Die Antwoord – du fun, de la bizarrerie et de la méfiance lors d’une soirée triste de Tel Aviv
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« Tel Aviv, Israël, soyez heureux. Bye bye. »

Die Antwoord – du fun, de la bizarrerie et de la méfiance lors d’une soirée triste de Tel Aviv

Le concert plein d’énergie du groupe de rave-rap sud-africain a mélangé nouvelles chansons et favorites des fans à une réponse houleuse au mouvement de boycott

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)
Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)

Le groupe de rap-rave Die Antwoord a eu toutes les réponses que la foule attendait pour son premier concert en Israël mercredi soir.

Le trio de Cape Town, mené par le leader Ninja et le chanteur Yo-Landi Visser, et soutenu par DJ Hi-Tek, s’est produit au Live Park de Rishon dans le cadre de sa tournée « Suck on This » en marge d’une récente mixtape et d’un album à venir.

Leur musique bizarre, idiosyncratique et vulgaire est difficile à catégoriser, mais cela n’a pas semblé ennuyer la foule. Leur public connaissait les tubes du groupe et a accueilli les nouvelles chansons. Nija et Visser ont rejeté de manière catégorique et obscène les appels à boycotter Israël.

La foule d’Israéliens plutôt jeunes s’est entassée dans la salle, qui peut accueillir 20 000 personnes. Certains membres du public portaient des visages peints en blanc comme Visser et des vêtements inspirés du mouvement contre-culturel « zef », auquel le groupe s’identifie.

Visser a décrit le mouvement sud-africain au Guardian en 2010 comme des « gens qui gonflent leurs voitures et secouent de l’or et de la merde. Zef, c’est, vous êtes pauvres mais vous êtes chics ».

« Die Antwoord » signifie « La réponse » en afrikaans.

Le groupe se produit en anglais et en afrikaans, et utilise la langue Bantu, le Xhosa.

Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)
Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)

Le groupe a ouvert un spectacle avec un montage très long de musique sinistre, de la fumée et des lumières. Le public a envahi le sol, levé la tête pour voir la scène et tendu son téléphone, espérant pouvoir filmer l’entrée du groupe.

Pendant cette séquence de 15 minutes, les nouvelles de l’attentat terroriste mortel de marché Sarona de Tel Aviv, à moins de 15 kilomètres de là, sont parvenues jusqu’à la foule. Dans le public, on vérifiait avec angoisse son téléphone en passant des appels à la maison. La tragédie n’a pas miné l’esprit du spectacle, bien qu’elle ait rendu le soutien houleux des Sud-Africains au public d’autant plus nécessaire.

DJ Hi-Tek, dont le vrai nom est inconnu, est sorti sous les flashs et la fumée d’une plate-forme montée au-dessus de la scène avec un masque caricatural grotesque. Visser a ensuite traversé la scène vêtu d’une salopette orange, le majeur dressé, suivi par Ninja, qui a accueilli la foule en disant « Tel Aviv, Shalom ».

Le groupe a présenté des nouvelles chansons de sa récente mixtape, « Suck on This », qui est sortie le 19 mai, et des chansons du prochain album, « We Have Candy ». Ils ont annoncé le titre de l’album dans un post Instagram à peine cohérent il y a plusieurs mois, mais n’ont pas donné de date de sortie.

Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)
Yo-Landi Visser et Ninja sur scène en Israël, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)

La foule connaissait peu les nouvelles chansons mais la performance animée du groupe a compensé cela. Le minuscule Visser s’est pavané et a dansé sur toute la scène pendant le spectacle, pendant que Ninja, très maigre, couvert de tatouages et généralement torse nu, arpentait le centre de la scène et s’adressait au public. Le très musclé DJ Hi-Tek, torse nu lui aussi, les surplombait avec ses platines sur une plate-forme à l’arrière de la scène.

Leur musique mélange souvent le rap frénétique de Ninja avec le falsetto de Visser, et a inspiré un culte suivi dans le monde entier avec des chansons comme « Fatty Boom Boom », la première que la majorité du public a semblé reconnaître.

Après la chanson, Ninja a parlé des appels au groupe pour boycotter Israël avant leur spectacle.

L’Afrique du Sud est un bastion du mouvement de Boycott, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre Israël.

Le groupe, y compris sa branche en Israël, avait demandé une réunion avec Die Antwoord et appelé le groupe à annuler son spectacle en Israël, affirmant qu’il y avait des ressemblances entre l’apartheid sud-africain et le traitement des Palestiniens par Israël.

Ninja a répondu à la pression, sans citer le BDS par son nom, dans une défense provocante et vulgaire, presque non imprimable, du concert.

« Nous faisons de la musique pour vous (censuré). Je me fous (censuré) des autres, a-t-il déclaré. C’est juste nous, et vous. »

Ninja de Die Antwoord sur scène à Rishon Lezion, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)
Ninja de Die Antwoord sur scène à Rishon Lezion, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)

Ils ont ensuite continué avec certaines de leurs nouvelles chansons, accompagnés de deux danseurs habillés en salopettes fluo assorties, avant de projeter la scène d’ouverture du clip « Ugly Boy » sur l’écran derrière eux.

Le public a immédiatement reconnu les images. L’imagerie surréaliste, parfois choquante, est une partie cruciale de leur produit. Leurs vidéos bizarres et élaborées comme « Evil Boy » et « Baby’s on fire » ont été vues des dizaines de millions de fois.

Ils ont chanté « Ugly Boy » enveloppé de fumée rouge, Visser dansant sur la plate-forme du DJ, au-dessus de la scène principale. Après la chanson, Ninja a descendu son jogging, révélant une étoile de David sur le devant de ses dessous. La foule a rugi d’approbation.

Ils ont continué avec leurs anciennes chansons, plus connues, comme « Pitbull Terrier » et « Baby’s on Fire ».

Le spectacle a atteint son apogée avec leur tube « I Fink U Freeky », sorti en 2012. Le public connaissait le refrain et a sauté à l’unisson avec les artistes pendant la chanson. Ninja a sauté sur le sol devant la scène et a continué à rapper assis sur les épaules du public.

Le leader de Die Antwoord, Ninja, émerge du public pendant leur concert à Rishon Lezion, le 8 juin 2016. (Crédit  : Orit Pnini)
Le leader de Die Antwoord, Ninja, émerge du public pendant leur concert à Rishon Lezion, le 8 juin 2016. (Crédit : Orit Pnini)

Le spectacle était le premier du groupe en Israël depuis sa création à Cape Town en 2008. Ils ont sorti leur premier album, $O$, en 2009, et ont explosé en 2010 avec les clips devenus viraux de « Zef Side » et « Enter the Ninja ».

Ils se sont produits dans des salles et des festivals célèbres, comme Coachella, Big Day Out et Austin City Limits, et ont collaboré avec le créateur de mode Alexander Wang, le musicien et producteur Diplo, et le réalisateur sud-africain de « District 9 », Neill Blomkamp, qui a fait tourner Visser et Ninja dans son film « Chappie ».

Ils ont clôturé le spectacle de Rishon Lezion avec « Enter the Ninja », sorti en 2010.

Les spectateurs se sont assis sur les épaules les uns des autres devant la scène et chantaient le refrain pendant que des papillons bleu fluo étaient projetés sur l’écran devant eux.

Ninja était revenu sur le sol, courant le long du devant de la scène avec la main tendue vers le premier rang du public. Visser est parti après la chanson, disant « Tel Aviv, Israël, soyez heureux. Bye bye. »

Après quelques instants, Ninja est revenu sur scène avec un sweat-shirt noir, le visage couvert, et a pris une vidéo du public avec son téléphone avant de s’en aller.

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