Des « douzaines » de proches de Mohammad Dahlan arrêtés en Cisjordanie
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Des « douzaines » de proches de Mohammad Dahlan arrêtés en Cisjordanie

L'ex-chef de la sécurité du Fatah, exilé depuis 2011, est considéré comme un prétendant à la succession du président de l'AP ; il a notamment été blâmé pour l'accord Israël-EAU

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et  Mohammad Dahlan, à gauche, quittent une conférence de presse en Egypte, en février 2007 (Crédit : AP/Amr Nabil)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et Mohammad Dahlan, à gauche, quittent une conférence de presse en Egypte, en février 2007 (Crédit : AP/Amr Nabil)

Plusieurs membres d’un mouvement dissident du Fatah associé à l’ex-chef de la sécurité du parti, Mohammad Dahlan, ont été appréhendés par les forces de l’Autorité palestinienne (AP) lundi, en Cisjordanie, dans le cadre d’une répression récente qui a entraîné l’arrestation de « douzaines » de membres de la faction, a fait savoir cette dernière dans un communiqué.

Le général Salim Safiyya, haut-responsable du Fatah à Jéricho, et Haytham al-Halabi, membre du Conseil révolutionnaire du Fatah, ont été tous les deux interpellés aux côtés de « plusieurs de leurs camarades », selon le Courant réformiste démocratique.

Un porte-parole des services de sécurité de l’AP n’a pas répondu à nos tentatives de le joindre par téléphone.

Pour sa part, Dimitri Diliani, porte-parole du Courant réformiste démocratique, a déclaré au Times of Israel que des « douzaines » de membres du groupe de Dahlan avaient été arrêtés ces dernières semaines.

« C’est une tentative, de la part d’Abu Mazen, de détourner l’attention de ses échecs diplomatiques, des accords de normalisation conclus avec Israël », a indiqué Daliani, se référant au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en utilisant son nom de guerre. « C’est une tentative de dissimuler le fait que les Dahlanistes sont dorénavant devenus une faction plus large au sein du Fatah. »

Alors qu’il lui était demandé si le Courant essayait actuellement de discuter avec le Fatah et de négocier la libération de ses membres, Daliani a répondu qu’il était probable que les tribunaux de Cisjordanie ordonnent la libération des détenus.

Dahlan est considéré comme un prétendant possible à la succession d’Abbas, qui est âgé aujourd’hui de 84 ans, et il est vu comme un adversaire politique du leader de l’AP. Ancien chef du Fatah, ancien ministre de la Sécurité de l’AP, Dahlan avait été expulsé de Cisjordanie à l’issue d’une querelle politique amère et sanglante qui l’avait opposé aux dirigeants actuels de l’Autorité palestinienne.

A l’époque, d’autres officiels de l’AP avaient accusé Dahlan de corruption. Ses partisans, pour leur part, avaient affirmé qu’il avait été écarté parce qu’il représentait une menace pour Abbas et sa présidence.

Les sondages d’opinion ne révèlent qu’un enthousiasme populaire médiocre à l’égard de l’ancien chef sécuritaire. Mais Dahlan compte des fidèles dans la bande de Gaza, où il est né, et il bénéficie de l’appui d’une puissance régionale croissante : Les Emirats arabes unis. Depuis qu’il s’est installé dans ce pays du Golfe, en 2011, Dahlan est devenu un conseiller important du leader de facto des EAU, le prince Mohammed Bin Zayed Al Nahyan.

Des responsables de l’AP ont publiquement accusé Dahlan d’avoir été impliqué dans les décisions récentes prises par les EAU et Bahreïn de normaliser leurs relations avec Israël. Dahlan vit à Abou Dhabi depuis qu’il a fui la Cisjordanie, en 2011.

La semaine dernière, le quotidien israélien Israel Hayom avait fait savoir – une information mensongère – que l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, avait déclaré qu’il « réfléchissait » à confier à Dahlan le leadership palestinien. Le journal avait ensuite apporté une correction, disant que Friedman avait déclaré que « nous ne cherchons pas à mettre en place des dirigeants palestiniens ».

Mohammad Dahlane, lors d’une interview accordée à l’Associated Press dans son bureau de Ramallah, en Cisjordanie, le 3 janvier 2011. (AP Photo/Majdi Mohammed, Dossier)

Les officiels palestiniens de l’ensemble du spectre politique avaient ignoré cette correction et ils avaient émis de nombreuses condamnations des propos qui avaient initialement été attribués à Friedman.

« La Palestine n’est pas un État américain dont on peut déterminer les dirigeants. La Palestine n’est pas non plus un protectorat américain où Votre Honneur seriez en mesure de décider de qui seront ses gouvernants », avait écrit un officiel éminent de l’AP, Hussein al-Sheikh, sur Twitter.

Dahlan avait émis un communiqué démentant toute implication de sa
part : « Celui qui pourra nous imposer à nous, Palestiniens, sa volonté n’est pas encore né ». Il avait également appelé à des élections populaires pour déterminer de nouveaux dirigeants.

Le mouvement de Dahlan a conservé, dans l’ensemble, un silence remarquable concernant la décision des Emirats arabes unis de normaliser leurs liens avec Israël. Alors même que de fortes condamnations émanaient des rangs de toute la sphère politique palestinienne, le mois dernier, le courant de Dahlan avait pour sa part opté pour une approche délibérément neutre – peut-être en raison de la résidence de Dahlan à Abou Dhabi.

Une source du mouvement de l’ex-chef de la sécurité a déclaré, la semaine dernière, au Times of Israel que si le Courant était opposé, par principe, à la normalisation, les décisions souveraines prises par les Emirats arabes unis et Bahreïn devaient être respectées.

« Nous n’intervenons pas dans les décisions souveraines des pays arabes… et nous respectons les décisions de ces pays. Si nous nous y opposons, alors nous faisons part de notre opposition à huis-clos », a commenté cette source.

« Concernant les Emirats, nous sommes les invités de ce pays généreux et noble qui accueille notre faction depuis 2011 », a-t-elle ajouté.

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