Des Iraniens se confient alors que le cessez-le-feu expire dans trois jours
Le régime iranien semble plus fort que jamais après plusieurs semaines de guerre et les difficultés à l'origine des troubles ayant donné lieu à la sanglante répression semblent s'aggraver
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Les Iraniens, qui s’efforcent de vivre une vie à peu près normale après des semaines de bombardements américains et israéliens contre le régime et la répression meurtrière des manifestations de janvier dernier, continuent de craindre l’avenir, d’autant plus que les frappes aériennes et coupures d’Internet occasionnés par la guerre ont laissé des traces. Cela fait 50 jours que l’Iran n’a pas Internet.
En raison des pourparlers attendus pour proroger le cessez-le-feu et peut-être mettre fin au conflit, les commerces, restaurants et services publics sont ouverts.
En ces beaux jours de printemps, les parcs se remplissent de familles venues pique-niquer et de jeunes venus faire du sport, tandis que d’autres se retrouvent au café, en terrasse.
Mais derrière cette façade paisible, l’économie iranienne est en ruines et la population, en colère contre ces frappes aériennes destructrices, craint une nouvelle répression de la part des autorités. Et les difficultés à l’origine des troubles massifs qui ont donné lieu à la répression sanglante de janvier dernier pourraient bien s’aggraver.
La crainte d’une pression accrue de la part d’une théocratie qui résiste
« La guerre va prendre fin, mais c’est là que nos vrais problèmes avec le système vont recommencer. Si le régime parvient à un accord avec les États-Unis, je crains que cela n’augmente la pression sur les gens de la rue », confie à Reuters par téléphone depuis l’Iran, une femme de 37 ans du nom de Fariba, qui a pris part aux manifestations de janvier dernier.
« Les gens n’ont pas oublié les crimes commis par le régime en janvier, et le système n’a pas oublié que les gens ne veulent plus de lui. Pour l’heure, ils se retiennent parce qu’ils ne veulent pas se battre en plus sur le front intérieur », explique-t-elle.
Selon le bilan officiel, les bombardements ont fait des milliers de morts, – étant précisé que les chiffres ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante.
Israël estime à 5 000 soldats le nombre de soldats iraniens tués lors des frappes israéliennes, nombre d’entre eux membres des forces de sécurité intérieure ou des forces paramilitaires Basij.
Les bombardements ont par ailleurs détruit des infrastructures un peu partout dans le pays, ce qui fait planer le risque de licenciements massifs.
La théocratie iranienne semble plus solide que jamais après des semaines de bombardements intenses et contrôle les approvisionnements mondiaux de pétrole.
« Les Iraniens savaient que cette guerre ne renverserait pas le régime mais qu’elle aggraverait leur vie économique », déclare Omid Memarian, analyste iranien au sein du think tank américain indépendant Dawn.
« L’armée ne va pas déposer les armes. Ils vont rester et ça va être sanglant. Cela va nous coûter cher sans pour autant dégager des perspectives d’un avenir meilleur », ajoute-t-il.
Cette semaine, dans le nord, bourgeois, de Téhéran, Reuters a interviewé de jeunes Iraniens au sujet de la guerre et de leurs préoccupations. Les médias étrangers présents en Iran travaillent en respectant les directives du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, qui régule l’activité et donne les autorisations aux services de presse.
Selon Mehtab, qui travaille dans une entreprise privée et a demandé à rester anonyme, la situation pourrait être pire pour les Iraniens compte tenu de l’impact de la guerre, après des années de sanctions et d’isolement.
« Je ne dis pas que c’est normal, mais avec ce que nous avons vécu ici, ce n’est pas si grave. Nous pouvons faire avec », dit-elle.
Cette opinion n’est pas celle de tous les Iraniens contactés par Reuters par téléphone, qui se disent nettement plus inquiets et tiennent à s’exprimer sous couvert d’anonymat de peur de représailles.
« Oui, les gens profitent du cessez-le-feu pour l’instant — mais après ? Que sommes-nous censés faire d’un régime devenu encore plus puissant ? » questionne Sara, 27 ans, enseignante, qui refuse de donner son nom de famille ou l’endroit où elle vit.
Les Iraniens se retrouvent avec peu de solutions
Des dizaine de milliers de personnes ont été tuées en janvier dernier lorsque les autorités ont écrasé des manifestations pendant des semaines, ce qui a poussé le président américain Donald Trump à annoncer qu’il viendrait en aide aux Iraniens.
Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont tous deux dit au début de la guerre espérer qu’elle permette de renverser les clercs au pouvoir mais cet objectif s’est estompé au fur et à mesure des bombardements.
En colère après la répression, nombre d’Iraniens ont voulu de nouveaux dirigeants, mais ils se sont rapidement désintéressés de la guerre, explique Memarian.
« Je pense qu’il est devenu évident pour de nombreux Iraniens que cette guerre n’est pas destinée, ou n’a pas pour but d’aider le peuple iranien », ajoute-t-il.
Ni Mehtab ni les autres femmes assises dans ce café du nord de Téhéran ne portent le hijab, le couvre-chef pourtant obligatoire depuis des décennies en Iran.
Les précédentes manifestations de grande ampleur de 2022 avaient permis d’aboutir à des codes vestimentaires plus souples dans la sphère publique, concernant notamment les femmes, mais les autorités les ont brusquement retirées.
Selon l’analyste politique indépendant iranien installé au Royaume-Uni, Hossein Rassam, il est apparu en janvier dernier que les autorités ne reculeraient pas facilement, et plus tard qu’elles ne s’effondreraient pas sous les coups d’une attaque militaire.
Avec cette guerre, les Iraniens sont plus polarisés que jamais et ont peu de solutions.
« C’est un moment de remise en question pour les Iraniens car, au final, les Iraniens, surtout ceux qui vivent dans le pays, réalisent qu’ils doivent vivre ensemble. Qu’ils ne peuvent pas faire autrement », ajoute-t-il.
Nombre d’entre eux craignent que la répression ne s’aggrave.
« Dans la rue, les femmes se promènent sans hijab, mais on ne sait pas dans quelle mesure ce type de libertés continuera après un accord avec les États-Unis. La pression augmentera à 100 %, car une fois établie la paix avec Washington, le régime ne subira plus la même pression extérieure », explique à Reuters par téléphone depuis le nord de Téhéran Arjang, 43 ans et père de deux enfants.
Les manifestations de janvier dernier n’ont apporté aucun changement concret dans la vie des gens, tout en conduisant les autorités à restreindre sévèrement l’accès à Internet — un coup dur pour les entreprises et les gens ordinaires sans accès à l’information en pleine guerre.
« Même les plus petites choses, comme le fait de pouvoir parler avec nos proches de l’étranger, sont impossibles », souligne Faezeh, 47 ans, qui joue au volley-ball avec des amis dans un parc du nord de Téhéran.
La frustration populaire pourrait commencer à monter après la fin de la guerre, et les gens auront moins peur de se faire traiter de traîtres, estime Memarian. « Le feu couve sous la cendre », conclut-il.
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