Des responsables du handicap en Israël dénoncent une campagne du Likud
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Des responsables du handicap en Israël dénoncent une campagne du Likud

Le Premier ministre est devenu "une usine de diffamation et de sales mensonges", accuse le chef de Kakhol lavan, que le parti au pouvoir a décrit comme mentalement instable

Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite). (Crédit : Gili Yaari, Yonatan Sindel/Flash90)
Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite). (Crédit : Gili Yaari, Yonatan Sindel/Flash90)

Les publicités de campagne du Likud qui cherchent à dépeindre le candidat rival Benny Gantz comme un malade mental ont été réprouvées mercredi, notamment par Gantz lui-même et par le commissaire aux handicaps de l’Etat d’Israël. Ce n’est pas la première fois que le Likud soulève la question des publicités de campagne qui semblent se moquer des handicapés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu « a perdu toute retenue », a accusé Gantz dans un discours prononcé mercredi soir à Tel Aviv. « Il est devenu une usine à diffamation et à mensonges, parce qu’il sait qu’il va perdre. Il peut continuer à me calomnier et à répandre des rumeurs, ça ne l’aidera pas. »

Il a ajouté : « Je savais que ça allait arriver. »

Le Likud a publié mardi une série de spots de campagne dans lesquels il a tenté de dépeindre Gantz, le leader du parti rival Kakhol lavan, comme étant mentalement instable.

« Benny Gantz l’a égaré », disait le message, faisant référence à un enregistrement diffusé quelques jours plus tôt, dans lequel Gantz spéculait dans une réunion à huis clos que Netanyahu serait heureux de le voir mort et pourrait avoir demandé à la Russie de s’ingérer dans le déroulement des élections.

Une capture d’écran d’un spot électoral du Likud qui dépeint Benny Gantz, le dirigeant de Kakhol lavan, sous les traits d’un homme mentalement instable. (Twitter)

« Ses apparitions parlent d’elles-mêmes. Gantz est effrayé et faible », a dit le Likud. Il a qualifié l’ancien chef de Tsahal de « paranoïaque » et d’inapte à exercer les fonctions de Premier ministre.

Dans le cadre de la campagne pour démontrer que Gantz est instable, le Likud a également montré un clip, montage d’une récente interview dans laquelle Gantz bégayait à plusieurs reprises, et un autre clip qui zoome à plusieurs reprises sur ses yeux avec une bande sonore d’un film d’horreur, apparemment pour essayer de suggérer qu’il a un regard de fou.

Ces spots font partie d’une campagne du Likud qui a été critiquée à plusieurs reprises pour s’être moquée des blessures d’un journaliste ancien combattant, pour avoir montré les tombes de soldats tombés au combat en arrière-plan d’une publicité et pour s’être livrée régulièrement vers des injures personnelles contre Gantz et d’autres opposants.

La campagne a fait l’objet de protestations de la part du haut responsable israélien chargé des questions de handicap.

« Ces derniers jours, nous avons vu une tendance inquiétante dans la campagne électorale et dans le discours des médias qui affectera gravement l’égalité des personnes handicapées en Israël », a écrit Avrami Torem, commissaire à l’égalité des personnes handicapées, dans une lettre adressée au président de la commission centrale électorale, Hanan Melcer, juge à la Cour suprême.

Torem, qui préside la Commission pour l’égalité des droits des personnes handicapées au sein du ministère de la Justice, est le principal fonctionnaire de l’État israélien chargé de superviser la mise en œuvre des politiques et des lois en faveur des personnes handicapées.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et Benny Gantz, alors chef d’état-major de Tsahal, au Conseil régional d’Eshkol dans le sud d’Israël, le 22 septembre 2014. (Edi Israel/Pool/Flash90)

« Dans le cadre de la campagne électorale », écrit-il, « divers partis lancent des campagnes négatives contre leurs concurrents et les attaquent personnellement avec des termes et des étiquettes du lexique du handicap.

Zvi Fishel, directeur de l’Association psychiatrique israélienne, a condamné ces spots comme étant « honteux ».

« J’ai lu les textes qui émanent de votre camp et je suis horrifié », a écrit Fishel dans un message Facebook adressé à Netanyahu.

« Est-il possible que le dirigeant de notre pays, un fonctionnaire, qui est censé être un exemple pour nous tous, utilise des termes comme ‘folie’ pour humilier un rival politique et nuire à son image publique ? M. le Premier Ministre, vous vous trompez ! Un patient psychiatrique est un malade comme tout autre patient en Israël. Ce n’est pas une cible pour la moquerie ou l’ostracisme. »

Et d’ajouter : « Une maladie mentale n’est pas une épithète, ni un moyen détourné pour humilier une autre personne. »

Les publicités du Likud alléguant que M. Gantz souffrait de maladie mentale faisaient suite aux spots de campagne précédents du parti au pouvoir, mentionné par Torem, qui avaient fait l’objet de réprobation de la part de toutes les tendances politiques.

Un spot diffusé en direct sur Facebook, sur la chaîne de télévision « Likud TV », a tourné en dérision les blessures de guerre d’un analyste politique chevronné de la Douzième chaîne, Amnon Abramovitch, connu comme un détracteur récurrent du Premier ministre.

La chaîne de télévision du Likud se moque de l’apparence du journaliste Amnon Abramovich, blessé lors de la guerre du Kippour de 1973, le 22 mars 2019. A gauche, un acteur maquillé pour ressembler à Abramovitch ; à droite, le présentateur du Likud Eliraz Sadeh. (Capture d’écran)

Le visage d’Abramovitch est couvert de tissu cicatriciel provenant des brûlures qu’il a subies après que son char d’assaut a été touché par un tir égyptien pendant les premiers jours de la guerre du Kippour en 1973. Un acteur jouant son rôle dans la publicité du Likud a été maquillé en imitant ses cicatrices et a plaisanté en disant qu’il était magnifique.

Le clip a été condamné par les organisations d’anciens combattants et retiré des médias.

Une autre publicité du Likud qui a provoqué une flambée de colère montrait un narrateur avertissant que Gantz était un « gauchiste » dont l’élection allait se solder par des attaques terroristes contre les Israéliens. Le narrateur, le militant de droite Avishai Ivri, était debout avec en arrière plan les tombes des soldats morts au combat, au cimetière militaire du Mont Herzl, à Jérusalem.

M. Netanyahu s’est excusé d’avoir utilisé les tombes des soldats morts sur les lieux, affirmant que la publicité avait été produite sans qu’il le sache. Ivri a été démis de ses fonctions au Likud.

Le parti Kakhol lavan a dénoncé à plusieurs reprises les publicités négatives de la campagne du Likud. Mercredi, le porte-parole Yoaz Hendel, l’un des principaux candidats du parti pour la Knesset, a déclaré à la radio israélienne : « Il y a des gens en Israël aujourd’hui qui n’ont pas de ligne rouge… et qui sont prêts à tout » pour gagner les élections.

Capture d’écran d’une campagne publicitaire du Likud avertissant que voter pour le parti Kakhol lavan dirigé par Benny Gantz est « dangereux », devant les tombes des soldats de Tsahal, 26 février 2019. (Capture d’écran Twitter)

Les publicités du Likud sur la prétendue maladie mentale de Gantz font suite à des fuites diffusées par la Treizième chaîne dimanche, dans lesquelles le leader de Kakhol lavan a déclaré devant une assemblée à huis clos qu’il avait la conviction, durant cette campagne, que si Netanyahu pouvait faire assassiner Gantz, il le ferait.

« Si (Netanyahu) avait un moyen de me faire du mal, de me tuer, il le ferait », a dit M. Gantz, ajoutant que les prochaines élections avaient rendu le Premier ministre aux abois.

« Est-ce que Benjamin Netanyahu, que je connais, voudrait me faire du mal ? La réponse est non. Benjamin Netanyahu à la veille des élections voudrait-il me faire du mal ? Malheureusement, je dois dire que oui », a déclaré M. Gantz, qui a été chef d’état-major de Tsahal sous Netanyahu de 2011 à 2015.

Ce n’est pas la première fois que des enregistrements des réunions de Gantz avec des militants à huis clos ont fait surface. Récemment, on l’a entendu dire qu’il n’avait pas exclu Netanyahu comme partenaire possible de la coalition, ce qui contredit ses déclarations publiques.

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