Des milliers de manifestants suite au viol collectif présumé à Eilat
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Deux suspects en état d’arrestation

Des milliers de manifestants suite au viol collectif présumé à Eilat

La victime dit qu’un suspect lui a proposé des vidéos des faits ; la gérante de l'hôtel, menacée de viol, dit que les caméras ne montrent pas d'attroupement dans les couloirs

Des Israéliens participent à une manifestation de soutien à la victime présumée de 16 ans d'un viol collectif à Eilat, à Jérusalem le 20 août 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)
Des Israéliens participent à une manifestation de soutien à la victime présumée de 16 ans d'un viol collectif à Eilat, à Jérusalem le 20 août 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Une jeune fille de 16 ans, qui aurait été violée par 30 hommes dans un hôtel d’Eilat, a déclaré jeudi à la police que l’un des hommes avait proposé de lui envoyer des vidéos des faits, alors que des milliers d’Israéliens manifestaient à travers le pays en soutien à la jeune fille.

Elle a déclaré aux enquêteurs de la police : « Le lendemain, un des hommes s’est approché de moi et m’a dit qu’il avait des vidéos. Il m’a demandé si je voulais qu’il me les envoie, mais je n’étais pas capable d’y faire face », a rapporté la Treizième chaîne.

La jeune fille est actuellement avec sa famille et a affirmé que le soutien qu’elle recevait du public lui donnait du courage.

« Je sens qu’il y a beaucoup de monde derrière moi et cela me conforte vraiment », a-t-elle déclaré. Mais elle reconnaît être incapable d’ignorer les critiques qui lui sont adressées en ligne.

« Personne ne sait ce que j’ai vécu, alors comment pouvez-vous porter un jugement et me poser des questions ? », a-t-elle dit, selon la Treizième chaîne.

Les vidéos semblent avoir toutes été supprimées des téléphones des suspects, selon la chaine.

L’une des amies de la jeune fille a déclaré à la police avoir eu une altercation avec l’un des suspects, a rapporté le site d’information Ynet.

L’affaire a provoqué une onde de choc dans tout Israël, après que des témoignages ont rapporté que les hommes faisaient la queue devant la chambre d’hôtel de la jeune fille mineure en état d’ivresse, attendant leur tour pour la violer, et qu’aucun témoin oculaire ne soit intervenu.

Mais la propriétaire de l’hôtel, Pnina Maman, a affirmé qu’il n’y avait aucune preuve que l’agression présumée ait eu lieu dans son établissement.

Pnina Maman, propriétaire de l’hôtel Eilat HaYam HaAdom. (Capture d’écran de la Douzième chaîne)

Maman a déclaré à la Douzième chaîne qu’elle avait remis à la police toutes les images des caméras de sécurité de l’hôtel HaYam HaAdom, et que ces images ne montraient aucun attroupement de 30 personnes.

Maman a souligné la coopération de l’hôtel avec la police. Elle a dit avoir elle-même des enfants, et affirmé son soutien à la jeune-fille.

Elle s’est aussi plainte du « shaming » qui condamne l’hôtel, suite aux informations sur le viol présumé, et a affirmé avoir elle-même reçu des menaces de viol.

L’hôtel HaYam HaAdom à Eilat. (Capture d’écran de la Douzième chaîne)

« Nous sommes un hôtel, pas un établissement d’enseignement. Je ne suis pas coupable de ce qui s’est passé. Il n’y a jamais eu 30 personnes attroupées dans les couloirs. Nous avons vérifié toutes les caméras. Il n’y a pas eu de rassemblement. Cela aurait pu arriver, malheureusement, dans n’importe quel hôtel », a-t-elle déclaré. « Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qui se passe à l’intérieur des chambres. »

Un des responsables de l’affaire a déclaré à Walla News : « Il n’est pas possible qu’il y ait eu une consommation massive d’alcool et que des hommes soient montés et descendus en groupes – sans que personne de la direction ou la sécurité de l’hôtel ne l’ait remarqué. Ils ont une responsabilité envers les clients de l’hôtel. »

Des milliers d’Israéliens ont manifesté dans tout le pays – dont quelques centaines sur la place Habima de Tel Aviv et d’autres dans plus de 30 villes d’Israël – en soutien à la jeune fille.

Des Israéliens participent à une manifestation de soutien à la victime présumée de 16 ans d’un viol collectif à Eilat il y a quelques jours, à Haïfa, le 20 août 2020. (Flash90)

Les manifestations se sont tenues sous la bannière « Nous ne resterons plus silencieux ».

Environ 1 000 manifestants se sont rassemblés à Tel Aviv et 150 à Jérusalem, a rapporté Ynet. D’autres manifestations ont été signalées à Givatayim, Haïfa et ailleurs.

À Tel Aviv, les manifestants, sur la place Habima, ont brièvement bloqué la circulation sur une route voisine, a rapporté la Douzième chaîne.

Des Israéliens participent à une manifestation de soutien à la victime présumée de 16 ans d’un viol collectif à Eilat, à Tel Aviv, le 20 août 2020. (Tomer Neuberg / Flash90)

Les organisateurs de la manifestation ont évoqué l’affaire de la station balnéaire Ayia Napa à Chypre, dans laquelle un groupe d’Israéliens a été soupçonné d’avoir violé une touriste britannique l’année dernière, et une autre affaire où deux footballeurs israéliens ont été soupçonnés de détournement de mineure en début d’année.

La touriste britannique d’Ayia Napa a été jugée coupable d’avoir menti, mais elle a maintenu son récit de l’incident de 2019, affirmant que la police chypriote ne lui avait pas donné d’autre choix que de retirer sa plainte.

Les douze Israéliens initialement arrêtés avaient été libérés après que la police a déclaré que la jeune femme s’était rétractée. Ils sont retournés en Israël et ont été accueillis par des scènes de liesse à l’aéroport, que de nombreux commentateurs ont jugé totalement inappropriées compte tenu des circonstances.

« Cette affaire n’est pas isolée et s’inscrit dans la ligne directe de la façon dont les ‘jeunes’ d’Ayia Napa ont été reçus, et du discours public autour de l’affaire des joueurs de football », ont déclaré jeudi les organisateurs de la manifestation.

Une adolescente britannique reconnue coupable d’avoir faussement accusé un groupe d’Israéliens de viol collectif, arrive au tribunal du district de Famagouste pour être condamnée le 7 janvier 2020. (Iakovos Hatzistavrou / AFP)

La police a formé jeudi une unité spéciale pour enquêter sur ce viol collectif présumé.

« Tous les jours il y a 260 femmes qui sont violées en Israël », selon les données officielles, s’insurge Ilana Weizman, 36 ans, qui a fondé le groupe féministe « HaStickeriot » inspiré des colleuses françaises qui luttent contre « la culture du viol ».

Selon ces mêmes données, « une femme sur cinq est violée en Israël au cours de sa vie », dit-elle à l’AFP.

Depuis environ deux mois, le groupe colle des slogans féministes sur les murs de plusieurs villes israéliennes comme « Lo Zé Lo » (« Non c’est non ») ou encore « At Lo Levad » (« Tu n’es pas seule »).

« Il faut arrêter de dire qu’il faut protéger nos filles, il faut éduquer nos garçons à la question du consentement et ce dès le plus jeune âge », souligne-t-elle, ajoutant qu’il faut que l’Etat alloue davantage de budget pour lutter contre la violence faite aux femmes et ne se contente « d’utiliser de grands mots ».

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