Des habitants d’implantations accusés d’avoir battu un rabbin âgé de 80 ans
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Des habitants d’implantations accusés d’avoir battu un rabbin âgé de 80 ans

L'octogénaire et 4 autres militants étrangers ont été attaqués dans le nord de la Cisjordanie à coups de pieds-de-biche alors qu'ils aidaient des Palestiniens dans leur récolte

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Moshe Yehudai, militant de Rabbis for Human Rights, dont l'ONG a déclaré qu'il avait été attaqué par un groupe d'habitants d'implantations masqués dans le nord de la Cisjordanie, le 16 octobre 2019. (Crédit : Rabbis for Human Rights)
Moshe Yehudai, militant de Rabbis for Human Rights, dont l'ONG a déclaré qu'il avait été attaqué par un groupe d'habitants d'implantations masqués dans le nord de la Cisjordanie, le 16 octobre 2019. (Crédit : Rabbis for Human Rights)

Mercredi, un militant israélien âgé de 80 ans a dit qu’il « avait eu peur pour sa vie » quand un groupe de jeunes habitants d’implantations armés de pieds-de-biche l’a attaqué lui et un groupe de volontaires étrangers aidant des fermiers palestiniens lors de la récolte annuelle d’olives dans le nord de la Cisjordanie.

Le rabbin Moshe Yehudai a fait ses commentaires à la Radio de l’armée quelques heures après l’agression. Celle-ci a été filmée par des groupes de défense de droits de l’homme présents sur place.

Des cinq volontaires qui ont été blessés, quatre venaient des Etats-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays européens, a déclaré un militant de terrain de l’ONG Yesh Din. Yehudai, un activiste israélien de Rabbis for Human Rights, a été la cinquième personne ciblée. Il a reçu de violents coups au bras et à la tête. Il a été transporté au centre médical Meir à Kfar Saba avec un bras cassé.

Rabbis for Human Right recrute des Israéliens et des volontaires étrangers afin d’accompagner des Palestiniens, qui affirment être régulièrement visés par des actes d’intimidation et de la violence alors qu’ils travaillent sur leurs récoltes situées non loin d’implantations à travers la Cisjordanie.

Mercredi matin, environ 10 volontaires aidaient des fermiers palestiniens des villages de Burin et d’Haware quand un groupe de 30 habitants d’implantations masqués sont descendus d’Yitzhar, une implantation identifiée par les responsables de la sécurité comme un foyer d’extrémistes, selon un militant de Yesh Din.

Le militant de Yesh Din qui a parlé au Times of Israël a expliqué qu’il était arrivé sur place peu après le début de l’attaque. Après qu’une jeep de l’armée a été aperçue au loin en train d’arriver vers le terrain, les jeunes habitants d’implantations ont déclenché un incendie et se sont repliés vers Yitzhar. À ce moment-là, le véhicule de l’armée a fait demi-tour, a déclaré un membre de l’ONG.

Des avions de lutte contre les incendies ont été déployés pour éteindre le feu qui a brûlé des oliviers, dont certains centenaires, selon Yesh Din.

Une porte-parole militaire a expliqué que l’armée enquêtait sur l’incident, mais elle n’a pas pu donner d’informations supplémentaires.

Un volontaire de Yesh Din avec les blessures subies lors d’une altercation avec les habitants d’implantations en Cisjordanie, le 16 octobre 2019. (Crédit : Yesh Din / Lexie Botzum)

Les volontaires étrangers ont déposé plainte au commissariat de police le plus proche, dans l’implantation d’Ariel, mais une porte-parole de la police a déclaré qu’elle ne pouvait pas donner d’informations quant à savoir si une enquête policière avait été ou non ouverte.

Mercredi, un communiqué de l’implantation de Yitzhar a rejeté la faute de l’incident sur les « provocations causées par des militants d’extrême gauche », qui se sont approchés de l’implantation avec des Palestiniens. Le communiqué notait que cela a entraîné « un risque sécuritaire ».

S’exprimant depuis une ambulance du Croissant Rouge palestinien qui s’occupait de ses blessures à proximité du lieu de l’attaque, Yehudai a expliqué : « Tout d’un coup, les habitants d’implantations sont arrivés avec leurs visages [couverts]. Ils ont commencé à courir vers nous, ils nous ont entourés, ils m’ont lancé des pierres dessus, et m’ont frappé avec des pieds-de-biche, et j’ai été blessé à la tête. »

« Je leur ai dit que j’avais 80 ans et de me laisser tranquille », a-t-il ajouté, se plaignant que les agresseurs ont refusé de l’écouter.

L’incident est intervenu alors que la récolte annuelle d’olives vient juste de commencer. Plus de 100 000 familles palestiniennes dépendent des revenus qu’elles obtiennent de leurs olives et 18 % de la production agricole palestinienne vient des olives, selon les statistiques du Bureau des Nations unies pour la Coordination des Affaires humanitaires.

La récolte est une occasion fréquente d’accrochages entre les Palestiniens et les habitants israéliens des implantations.

Des médias palestiniens et des groupes de défense de droits de l’homme ont dénoncé de multiples cas d’Israéliens qui ont perturbé la récolte annuelle, en attaquant des Palestiniens, en volant des olives et en déracinant des arbres.

Dans de nombreux endroits, les fermiers font face à des actes d’intimidation et de violence de la part d’habitants d’implantations extrémistes. Ils appellent à l’aide des militants étrangers et israéliens, dont des rabbins, pour les protéger eux et leurs récoltes.

Certains des incidents sont considérés comme des attaques de représailles suite à des attaques palestiniennes sur des Israéliens, même si les fermiers ciblés n’étaient pas impliqués.

Dans d’autres cas, selon les groupes de défense des droits de l’homme, il n’y a pas d’autres motivations que de détruire des propriétés palestiniennes.

Des habitants des implantations affirment que leurs récoltes ont aussi été détruites par des Palestiniens, qui citent un incident de mai 2018 dans lequel 1 000 pieds de vignes ont été détruits.

Crime de haine

Mercredi également, les résidents du village du centre de la Cisjordanie de Deir Ammar se sont réveillés pour découvrir que 10 véhicules avaient été vandalisés et des murs avaient été tagués avec des slogans en hébreu dans ce dernier crime raciste en date ciblant les Palestiniens au-delà de la Ligne verte.

Il y avait notamment les phrases suivantes taguées sur les voitures et les murs : « Quand nos frères sont assassinés, c’est notre devoir de ne pas oublier », et « La nation d’Israël vit », selon le militant de Yesh Din qui est arrivé sur place et qui a fourni des photos des dégâts.

La police a déclaré qu’elle était au courant de l’incident.

Une voiture à Deir Ammar ciblée par une « attaque prix à payer », le 16 octobre 2019. (Yesh Din)

La semaine dernière, la police a ouvert une enquête après que des Palestiniens du village de Qira dans le nord de la Cisjordanie se sont réveillés pour découvrir que 13 véhicules avaient été vandalisés et que des messages de haine avaient été tagués en hébreu sur des murs à travers la ville.

Parmi les phrases taguées dans la ville située au nord de l’implantation d’Ariel, on pouvait lire : « Il n’y a pas de place pour les ennemis d’Israël » et « Quand des Juifs sont blessés, c’est notre devoir de ne pas oublier ».

Les images des caméras de vidéo surveillance à Qira ont filmé plusieurs individus masqués marchant à travers le village et crevant les pneus d’un tracteur et d’autres véhicules.

Abdullah Kamil, le gouverneur du district de Salfit dans lequel se situe Qira, a déclaré au journal Haaretz que le gouvernement israélien « porte la responsabilité des crimes et des attaques répétées par les habitants d’implantations ».

Une étoile de David taguée sur le mur d’une maison palestinienne à Qira dans ce qui semble être une attaque « prix à payer », le 6 octobre 2019. (Ouhoud Khafash/Yesh/Din)

Malgré les dizaines de crimes racistes qui ont ciblé les Palestiniens et leurs biens au cours de l’année passée, peu de responsables ont été arrêtés ou inculpés, selon des groupes de défense de droits de l’homme.

Les incidents, souvent qualifiés « d’attaques du prix à payer », sont habituellement limités à des incendies et des tags, mais on compte parfois des attaques physiques et même des meurtres.

En décembre, le Bureau des Nations unies pour la Coordination des affaires humanitaires a publié un rapport qui montrait une augmentation de 69 % des attaques d’habitants d’implantations sur les Palestiniens en 2018 par rapport à 2017.

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