Des historiens mettent en doute les antécédents juifs d’Hitler
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Des historiens mettent en doute les antécédents juifs d’Hitler

De nouvelles recherches tentent de ressusciter la théorie selon laquelle le dictateur nazi avait un grand-père juif

Adolf Hitler avec un de ses valets d'avant-guerre, Karl Wilhelm Krause (Domaine public)
Adolf Hitler avec un de ses valets d'avant-guerre, Karl Wilhelm Krause (Domaine public)

D’éminents historiens ont mis en doute de nouvelles affirmations selon lesquelles Adolf Hitler aurait eu des ancêtres juifs, des dizaines d’années après que cette théorie du complot eut été lancée par l’avocat personnel du dictateur nazi.

Dans un article récemment publié dans le Journal of European Studies, le psychologue américain Leonard Sax a déclaré qu’il avait prouvé que l’argument principal contre les affirmations de Hans Frank – qui a été gouverneur général de Pologne durant la Shoah et selon qui Hitler aurait eu un grand-père paternel juif – était faux.

Maria Anna Schicklgruber serait tombée enceinte d’un Juif alors qu’elle travaillait pour la famille Frankenberger dans la ville de Graz.

La plupart des historiens sont d’accord pour dire qu’il n’y avait pas de présence juive à Graz entre l’expulsion des Juifs de la région de Styrie à la fin du 15e siècle et le rétablissement de la vie communautaire à la fin des années 1860.

Évoquant des preuves d’archives, Sax affirme qu’il y a eu une « petite, mais désormais solide communauté juive » à Graz à partir de 1850 et que bien qu’il n’y ait pas de preuve directe de vie juive au moment de la conception du père d’Hitler, Alois en 1836, « on ne peut pas retenir qu’aucun juif ne vivait à Graz avant 1856 ».

Un communiqué de presse faisant la promotion de la recherche de Sax allait encore plus loin, affirmant que cet article était « une nouvelle preuve que le grand-père d’Hitler était Juif ». Sax est psychologue et auteur des livres Girls on the Edge et Why Gender Matters, entre autres.

« J’affirme que l’un des facteurs qui a motivé son antisémitisme était son besoin intense de prouver qu’il n’était pas Juif », a-t-il dit dans une vidéo publiée sur YouTube.

Des historiens ont longtemps rejeté ces affirmations. Interrogé sur les découvertes de Sax, Sir Richard Evans, auteur de La troisième trilogie du Reich et ancien président du Wolfson College de l’université de Cambridge a répliqué que « même s’il y avait des Juifs qui vivaient à Graz dans les années 1830, au moment où le père d’Hitler, Alois, est né, cela ne prouve rien sur l’identité du grand-père paternel d’Hitler ».

Les mémoires de Frank sont « notoirement peu fiables », a déclaré Evans au Times of Israël.

« Il n’existe aucune preuve actuelle que la mère de Hitler soit jamais passée par Graz, ni qu’il y ait eu une famille Frankenberg qui y vivait. Il y avait une famille Frankenreiter à Graz, mais elle n’était pas juive. Aucune correspondance avec le père d’Hitler ou sa grand-mère maternelle n’a jamais été trouvée. Il n’y a pas non plus de preuve à la théorie selon laquelle le demi-neveu d’Hitler le savait et le faisait chanter, comme l’affirmait Frank. »

Sir Richard John Evan. (Crédit : Wikimedia Commons)

L’historien britannique réputé Ian Kershaw avait formulé des arguments similaires dans son livre Hitler 1889-1936: Hubris publié en 1998. Il y souligne que « le fils de Leopold Frankreiter et père prétendu du bébé… pour qui Frank Reiter semblait préparé à payer une pension alimentaire pendant treize ans, avait 10 ans au moment de la naissance d’Alois ».

« Je pense au fait que les néo-nazis se sentent insultés par l’idée qu’Hitler ait eu un grand-père juif, parce qu’ils détestent les Juifs », a déclaré Sax au Daily Mail dans un article sur ses recherches.

« Les Juifs sont souvent insultés par l’idée qu’Hitler ait eu un grand-père juif, parce qu’ils détestent Hitler. Mais maintenant, alors qu’une éternité s’est écoulée depuis la fin du Troisième Reich, nous sommes peut-être plus libres de nous demander, non pas ce qui est insultant et ce qui ne l’est pas, mais ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas ; et ce que cela signifie pour notre compréhension d’Adolf Hitler et de la Shoah ? »

Mais les experts de l’histoire de la Shoah demeurent sceptiques.

« La grand-mère (paternelle) d’Hitler n’était pas mariée, et en prenant en compte son rôle destructeur et ses actes ignobles, des rumeurs et des affirmations de ce type sont presque naturelles », a déclaré Havi Dreifuss, historien de la Shoah dans l’Europe de l’Est à l’université de Tel Aviv au Times of Israël. « Pourtant, je ne suis pas convaincu que (cette discussion) contribue au domaine et à notre compréhension de la Shoah. »

Selon Evans, les spéculations autour des antécédents généalogiques d’Hitler ont persisté pendant longtemps « parce que certains jugent son antisémitisme profond et meurtrier difficile à expliquer, à moins qu’il n’y ait des raisons personnelles derrière cela. »

« Il semble que ce soit la raison pour laquelle ce soit le docteur Leonard Sax, un psychiatre et non un historien, qui tienne ces propos », a-t-il dit.

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