Dina Porat revient sur la déclaration israélo-polonaise sur la Shoah
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Dina Porat revient sur la déclaration israélo-polonaise sur la Shoah

L'historienne à Yad Vashem a contredit les propos des conseillers de Netanyahu selon lesquels le musée a approuvé le communiqué sur la Shoah

L'historienne israélienne Dina Porat, historienne en chef au Mémorial de la Shoah Yad Vashem le 29 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)
L'historienne israélienne Dina Porat, historienne en chef au Mémorial de la Shoah Yad Vashem le 29 mai 2018. (Miriam Alster/FLASH90)

L’historienne en chef du mémorial de la Shoah de Yad Vashem a défendu son rôle dans une déclaration israélo-polonaise conjointe qui a entraîné un torrent de réactions en Israël lors de sa publication, la semaine dernière.

Dans une interview accordée à la chaîne publique Kan – ses tous premiers propos publics depuis le début de la controverse – le professeure Dina Porat a insisté : « On peut accepter » une grande partie des affirmations sur la Shoah contenues dans le communiqué qui a fait polémique.

Elle a également reconnu que des clarifications pouvaient être nécessaires, disant que « s’il est possible de corriger, je le ferais, j’ajouterais des choses, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais pas dans l’atmosphère qui a été créée » autour de cette déclaration. « C’est pour ça que je n’ai pas répondu jusqu’à présent. On ne peut pas se faire entendre dans tout ce bruit ».

Cette déclaration a été rendue publique le 27 juin par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, dans le cadre d’un accord signé par les deux hommes qui aura mis un terme à la querelle opposant l’Etat juif et la Pologne, causée par une loi controversée qui criminalisait toute affirmation d’une éventuelle responsabilité ou coresponsabilité de la nation ou de l’Etat polonais pour les crimes commis par le Troisième Reich allemand.

Cette déclaration conjointe avait été faite quelques minutes après que l’adoption par le Parlement polonais d’une législation qui supprimait les passages troublants, une loi entérinée par le président Anderzej Duda.

Le communiqué concernait la Shoah et le rôle tenu par la Pologne durant le génocide. Il y était stipulé que l’expression « camps de la mort polonais » était « manifestement erronée » et que le gouvernement polonais en exil pendant la guerre « a tenté de mettre fin à cette activité nazie en essayant de sensibiliser les alliés occidentaux au sujet du meurtre systématique des Juifs polonais ». Il rejetait également l’antisémitisme et « l’anti-polonisme ».

Plus polémique, il condamnait « tous les cas de cruauté envers les Juifs perpétrés par les Polonais pendant… la Seconde Guerre mondiale » mais soulignait aussi « les actes héroïques de nombreux Polonais, en particulier de la part des Justes parmi les Nations, qui ont risqué leur vie pour sauver le peuple juif ».

Jeudi, Yad Vashem, centre de recherche de renommée mondiale sur l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, avait publié une analyse cinglante de la loi amendée et de la déclaration commune. La déclaration conjointe signée par Varsovie et Jérusalem « contient une formulation très problématique qui contredit les connaissances historiques existantes et acceptées dans ce domaine », avait noté un communiqué transmis par l’institution.

Cette déclaration conjointe avait causé une tempête politique la semaine dernière au sein de l’Etat juif, après qu’une ONG liée au gouvernement polonais a décidé de publier son contenu, traduit dans des langues locales, dans des journaux israéliens, polonais, allemands, américains et autres.

A travers toute cette polémique, les négociateurs de Netanyahu chargés des discussions secrètes avec la Pologne qui ont mené à cet accord avaient insisté sur le fait que Porat, historienne renommée spécialiste de l’antisémitisme et de la Shoah, avait accompagné les pourparlers et que les « déclarations historiques apparaissant dans la déclaration ont été approuvées par elle ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse au ministère de la Défense à Tel Aviv le 27 juin 2018 pour discuter de la loi polonaise amendée sur la Shoah. (Tomer Neuberg/Flash90)

Porat a démenti cette affirmation dimanche, disant que si elle a été – en effet – consultée, cela a été sur une base « bénévole, personnelle et confidentielle » et non en tant que représentante de Yad Vashem.

Elle n’a pas non plus « approuvé » chaque déclaration. « Personne ne s’est engagé à changer les mots dont j’ai demandé la modification », a-t-elle précisé.

Le Times of Israel avait fait savoir la semaine dernière que Porat n’avait pas vu la version finale du communiqué avant qu’il ne soit rendu public. Mais, a-t-elle déclaré dimanche, le texte reflète toutefois une demande légitime exprimée par les Polonais.

« Je ne pense pas qu’on puisse accuser la nation polonaise toute entière d’avoir constamment pris pour cible des Juifs, de manière systématique » pendant la Shoah, a-t-elle expliqué. « Les Polonais également ont été véritablement victimes » des nazis.

Elle a indiqué qu’elle considérait comme fondée la critique disant que la déclaration présentait un langage semblant magnifier l’aide apportée par les Polonais aux Juifs tout en minimisant leurs responsabilités dans les persécutions nazies.

« Ils ne veulent pas que leurs crimes soient au centre de leur conscience ou de leur identité. Ils veulent une identité différente », a-t-elle commenté.

Des Juifs creusent une tranchée dans laquelle ils seront enterrés après avoir été abattus, à Ponary, en Pologne. (Crédit : Yad Vashem)

Interrogée sur la mise en équivalence apparente, dans le communiqué, de l’antisémitisme et de « l’anti-polonisme », elle a tenté d’expliquer le point de vue polonais.

« Les Polonais ont protesté en disant qu’en raison des réparations, nous avons pardonné aux Allemands et que nous ne parlons donc pas aussi mal des Allemands que nous parlons mal des Polonais. Les Polonais disent que l’Allemagne a acheté notre pardon avec de l’argent tandis qu’eux disent qu’ils sont pauvres. C’est ce que les Polonais déplorent lorsqu’ils se plaignent d’anti-Polonisme », a-t-elle déclaré.

Au cours de l’entretien, Porat a partagé une critique de Yad Vashem portant sur une phrase particulière présente dans le communiqué qui avait suscité l’opprobre en Israël. Elle stipule que « certaines personnes, indépendamment de leur origine, de leur religion ou de leur vision du monde, ont révélé leur côté le plus sombre pendant cette période ».

Yad Vashem a qualifié cette formulation « d’insinuation scandaleuse laissant entendre que les Juifs ont également révélé leur côté le plus sombre pendant cette période ».

Il s’agit d’une « très mauvaise phrase, médiocrement formulée », a dit Porat. Ceux qui ont révélé « leur côté le plus sombre », a-t-elle insisté, « étaient des Polonais et ils étaient catholiques ».

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