Des propriétaires de PME rouvriront dimanche malgré le confinement
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Des propriétaires de PME rouvriront dimanche malgré le confinement

"Si j'ai peur des amendes ? J'ai peur de mon propriétaire qui va me jeter à la rue", s'exclame un entrepreneur ; une esthéticienne dit ne plus pouvoir payer son logement

Une personne portant un masque facial traverse le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, en grande partie fermé, le 7 octobre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Une personne portant un masque facial traverse le marché Mahane Yehuda de Jérusalem, en grande partie fermé, le 7 octobre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Une alliance de chefs de petites entreprises a fait savoir que, dans l’incapacité d’assumer le coût financier induit par les limitations gouvernementales, leurs établissements seraient rouverts dès dimanche, contrevenant aux directives sur le coronavirus.

Ce confinement a drastiquement réduit la vie publique, entraînant la fermeture du système éducatif mais aussi celle de nombreuses entreprises. Il a aussi limité le droit à manifester.

Le groupe Facebook à la tête de ce mouvement de protestation nommé « Ca n’ira pas bien » (un jeu de mots, en hébreu, avec la phrase « Il n’y aura pas de confinement ») s’oppose à la gestion de la pandémie par le gouvernement et dénonce le manque de stratégie claire pour envisager une sortie de bouclage du pays, des mesures entrées en vigueur le 18 septembre pour tenter de venir à bout d’un taux de contamination au coronavirus qui a atteint des records.

Le groupe, lancé le mois dernier par Tamir Barelko, un propriétaire de restaurant, compte dorénavant plus de 63 000 membres.

« Ici, tout est politique et tout le monde est frustré », a commenté Barelko auprès du site Ynet dans la journée de samedi. « Ces pauvres entreprises ne sont pas énormes et elles ne disposent pas de moyens de pression. Nous voulons mettre la pression de manière à ce que quelqu’un se préoccupe des petites entreprises. »

Barelko a expliqué qu’il rencontrerait les autres entrepreneurs qui prennent part à ce mouvement de protestation dimanche, ajoutant que certains avaient d’ores et déjà décidé de rouvrir leurs portes, et ce malgré le confinement.

« C’est l’Etat qui amène les gens à contrevenir aux règles parce qu’il faut bien qu’ils gagnent leur vie. En ce moment, on n’a vraiment pas l’impression qu’un responsable va enfin dire : ‘Je suis à vos côtés' », a-t-il continué. « Il n’y a que des paroles et pendant ce temps-là, les gens s’effondrent. »

Il y a eu une baisse encourageante du nombre de cas de coronavirus, la semaine dernière, mais le directeur-général du ministère de la Santé a déclaré samedi qu’il n’y aurait probablement pas d’assouplissement du confinement la semaine prochaine – laissant entendre que les ministres pourraient le prolonger pendant sept jours encore lorsqu’ils se réuniront mardi.

Des cafés et des restaurants fermés à Tel Aviv, le 22 septembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Au début de la semaine, Barelko avait envoyé un courrier, au nom du groupe, au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour demander la levée de la fermeture des entreprises.

« Après le dernier confinement, les petites entreprises avaient lutté pour leur survie économique. Avec celui-là, et même si du temps s’est écoulé, il s’est avéré que l’Etat a été dans l’incapacité de trouver une solution au problème », a-t-il expliqué.

Parmi les entrepreneurs qui ont déclaré ouvrir leurs portes dès dimanche, Cheli Mohoni, esthéticienne dans la ville de Kfar Saba, dans le centre du pays.

« J’ai deux filles. Avec les allocations qui m’ont été versées, je ne peux pas m’en sortir. Je ne peux même pas payer mon loyer », a-t-elle déclaré, des propos repris par Walla.

Tout en exprimant son appréhension à l’idée de violer les directives imposées par le confinement, Mohoni a affirmé que cette décision était une affaire de survie.

« Pourquoi dois-je craindre de recevoir mes clientes si on respecte les règles et qu’on porte le masque ? À part le confinement, le gouvernement ne fait rien et il ne fait rien pour améliorer le système de santé », a-t-elle déploré.

Roi Cohen, avocat, a fustigé le gouvernement qui refuse l’ouverture des entreprises faisant travailler dix employés au maximum et qui ne reçoivent pas de clients dans leurs locaux, tout en autorisant les rassemblements de dix personnes en espace fermé.

« Il n’y a aucune raison de prendre une décision aussi délirante que celle-ci », a-t-il dit au quotidien Israel Hayom.

Sagi Blank, un éducateur canin de Rishon Lezion, a également décidé de reprendre le travail dès dimanche.

« Dans mon secteur, certains ont vraiment besoin de nos services. Si j’ai peur des amendes ? J’ai peur de mon propriétaire qui va me jeter à la rue », a-t-il confié au journal.

Un homme dort sur un banc public près de magasins fermés dans la rue Hillel, dans le centre de Jérusalem, pendant le confinement national, le 23 septembre 2020. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Les promesses de réouverture ont été faites après des critiques dures de la politique de confinement gouvernementale par le ministre des Finances, Israel Katz, qui a déclaré, cette semaine, que ce bouclage indiscriminé mènerait des millions d’Israéliens à la pauvreté et au désespoir.

« Je ne laisserai pas des millions de personnes se noyer dans le désespoir et dans les affres de la faim en raison de mauvaises décisions prises par le ministère de la Santé – la fermeture de l’économie toute entière sans distinction faite entre les différentes entreprises et sans justification sanitaire », a-t-il dit mercredi, selon les médias. Il s’exprimait lors d’une rencontre au Trésor avec une équipe chargée de formuler un plan de subventions à distribuer aux citoyens au chômage depuis de longs mois en raison de l’épidémie de coronavirus.

Katz a protesté contre ce qu’il a qualifié de manque d’application des règles dans les secteurs présentant un fort taux d’infection avec l’imposition, à la place, d’une fermeture totale de l’économie.

Le bureau du Premier ministre a réagi aux propos de Katz – issu des rangs du parti du Likud de Netanyahu – en l’accusant de tenter de gagner des votes au détriment de la santé publique.

Ces échanges tendus sont survenus après des semaines de désaccords entre le ministre des Finances, les responsables de la santé et Netanyahu lui-même sur la manière de faire baisser les taux d’infection à la maladie au sein de l’Etat juif tout en minimisant les dégâts commis à l’économie.

La banque d’Israël a estimé dans la journée de mercredi que chaque semaine de confinement dans le pays – sans, au moins, rouvrir les entreprises qui ne reçoivent pas de clients – coûtera à l’économie environ 2,8 milliards de shekels, et laissera 400 000 personnes sans emploi.

Elle a également indiqué qu’il y avait environ 195 000 personnes qui travaillaient dans des entreprises employant moins de dix salariés.

Le ministre des Finances Israel Katz tient une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem, le 1er juillet 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Des informations rendues publiques dimanche dernier avaient fait savoir que Katz, le ministre de l’Economie Amir Peretz et le ministre des Sciences Izhar Shai soutenaient tous les trois la réouverture d’un grand nombre d’entreprises et celle des crèches, de manière à ce que les parents de jeunes enfants puissent retourner au travail dans les meilleurs délais.

Netanyahu a résisté aux appels de réouverture rapide du pays et a même expliqué aux ministres, la semaine dernière, que certaines restrictions liées au confinement actuel pourraient durer des mois, voire un an.

Les responsables du ministère de la Santé ont, eux aussi, vivement recommandé au gouvernement de ne pas lever les mesures de confinement avant une baisse importante du taux de contamination dans le pays.

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