Des squatteurs palestiniens troglodytes risquent l’expulsion
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Des squatteurs palestiniens troglodytes risquent l’expulsion

"Je n'ai pas créé la grotte. Elle existe depuis l'Antiquité", déclare Ahmed Amarneh, du village de Farasin en Cisjordanie

Ahmed Amarneh et un voisin discutent devant sa maison, construite dans une grotte du village de Farasin, à l'ouest de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 4 août 2020. (Photo de JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Ahmed Amarneh et un voisin discutent devant sa maison, construite dans une grotte du village de Farasin, à l'ouest de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 4 août 2020. (Photo de JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Derrière un mur en pierres percé d’une porte d’entrée en bois, quelques pièces tapissées de coussins : le Palestinien Ahmed Amarneh vit depuis plus d’un an en troglodyte avec sa famille en Cisjordanie, mais ils seraient menacés d’une expulsion prochaine.

Cet ingénieur civil de 30 ans vit avec sa femme enceinte et sa fillette à Farasin, village situé dans le nord-ouest de la Cisjordanie, où la construction légale d’une habitation doit être approuvée par les autorités israéliennes.

Ces dernières émettent aussi à l’occasion, dans certains secteurs de la Cisjordanie, des avis de démolition de structures jugées illégales. Y compris la grotte.

« J’ai essayé de construire deux fois mais les autorités souveraines israéliennes m’ont dit qu’il était interdit de construire dans cette zone », raconte-t-il à l’AFP.

Les accords de paix d’Oslo des années 1990 ont donné aux Palestiniens l’autonomie dans certaines parties de la Cisjordanie.

Cependant, quelque 60 % du territoire, appelé zone C, où se trouve Farasin, reste sous le contrôle civil et militaire total d’Israël.

Convaincu qu’il n’obtiendrait jamais l’approbation des Israéliens pour construire une maison dans ce village, Amarneh a jeté son dévolu sur une grotte dans les contreforts qui surplombent Farasin.

Amarneh a déclaré qu’il pensait qu’en tant que formation naturelle ancienne, Israël ne pouvait pas faire valoir que la grotte avait été construite illégalement, alors que l’Autorité palestinienne (AP) a accepté d’enregistrer la terre en son nom.

Ce bricoleur a donc fermé l’entrée de la grotte par un mur en pierres, placé une porte en bois au centre avec une fenêtre de chaque côté, aménagé une cuisine, une chambre familiale et même un espace pour les convives et pour quelques moutons.

Ils y vivent depuis un an et demi, dit-il.

Mais l’Arabe palestinien a reçu en juillet un avis de démolition de la part des autorités israéliennes, tout comme une vingtaine de familles de ce village au cœur d’un contentieux entre autorités palestiniennes et israéliennes.

Ahmed Amarneh (à droite) et les membres de sa famille assis sur des coussins dans sa « maison » située dans une grotte, dans le village de Farasin, à l’ouest de Jénine, au nord de la Cisjordanie, le 4 août 2020. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

« Ce n’est pas moi qui ai creusé la grotte »

L’organe israélien chargé des opérations civiles dans les Territoires palestiniens (Cogat) a indiqué à l’AFP que ces avis de démolition avaient été émis car ces habitations avaient été construites de « manière illégale », « sans les autorisations nécessaires ».

« J’ai été surpris » car « je n’ai pas créé la grotte. Elle existe depuis l’Antiquité », soupire M. Amarneh, en tenant sa fille contre lui dans sa maison-grotte.

« Je ne comprends pas pourquoi ils m’empêchent de vivre dans une grotte. Les animaux vivent dans des grottes et ne sont pas expulsés. Alors qu’ils me traitent comme un animal et me laissent vivre dans la grotte », lance-t-il.

La fille d’Ahmed Amarneh rampe sur un tapis dans sa maison aménagée dans une grotte, dans le village de Farasin, à l’ouest de Jénine, au nord de la Cisjordanie, le 4 août 2020. (JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Selon Mahmoud Ahmad Nasser, chef du conseil du village, Farasin a été établi en 1920 puis abandonné pendant la guerre des Six-Jours en 1967, quand Israël a reconquis la Cisjordanie occupée par la Jordanie. D’anciens habitants ont commencé à y retourner à partir des années 1980 et, aujourd’hui, environ 200 personnes vivent au hameau.

En réalité, Farasin n’a pas vraiment un air de village mais plutôt d’un squat. Il s’agit d’une constellation de maisonnettes éloignées les unes des autres, sans revêtement sur la chaussée ni réseau électrique.

L’Autorité palestinienne lui a octroyé en mars un statut officiel mais, selon le conseil du village, la pandémie de Covid-19 l’a empêché d’engager des mesures concrètes d’aménagement comme l’accès à l’électricité.

De son côté, Israël considère que Farasin est sous son autorité.

Selon l’ONG israélienne de gauche anti-implantations B’Tselem, Israël aurait démoli 63 structures appartenant à des Palestiniens en juin malgré la pandémie et dans un contexte marqué par la possible mise en œuvre du plan du président américain Donald Trump pour la paix au Proche-Orient, qui prévoit notamment l’annexion de pans de la Cisjordanie par l’Etat hébreu.

Les squatteurs de Farasin craignent désormais l’arrivée un bon matin des bulldozers et regardent la caravane d’un résident juif récemment installée sur une colline voisine, en se demandant pourquoi il ne semble pas, lui, être inquiété.

« Ce Juif est arrivé il y a quelques temps avec ses moutons (…). Notre peuple habite ici depuis des générations, nos ancêtres sont enterrés ici », peste le squatteur Nasser.

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