Israël en guerre - Jour 194

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Des résidents d’implantation vandalisent le village palestinien de Burin

Des images publiées par Yesh Din montrent les soldats immobiles face à des extrémistes qui jettent des pierres et qui déracinent des arbres

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des résidents d'implantation masqués jettent des pierres sur des habitations palestiniennes à Burin, un village de la Cisjordanie, le 3 mars 2023. (Crédit : Yesh Din)
Des résidents d'implantation masqués jettent des pierres sur des habitations palestiniennes à Burin, un village de la Cisjordanie, le 3 mars 2023. (Crédit : Yesh Din)

Un groupe de partisans du mouvement pro-implantation a été filmé, vendredi après-midi, en train de jeter des pierres en direction de Palestiniens et d’endommager des oliviers aux abords d’un village du nord de la Cisjordanie. Sur la vidéo, les soldats israéliens n’interviennent pas.

Cet incident est survenu quelques heures après que les troupes israéliennes se sont heurtées à des centaines de militants israéliens de gauche qui tentaient d’entrer à Huwara, une ville voisine, pour y faire une visite de solidarité suite à des émeutes meurtrières qui avaient été lancées par des résidents d’implantation, il y a quelques jours.

Sur des images publiées par le groupe des droits de l’Homme Yesh Din, des partisans du mouvement pro-implantation masqués jettent des pierres sur des habitations palestiniennes du village de Burin, à proximité de Naplouse, et ils endommagent des oliviers plantés à proximité de la localité. Les soldats apparaissent à côté d’eux dans le clip et ne font rien.

Selon Yesh Din, un petit nombre de résidents d’implantation escortés par les soldats sont d’abord arrivés au nord-est de Burin et ils ont commencé à endommager des oliviers et des jeunes arbres. Un groupe plus important est venu ensuite, jetant des pierres sur les habitations du village et brisant des fenêtres.

Selon Yesh Din, les partisans du mouvement pro-implantation se sont aussi heurtés aux habitants de Burin et, en réponse, les militaires ont fait usage de gaz lacrymogènes. Une trentaine de Palestiniens auraient été pris en charge pour inhalation de gaz toxique, selon le Croissant rouge palestinien.

L’armée israélienne a indiqué que les troupes étaient arrivées sur les lieux après avoir reçu des informations portant sur des affrontements entre Palestiniens et Israéliens. Elle a noté que les militaires avaient répondu « un court moment après » en utilisant des moyens de dispersion d’émeute, mettant un terme aux confrontations.

Une source de Tsahal a indiqué que les responsables tentaient de déterminer la raison qui a justifié l’inertie initiale des soldats face à ces violences et à ces actes de vandalisme.

Il y a eu une recrudescence des violences commises par les résidents d’implantation extrémistes ces derniers mois – avec parfois des soldats qui n’interviennent pas pour mettre un terme à ces agressions. Les militaires ont légalement le droit – et c’est même une obligation dans certains cas – d’intervenir pour empêcher les attaques violentes, indépendamment de la nationalité des parties en jeu. L’armée préfère généralement laisser la police s’impliquer dans les attaques et dans les arrestations des habitants d’implantation mais les forces de l’ordre sont déjà extrêmement sollicitées en Cisjordanie.

Samedi dernier, des partisans du mouvement pro-implantation avaient déjà incendié un certain nombre de voitures appartenant à des Palestiniens à Burin.

Il y a également eu des attaques de la part d’extrémistes juifs qui s’en sont pris aux soldats en Cisjordanie, la semaine dernière.

La police, pendant ce temps, enquête sur les appels lancés par les résidents d’implantation à provoquer de nouvelles émeutes à Huwara, ce week-end, a fait savoir le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

La députée d’Avoda, Naama Lazimi, a indiqué qu’elle avait informé le chef de police, Kobi Shabtai, des appels qui circulent sur WhatsApp. « La police doit arrêter dès ce soir les organisateurs du prochain pogrom qui programment de nouveaux actes de terrorisme, des violences et des atteintes à la sécurité », avait-elle écrit sur Twitter.

A Huwara, dans la journée de vendredi, des images ont montré les soldats israéliens en train de se battre avec les activistes de gauche. Ils ont notamment eu recours à des grenades incapacitantes.

Dans une vidéo, les soldats apparaissent en train de bousculer de manière répétée l’ancien président de la Knesset, Avraham Burg, qui tombe au sol. Plusieurs militants ont été brièvement placés en détention, ont fait savoir les organisateurs.

Avant ces heurts, l’armée avait empêché une dizaine de bus transportant des sympathisants des mouvements « Omdim BeYahad » (Standing Together) et « Mistaklim LaKivoush BaÉnayim » (« Regarder l’occupation dans les yeux ») de se rendre à Huwara. Les militants avaient alors entrepris de se rendre à pied du carrefour de Tapuah à Huwara.

Les militants étaient alors descendus des autobus, dans l’idée de se rendre à pied à Huwara. Nombre d’entre eux brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Il faut mettre fin au terrorisme juif » et « Les vies palestiniennes comptent ». Ils avaient toutefois été à nouveau bloqués par l’armée qui, avait-elle dit, avait été dans l’obligation de leur refuser l’entrée de la ville en réponse aux désordres qu’ils avaient déclenchés. Les organisateurs du mouvement de protestation ont depuis qualifié ce blocage des militaires de forme « de punition collective des victimes des échauffourées ».

Tsahal avait fait savoir qu’à l’issue d’une évaluation de la situation et en raison « d’inquiétudes sécuritaires », tout le secteur de Huwara avait été déclaré zone militaire fermée « pour éviter les frictions ».

Les forces de l’ordre israéliennes bloquent des militants pacifistes palestiniens et israéliens qui manifestent à l’entrée de Huwara en Cisjordanie, le 3 mars 2023. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

Dans une déclaration au Times of Israel, un porte-parole de l’armée a indiqué que les troupes avaient initialement essayé de disperser le rassemblement « en accord avec les activistes ». Une tentative qui avait échoué et qui a « forcé les troupes à utiliser des outils de dispersion, afin de dissoudre le rassemblement et de préserver la sécurité de toutes les personnes présentes dans le secteur », a ajouté l’armée.

Cette visite avait fait suite à l’onde de choc et d’horreur provoquée, en Israël et ailleurs, par le saccage de la ville palestinienne de Huwara et des villages environnants, dimanche soir, par des centaines de résidents d’implantations, en représailles à un attentat terroriste qui avait coûté la vie à deux frères israéliens – Hallel Yaniv, 21 ans, et Yagel Yaniv, 19 ans, originaires de l’implantation de Har Bracha – qui avaient été pris pour cible par un homme armé palestinien alors qu’ils se trouvaient dans leur voiture, traversant la ville.

Des résidents d’implantations radicalisés avaient alors incendié des maisons, des voitures et des devantures de magasins et agressé des Palestiniens, faisant des dizaines de blessés et causant la mort d’un Palestinien dans des circonstances encore troubles. Yehuda Fuchs, un haut-responsable militaire en Cisjordanie avait fait référence à ces échauffourées violentes en évoquant un « pogrom ».

Les militants de gauche se sont plaints qu’alors qu’ils se trouvaient vendredi dans l’incapacité d’entrer dans la ville, les résidents d’implantations pouvaient s’y rendre librement. Les magasins situés sur la route principale de Huwara, là où le déchaînement de violences avait eu lieu, étaient restés fermés, la semaine dernière, suite à une ordonnance militaire qui, selon Tsahal, était nécessaire pour conserver le calme.

Quatre manifestants qui avaient tenté de contourner le barrage routier installé par les soldats avaient été placés en détention.

Un membre des forces de l’ordre israéliennes immobilise un manifestant alors que des militants palestiniens et israéliens favorables à la paix manifestent à l’entrée de Huwara en Cisjordanie, le 3 mars 2023. (Crédit : Jaafar ASHTIYEH / AFP)

Huwara est depuis longtemps une localité particulièrement sensible ; c’est en effet l’une des seules villes palestiniennes empruntées par les Israéliens pour se rendre dans les implantations du nord de la Cisjordanie. Il y a eu plusieurs attaques à l’arme à feu contre des conducteurs israéliens qui circulaient sur la Route 60 à Huwara.

Il existe un projet de route de contournement pour les résidents d’implantations, mais les travaux ont été interrompus.

Un tribunal de Jérusalem a ordonné jeudi à la police de libérer tous les suspects placés en détention suite à ces émeutes, mais le ministère de la Défense a signé une ordonnance de détention administrative à l’encontre de deux d’entre eux. L’un est mineur.

Des Palestiniens passant devant une voiture incendiée dans la ville de Huwara, en Cisjordanie, le 27 février 2023. (Crédit : Ronaldo Schemidt/AFP)

La détention administrative est une pratique très controversée en vertu de laquelle des personnes peuvent être détenues indépendamment de toute inculpation pour une durée indéfinie, sans accès aux charges qui leur sont reprochées.

Rarement utilisée contre des suspects juifs, la pratique de la détention administrative permet actuellement de détenir un millier de Palestiniens.

Le terroriste à l’origine des coups de feu meurtriers qui ont ôté la vie aux frères Yaniv se serait caché dans une ville palestinienne des environs de Naplouse.

L’armée a envoyé des renforts en Cisjordanie, notamment quatre bataillons d’infanterie supplémentaires, après l’attentat à l’arme à feu et les déchaînements de violences des partisans du mouvement pro-implantation qui ont eu lieu à Huwara dans la foulée.

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