Des milliers de personnes en grève contre les violences faites aux femmes
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Des milliers de personnes en grève contre les violences faites aux femmes

Plus de 300 institutions, municipalités, écoles et groupes ont rejoint la grève nationale mardi après l'assassinat de 24 femmes depuis le début de l'année

Une femme tient une pancarte disant qu'elle est en grève lors d'une manifestation à Tel Aviv, le 2 décembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Une femme tient une pancarte disant qu'elle est en grève lors d'une manifestation à Tel Aviv, le 2 décembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Des milliers de femmes se sont mises en grève mardi pour protester contre ce qu’elles disent être l’échec des autorités israéliennes à stopper une nette augmentation des actes de violences faites aux femmes au sein de l’Etat juif. La journée sera marquée par des défilés et autres manifestations.

Des dizaines de milliers de femmes devraient ne pas se rendre à leur poste et rejoindre les mouvements de protestation organisés dans tout le pays pour attirer l’attention sur les violences conjugales, après les meurtres présumées de deux adolescentes qui ont fait grimper le bilan des féminicides dans le pays à 24 pour l’année 2018.

Des centaines d’institutions, de municipalités, d’écoles et d’organisations ont expliqué qu’elles permettraient à leurs employées de se mettre en grève et le commissaire gouvernemental du service civil a également fait des concessions pour permettre une participation des femmes au mouvement.

Les manifestantes se sont réunies à l’échangeur Azrieli de Tel Aviv à 9h30 du matin où elles ont bloqué la circulation et elles devraient se retrouver à l’intersection du boulevard Rokach et de l’autoroute Namir dans le nord de la ville, à midi – la police a mis en garde contre des encombrements dans ces secteurs.

A 10h du matin, 24 minutes de silence ont été observées en mémoire des 24 femmes assassinées par un conjoint, un membre de leur famille ou une connaissance au cours de l’année passée.

Pendant toute la journée, de la musique et des expositions artistiques seront à écouter et à découvrir le long du boulevard Rothschild à Tel Aviv et une marche en solidarité avec la communauté des demandeurs d’asile partira depuis le parc Levinsky en direction de la place Rabin dans l’après-midi.

Mardi matin, plus de 200 paires de chaussures de femmes peintes en rouge ont été installées en signe de protestation contre les violences, sur la place Habima, dans le centre de Tel Aviv.

Des chaussures peintes en rouge sur le sol de la place Habima dans le cadre d’une manifestation contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 4 décembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les événements de la journée culmineront par un principal rassemblement sur la place Rabin de Tel Aviv à 19h30 qui devrait réunir des milliers de personnes.

Lundi, le parti d’opposition de l’Union sioniste a présenté une motion de censure condamnant le gouvernement pour son incapacité à réduire les violences. Les membres de la coalition ont boycotté le débat et le vote. Il faut qu’une motion de censure récolte au moins 61 soutiens pour être adoptée.

Au cours des débats, un certain nombre d’activistes, depuis les gradins, ont brandi des panneaux et fait part à voix forte de leur mécontentement face à l’inaction du gouvernement. Le président de la Knesset Yuli Edelstein a ordonné l’évacuation d’une femme de la séance plénière.

Selon les organisatrices, plus de 300 institutions ont exprimé leur soutien à la grève, dont 47 municipalités locales, 11 syndicats et environ 100 sociétés et entreprises privées.

Ces derniers jours, la Knesset, le syndicat national de la Histadrout, le syndicat étudiant national, le Fonds national juif et l’institut d’assurances national ont rejoint des centaines d’autres groupes dans le soutien à cette grève décidée la semaine dernière suite aux meurtres de deux adolescentes.

« Nous sommes en grève parce que les décisionnaires doivent réaliser que des actions sont nécessaires, pas seulement des paroles vides de sens », ont indiqué les organisatrices dans une déclaration, lundi, appelant les Israéliens à descendre mardi dans les rues pour « se dresser contre l’indifférence négligente et demander des solutions ».

« Nous demandons le transfert du budget de 250 millions de shekels promis il y a un an et demi pour le plan d’urgence de lutte contre les violences faites aux femmes », ont-elles ajouté, réclamant également des programmes éducatifs et de réinsertion pour combattre les violences conjugales.

Des Israéliennes manifestent contre les violences faites aux femmes aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 27 novembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, le commissaire chargé du service civil Daniel Hershkowitz a déclaré que celles qui désiraient participer au mouvement pouvaient le faire sans être pénalisées par leur employeur.

Conformément aux instructions de Hershkowitz, les employées doivent être autorisées à participer à la grève mardi mais leurs employeurs auront le droit de soustraire les heures chômées à cette occasion des jours de vacances accumulés. Il a aussi demandé aux ministères du gouvernement d’organiser des ateliers et autres activités pour sensibiliser aux violences conjugales dans la journée de mardi.

Samedi, la municipalité de Tel Aviv a fait savoir que ses employées auraient le droit de prendre un congé payé le jour de la grève, si elles souhaitaient la faire. Peu de temps après, les municipalités de Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva, Ramat Gan, Modiin et Rishon LeZion ont fait des annonces similaires.

Les villes à majorité arabe de Tamra, Tira, Sakhnin, Taibe, Kafr Kassem, Jaljulia et Qalansawe ont également indiqué qu’elles participeraient, entre autres.

Selon les organisateurs, les chaînes de supermarché Rami Levy et Tiv Taam, la chaîne hôtelière Fattal, le groupe de publication Haaretz, l’entreprise Yes TV, eBay Israel, le centre commercial de Dizengoff et la chaîne de pharmacies Superpharm ont également apporté leur soutien au mouvement.

L’université Bar Ilan de Tel Aviv a annoncé qu’elle organiserait un séminaire spécial sur les violences conjugales mardi au lieu des cours habituels. L’université de Tel Aviv et l’université Hébraïque de Jérusalem ont annulé certains cours pour manifester leur soutien tandis que l’université Ben-Gurion de Beersheba a appelé à un rassemblement sur le campus pour dénoncer les violences conjugales.

Les organisatrices ont appelé la semaine dernière à la grève suite aux meurtres de deux adolescentes, qui fait grimper le bilan de féminicides au cours de l’année à 24 – le plus élevé depuis des années. La grève a été initiée par un groupe appelé « je suis une femme, je suis en grève », et « coalition drapeau rouge » constitué de douzaines de groupes féministes.

Des manifestants lors d’un rassemblement dénonçant les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 25 novembre 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le 26 novembre, le corps sans vie Yara Ayoub, 16 ans, a été retrouvée six jours après avoir disparu du village arabe de Jish, en Galilée. Selon la police, le principal suspect du meurtre serait un homme de 28 ans. Plusieurs autres personnes ont été arrêtées, soupçonnées d’être impliquées.

De nombreux détails de l’enquête, et notamment les identités des suspects, ont été placés sous embargo, par crainte que leur publication ne vienne entraver l’enquête.

Quelques heures après, une adolescente de 13 ans, Sylvana Tsegai, a été violée et assassinée à Tel Aviv. Le suspect serait le conjoint de la mère de la jeune fille, Tesfebarhan Tesfasion, qui a échappé à la police pendant plusieurs jours avant d’être écroué.

Yara Ayoub, 16 ans, du village de Galilée de Jish, à gauche, et Sylvana Tsegai, 13 ans, retrouvé morte à Tel Aviv. Toutes deux ont été assassinées le 26 novembre 2018 (Autorisation : Capture d’écran Hadashot)

Selon des informations, Tsegai était connue des services sociaux, victime de violences conjugales. Elle aurait appelé la police, samedi, pour se plaindre de ce que Tesfasion se trouvait chez elle.

Après une visite effectuée dans un refuge pour femmes victimes de violence, dimanche, Netanyahu a noté que lui et son épouse, Sara, avaient été « troublés ».

Un colorant rouge dans l’eau d’une fontaine de la place de Paris à Jérusalem, le 3 décembre 2018 (Crédit : Gender Counter-Terrorism Unit)

Il a indiqué avoir été surpris d’apprendre que « presque rien » n’était entrepris contre les auteurs de ces mêmes violences. Il a déclaré que la hausse des violences envers les femmes qui a été notée ces dernières années au sein de l’Etat juif était un « phénomène criminel » et il a réclamé une application plus stricte de la loi.

Netanyahu a expliqué qu’il avait voté contre une proposition présentée à la Knesset de mise en place d’une commission d’enquête sur les violences faites aux femmes parce qu’elle avait été présentée par des députés de l’opposition.

Ces derniers avaient avancé ce texte, la semaine dernière, pour s’attaquer aux violences faites aux femmes parce que le gouvernement avait, selon eux, échoué à définir un plan de lutte contre le phénomène comme il avait toutefois promis de le faire quelques semaines auparavant.

Il y a eu plusieurs mouvements de protestation ciblant l’inaction gouvernementale depuis ces meurtres. Samedi dans la soirée, des activistes ont coloré de faux sang l’eau de plusieurs fontaines publiques, notamment une qui se trouve aux abords de la résidence du Premier ministre.

Des femmes bloquent la circulation, le 4 décembre 2018 à Tel Aviv dans le cadre de la manifestation nationale contre les violences faites aux femmes (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
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