l’argent au FPLP qui a été utilisé pour commettre une attaque terroriste, bien qu’elle soit néanmoins restée dans l’organisation, comme l’a précisé le procureur militaire lors de l’audience de mercredi.

Par conséquent, son plaidoyer de culpabilité ne comportait aucune preuve concernant le transfert de fonds au FPLP ou l’illégalité de la collecte de fonds. Son témoignage est beaucoup plus modeste et technique.

Juani Rishmawi a seulement admis avoir travaillé pour le HWC, qui avait déjà été interdit par l’armée d’opérer en Cisjordanie en 2020, et avoir apporté de l’argent en Cisjordanie en son nom.

En échange de son plaidoyer de culpabilité, Juani Rishmawi purgera une peine réduite de 13 mois de prison et paiera une amende de 50 000 shekels (14 000 euros), mais la décision finale sera prise lors d’une audience de détermination de la peine la semaine prochaine.

Il convient de noter que les défendeurs palestiniens devant les tribunaux militaires israéliens acceptent très majoritairement des accords de plaidoyer, car les taux de condamnation sont extrêmement élevés et les juges exigent généralement que les suspects restent en prison pendant la durée de leur procès, souvent long. Cela signifie qu’un accusé peut rester incarcéré plus longtemps afin de prouver son innocence qu’il ne le ferait en plaidant coupable et en étant libéré avec une courte peine.

Des photos publiées le 6 mai 2021 montrant, de gauche à droite, Juani Rishmawi, Amro Hamouda, Said Abdat et Tayseer Abu Sharbak, qui sont soupçonnés d’avoir volé des fonds dans des pays européens pour le groupe terroriste du Front populaire de libération de la Palestine. (Crédit : Shin Bet)

Plusieurs autres employés de HWC sont poursuivis pour des accusations qui portent davantage sur la fraude présumée de l’organisation et son soutien financier au FPLP. Mais ces allégations relatives à la relation que HWC entretient avec le FPLP n’étaient pas du ressort de l’affaire Juani Rishmawi et ont été laissées de côté par l’accusation car non démontrées ou vérifiées dans un tribunal militaire.

« Pendant tout ce temps, je pensais que je travaillais pour une organisation de santé, une organisation médicale, avec de nombreux projets et programmes de santé et de médecine, et je suis vraiment désolée. J’ai juste fait une erreur et je veux que vous preniez en considération le fait que je n’ai jamais eu l’intention de faire du mal à qui que ce soit », a déclaré Juani Rishmawi dans une déclaration à l’audience.

Il est déjà évident que les allégations d’Israël contre les six organisations désignées comme terroristes – Al-Haq, Addameer, Defense for Children International-Palestine, le Bisan Center for Research and Development, l’Union des comités de femmes palestiniennes et l’Union des comités de travail agricole – ne sont pas sans fondement. Ces groupes avaient des liens connus avec le FPLP. L’Union des comités de travail agricole, par exemple, employait deux membres de la cellule du FPLP – y compris son chef présumé, Samer Arbid – soupçonnée d’être à l’origine de l’attentat de 2019 qui a tué Rina Shnerb.

Cependant, Israël n’a pas encore rendu publiques les preuves tangibles qui permettraient à ces allégations de dépasser le stade de la culpabilité par association et via les actions d’individus, pour entrer dans le domaine du soutien clair au terrorisme à l’échelle de l’organisation – des activités qui justifieraient alors la désignation comme organisations terroristes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...