Des dizaines de milliers de manifestants contre Netanyahu
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Des dizaines de milliers de manifestants contre Netanyahu

Les rassemblements de ce samedi soir dans tout le pays pourraient être les plus importants à ce jour

  • Des militants manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Dizengoff à Tel Aviv le 10 octobre 2020 (Tomer Neuberg/Flash90)
    Des militants manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Dizengoff à Tel Aviv le 10 octobre 2020 (Tomer Neuberg/Flash90)
  • Un homme manifeste contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des célébrations du Simchat Torah à Tel-Aviv le 10 octobre 2020 (Tomer Neuberg/Flash90)
    Un homme manifeste contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des célébrations du Simchat Torah à Tel-Aviv le 10 octobre 2020 (Tomer Neuberg/Flash90)
  • Des militants manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la route 3, dans le centre d'Israël, le 10 octobre 2020 (Nati Shohat/Flash90)
    Des militants manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la route 3, dans le centre d'Israël, le 10 octobre 2020 (Nati Shohat/Flash90)

Des dizaines de milliers d’Israéliens ont manifesté contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans plus de 1 000 rassemblements respectant la distanciation sociale dans tout le pays samedi soir – le quatrième soirée de ce type depuis que le gouvernement a institué une interdiction des manifestations de masse dans le cadre du confinement national dû au coronavirus.

Des affrontements ont été signalés à Tel Aviv entre les manifestants et la police alors que les autorités tentaient d’empêcher les militants de défiler dans les rues. La police a déclaré avoir arrêté huit manifestants à Tel Aviv et à Jérusalem.

Les rassemblements de ce samedi soir auraient attiré les foules les plus importantes après des mois de manifestations appelant à la démission de Netanyahu pour ses accusations de corruption et sa mauvaise gestion présumée de la pandémie.

Depuis que les restrictions sur les manifestations ont été approuvées le mois dernier, des dizaines de milliers d’Israéliens ont organisé des manifestations aux coins des rues et sur les places publiques à proximité de leur domicile.

Les Douzième et Treizième chaînes ont toutes deux rapporté que les manifestations de samedi semblaient être les plus denses jamais organisées. Le mouvement des « Drapeaux noirs », l’un des groupes phare des manifestations, a déclaré que plus de 200 000 personnes avaient participé aux rassemblements, même si ses affirmations n’ont pu être vérifiées.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés sur les places Habima et Rabin de Tel Aviv samedi soir. Alors que beaucoup semblaient veiller à respecter la distanciation sociale, d’autres ont formé de grands groupes. Des dizaines de manifestants se sont répartis dans les rues avoisinantes, brandissant des pancartes sur lesquelles étaient inscrites les phrases : « Laisse-nous sortir », « Bibi, tu détruis mon avenir », ou, tout simplement « Pars ».

« Nous voulons un gouvernement qui se soucie de la population », a déclaré Itay Flicker, un habitant de Tel Aviv. « Nous manifestons parce que les gens souffrent vraiment – en termes de santé, d’économie, etc. Mais le gouvernement est totalement détaché de tout cela. »

En plus des deux rassemblements sur les places Habima et Rabin, des dizaines d’autres petits groupes de manifestants ont surgi dans divers quartiers de Tel Aviv. Les manifestants ont défilé dans les rues centrales et se sont tenus sur les balcons de leurs appartements, agitant des drapeaux et des pancartes.

« Je ne peux pas supporter voir cet homme détruire mon pays. Pendant trois ans, j’ai tenu un fusil et servi le pays dans une unité secrète… Je fais encore plus de 25 jours de service de réserve en un an. Aujourd’hui, je me retrouve avec un drapeau et une corne, et j’ai le même sentiment de servir [le pays] que lorsque j’ai pris les armes », a déclaré Adam Eshel, étudiant en doctorat.

Interrogé par le Times of Israël au sujet du chef de Yamina, Naftali Bennett, qui enregistre une forte hausse dans les sondages d’opinion ces derniers jours, et qui pourrait un jour finir par remplacer Netanyahu, Eshel a déclaré que sa farouche opposition à Netanyahu ne touchait pas Bennett, autre homme politique de droite.

« Hormis ses horribles déclarations sur la communauté LGBT et ainsi de suite, il n’y a aucune raison pour qu’il ne soit pas élu, tant qu’il n’a pas perdu son sens du devoir patriotique comme l’a fait Netanyahu », a déclaré Eshel.

Des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de la ville au cours de la soirée. Les manifestants ont quitté Habima par centaines en direction de la rue Dizengoff, bloquant la principale artère de Tel Aviv. Des centaines d’autres manifestants ont défilé de la place Rabin vers la rue Arlozorov, où ils ont été bloqués par la police alors qu’ils tentaient de rejoindre une autoroute.

Les manifestants ont bloqué rue après rue – Dizengoff, Ben Yehuda, Ibn Gavirol – pendant des heures, plusieurs marches se croisant.

La police a déclaré que ces marches étaient illégales car sans coordination préalable avec les forces de l’ordre. Lorsque la police de Tel Aviv avait autorisé une marche la semaine dernière malgré son caractère illégal, le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana en avait fait une critique publique sur Twitter.

Le samedi soir suivant, de violents affrontements avaient éclaté entre la police et les manifestants dans le centre de Tel Aviv alors qu’ils défilaient dans les rues de la ville ; le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, avait été légèrement blessé au cours de ces affrontements. Un petit groupe de manifestants anti-Netanyahu, mardi soir, s’était retrouvé bloqué par la police de tous les côtés.

Mais ce samedi, les affrontements entre la police et les manifestants ont été relativement rares, alors que les manifestants ont fermé les principales routes. Les voitures attendaient derrière des fourgons et des motos de police qui ont fait office de barrages routiers de fortune pendant que des milliers de manifestants défilaient. La police a occasionnellement bloqué l’accès de certaines rues aux manifestants, incitant des milliers d’entre eux à prendre rapidement la direction opposée.

La police israélienne n’a pas émis de commentaires publics sur un éventuel changement de politique, bien qu’elle ait condamné ce qu’elle a qualifié de « nombreuses et graves atteintes à l’ordre public et de violations des directives dues au coronavirus » dans une déclaration faite après la manifestation.

« De nombreux manifestants ont porté atteinte à l’ordre public, bloqué les intersections, ignoré les ordres de la police et, dans certains endroits, eu recours à la violence physique et verbale. La plupart d’entre eux ont violé de manière flagrante les directives dues au coronavirus lorsqu’ils se sont rassemblés sans garder leurs distances, sans porter de masque et lorsqu’ils ont mis en danger la santé publique », a déclaré la police.

Vers minuit, plusieurs marches ont de nouveau convergé vers la place Habima. Les organisateurs de la manifestation, affiliés au groupe anti-Netanyahu Kumi Yisrael [Lève-toi Israël], ont appelé la foule à se disperser pacifiquement et à rentrer chez eux via des mégaphones. La majorité s’est exécutée, laissant quelques dizaines de manifestants dispersés sur la place.

Le Likud de Netanyahu a déclaré dans un communiqué que les manifestations « ne pouvaient couvrir le fait que le Premier ministre Netanyahu dirige avec brio le confinement qui contribue à faire baisser la morbidité », affirmant que de nombreuses nations européennes semblaient également se diriger vers un nouveau confinement.

« La gauche peut continuer à manifester, le Premier ministre Netanyahu continuera à sauver la vie des citoyens d’Israël », a déclaré le parti.

Samedi après-midi, la police a empêché un groupe de protestation de 130 cyclistes de s’approcher de la maison de Netanyahu à Césarée, a rapporté la chaîne publique Kan.

Les cyclistes portaient des drapeaux dans le cadre du mouvement « Drapeaux noirs » contre le Premier ministre. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés par des officiers à des amendes pour avoir enfreint les restrictions de confinement.

Des militants protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le quartier de Beit HaKerem à Jérusalem, le 10 octobre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Samedi, la police a dû relever un double défi dans son effort d’imposer les restrictions de distanciation sociale, devant gérer à la fois les manifestations de masse dans tout le pays et les rassemblements attendus dans les communautés ultra-orthodoxes d’Israël à l’occasion de la fête de Simhat Torah.

Les soirs de manifestations précédents ont été marqués par des affrontements entre les manifestants et la police, ainsi que par des cas de violence physique de la part des contre-manifestants.

Vendredi, le ministre de la Défense Benny Gantz a demandé que davantage de policiers soient postés lors des manifestations anti-gouvernementales en raison d’une série d’agressions contre les manifestants, avertissant que la violence pourrait se terminer par un « meurtre ».

Tard mardi soir, le cabinet du Premier ministre a déclaré que les ministres avaient approuvé par un vote téléphonique la prolongation des mesures de confinement, y compris les limites imposées aux manifestations. Ces mesures resteront en place au moins jusqu’à mardi.

Israël a imposé un confinement national avant Rosh HaShana le mois dernier pour contenir l’épidémie de coronavirus. La Knesset a adopté la semaine dernière une loi permettant au gouvernement de déclarer un état d’urgence spécial d’une semaine afin de limiter la participation aux rassemblements en raison de la pandémie. Le gouvernement a ensuite déclaré l’état d’urgence, limitant tous les rassemblements publics à moins d’un kilomètre de son domicile.

Netanyahu a déclaré que ces restrictions étaient motivées par des préoccupations de sécurité alors que le pays est confronté à une pandémie galopante, tandis que les critiques et les manifestants l’accusent de resserrer le confinement pour museler les dissidents.

Des militants protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le quartier de Beit HaKerem à Jérusalem le 10 octobre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Cependant, l’interdiction de manifester semble n’avoir fait que motiver davantage les manifestants, des dizaines de milliers d’entre eux s’étant rassemblés dans tout le pays la semaine dernière.

Israël a d’abord été félicité pour avoir rapidement imposé des restrictions en février afin de freiner la propagation du coronavirus. Mais après la réouverture de l’économie et des écoles en mai, les nouveaux cas ont rapidement augmenté, atteignant l’un des taux les plus élevés au monde par habitant.

Après près de trois semaines de mesures de confinement, le nombre de nouveaux cas quotidiens diminue progressivement, mais les infections continuent de se propager, en particulier parmi la communauté ultra-orthodoxe sévèrement touchée.

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