Des Juifs du Golfe, parlant hébreu, dans une série saoudienne pour le Ramadan
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Des Juifs du Golfe, parlant hébreu, dans une série saoudienne pour le Ramadan

La production ‘Umm Haroun’ suscite la controverse et des critiques du Hamas ; une série saoudienne présente un personnage réclamant de meilleures relations avec Israël

Le personnage d'une femme juive faisant un monologue en hébreu dans une série saoudienne réalisée pour le ramadan,  'Umm Haroun' , consacrée aux Juifs du Koweït et diffusée le 24 avril 2020 sur la chaîne MBC (Capture d'écran : Twitter)
Le personnage d'une femme juive faisant un monologue en hébreu dans une série saoudienne réalisée pour le ramadan, 'Umm Haroun' , consacrée aux Juifs du Koweït et diffusée le 24 avril 2020 sur la chaîne MBC (Capture d'écran : Twitter)

Plusieurs productions diffusées sur une chaîne de télévision saoudienne pendant le mois sacré du ramadan ont suscité la controverse et donné suite à des accusations de « normalisation » des liens avec Israël – notamment de la part du groupe terroriste palestinien du Hamas – après la diffusion d’une série présentant un personnage qui réclamait de meilleurs liens avec l’État juif et une autre qui mettait l’accent sur la vie des Juifs au Koweït dans les années 1940.

Cette dernière série, appelée « Umm Haroun » (la mère d’Aaron), avec l’actrice populaire Hayat Al Fahad, commence par un monologue en hébreu par un personnage juif : « Avant que nos pas se perdent et que nos vies se perdent dans les mémoires, nous nous perdrons dans le temps… Nous sommes les Juifs du Golfe persique, nés sur les terres du Golfe persique ».

C’est la toute première production arabe à évoquer la vie des Juifs dans le Golfe et de leurs relations avec les musulmans.

La série qui a été réalisée par l’Egyptien Ahmed Gamal el-Adl et produite aux Emirats arabes unis, s’intéresse à la vie d’une sage-femme juive, d’origine turque, qui vit au Koweït avant de s’installer en Israël.

Il y a également un personnage de rabbin – Rabbi David.

La diffusion de la série a commencé vendredi sur la chaîne saoudienne MBC, et survient dans un contexte de réchauffement des liens entre Jérusalem et Ryad ces dernières années, sous la houlette du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Une deuxième série diffusée en Arabie saoudite, « Sortie 7 », présente un personnage – interprété par l’acteur Rashid Al-Shamrani – qui prône une amélioration des liens avec Israël et accuse les Palestiniens d’attaquer l’Arabie saoudite malgré tout ce que Ryad a fait pour eux au fil des ans.

Le principal personnage de l’émission, incarné par l’acteur Nasser al-Qasabi, s’exprime sur Israël tout en évitant d’attaquer directement le pays, rappelant que les Palestiniens ont affronté les tanks israéliens durant les années d’intifada.

Les deux programmes ont été largement évoqués sur les réseaux sociaux, avec de nombreux utilisateurs qui ont critiqué les choix des réalisateurs.

« Nous avons tellement de femmes brillantes et héroïques dans le Golfe persique. Pourquoi transformer une Juive en héroïne dans nos séries ? », proteste ainsi Hana al-Qahtan, selon le site d’information AhlulBayt.

« Israël produirait-il une série avec pour héroïne une musulmane détenue dans ses prisons ? », s’interroge pour sa part Ahmed Madani. « Et les injustices faites aux Palestiniens ? Pourquoi ne pas réaliser un documentaire consacré aux souffrances des Palestiniens ? ».

Parmi les arguments défavorables à la série, le fait qu’elle renforcerait les affirmations faites par les Juifs séfarades que leurs biens leur ont été volés par les pays arabes.

Le groupe terroriste palestinien du Hamas, à la tête de la bande de Gaza depuis qu’il s’est saisi de ce territoire lors d’un coup d’état sanglant en 2007, et qui cherche ouvertement à détruire Israël, a fustigé la série.

Rafat Murra, un responsable du Hamas, a affirmé que l’émission est « une tentative politique et culturelle d’introduire le projet sioniste dans la société du Golfe persique ».

Il a ajouté que « le personnage d’Umm Haroun me rappelle la Première ministre israélienne Golda Meir, la cheffe de l’occupation, qui était une criminelle, une meurtrière. C’est là l’objectif de la normalisation : la haine, le meurtre lent et la destruction interne. »

Le site d’information palestinien Al-Quds a fait savoir que 13 groupes palestiniens avaient vivement recommandé à la chaîne saoudienne de ne plus diffuser la série.

Dimanche, le ministère des Affaires étrangères israélien a condamné une série réalisée pour le ramadan, en Égypte, dont l’intrigue se déroule en l’an 2120 et qui prédit la destruction de l’État juif ainsi que l’éclatement des États-Unis.

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué dans un communiqué que la série « est complètement inacceptable, en particulier parce que les deux États ont signé un traité de paix il y a déjà 41 ans ».

Israël et l’Égypte travaillent étroitement sur des questions d’ordre sécuritaire depuis le traité de 1979, en particulier à proximité de leurs frontières, dans la péninsule du Sinaï, dans un effort conjoint contre les groupes jihadistes islamistes. Toutefois, l’opinion publique égyptienne reste très largement défavorable à une relation normalisée avec Israël.

La série égyptienne « El-Nehaya » – « La fin » en arabe – évoque la vie d’un ingénieur informatique dans un avenir dystopique dominé par les cyborgs et les clones. C’est l’une des nombreuses séries et autre soap-operas qui sont diffusés chaque soir pendant le ramadan qui a commencé la semaine dernière.

Dans le premier épisode, un enseignant parle à ses élèves de la « guerre pour libérer Jérusalem » qui, dit-il, est survenue moins de 100 ans après la fondation de l’État d’Israël, en 1948. Il ajoute que les Juifs israéliens ont « fui et sont retournés dans leur pays d’origine, en Europe ». Il ne parle pas de ce qui est arrivé aux Juifs, en Israël, originaires des pays arabes – soit à peu près la moitié de la population juive – ou aux Juifs dont les ancêtres avaient vécu depuis des générations en Israël.

Une carte holographique montrant les États-Unis divisés est également présentée, le professeur disant que « l’Amérique était le partisan principal de l’État sioniste ».

Le gouvernement égyptien n’a pas fait de commentaires.

La série a été produite par Synergy, l’une des plus grandes sociétés de production égyptienne, qui entretient de forts liens avec le gouvernement du président Abdel-Fattah el-Sissi. Elle est diffusée sur la chaîne ON, propriété d’une compagnie pro-gouvernementale.

Dans des commentaires, le scénariste de la série, Amr Samir Atif, a indiqué que la destruction d’Israël « est un avenir possible en l’absence d’une paix et d’une stabilité réelles dans la région… La paix doit se baser sur la justice ».

Ces dernières années, les responsables israéliens ont salué publiquement la coopération sécuritaire mise en place avec le gouvernement de Sissi. Israël a autorisé Le Caire à déployer des troupes, des blindés et des hélicoptères de combat à proximité de la frontière avec l’État juif pour y combattre les jihadistes.

Le traité de paix, en 1979, avait limité le nombre de soldats ou le type d’armes dont le pays pouvait disposer dans la zone sans consentement préalable israélien.

Benjamin Netanyahu serre la main du président égyptien Abdel Fatah el Sissi, le 26 septembre 2018, à la résidence égyptienne à New York (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Lorsqu’il a été demandé à Sissi, dans le cadre d’une interview, si la coopération actuelle de l’Égypte avec Israël était la plus étroite jamais mise en œuvre, il avait répondu : « C’est juste… Nous avons une coopération large avec les Israéliens ».

Depuis qu’il a pris le pouvoir en 2014, Sissi a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à deux reprises au moins.

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