Dov Lipman poursuivi pour harcèlement sexuel dans une contre-plainte
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Dov Lipman poursuivi pour harcèlement sexuel dans une contre-plainte

L'ex-député de Yesh Atid réclamait des dommages et intérêts après que la plaignante et une autre accusatrice l'ont mis en cause dans un groupe privé #MeToo sur Facebook

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Dov Lipman, député de Yesh Atid à l'époque, lors d'une réunion de son parti à la Knesset, le 6 janvier 2014. (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)
Dov Lipman, député de Yesh Atid à l'époque, lors d'une réunion de son parti à la Knesset, le 6 janvier 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Après avoir lui-même déposé plainte pour diffamation contre deux femmes qui avaient proféré des accusations à son encontre dans un groupe privé sur Facebook, l’ancien député Dov Lipman fait aujourd’hui l’objet de poursuites pour harcèlement.

Les accusations contre ce politicien né à Washington – qui a siégé à la Knesset sous l’étiquette de Yesh Atid, de 2013 à 2015 – avaient été initialement lancées en réponse à un post qui avait été publié dans un groupe privé appelé #GamAni [« moi aussi » en hébreu], en 2019. La description du groupe, qui compte 1 300 membres, précise que « nous sommes ici pour partager nos expérience personnelles de #gamani au sein des organisations communautaires juives ».

Le post mettait en garde les communautés en leur disant de ne pas inviter Lipman lors de conférences, l’homme étant « en fait, un prédateur qui, dans le passé, a profité de sa position », selon des documents judiciaires obtenus par Haaretz. Le quotidien a rendu ces informations publiques dans la journée de dimanche.

La première des deux femmes poursuivies pour diffamation avait écrit sur le post que Lipman lui avait fait des avances sexuelles répétées et non-désirées lorsque tous les deux avaient été amenés à travailler ensemble dans le cadre d’une campagne publique contre l’extrémisme ultra-orthodoxe, dans leur ville d’origine de Beit Shemesh.

Dov Lipman de Yesh Atid lors d’une réunion de la commission des Finances à la Knesset, en septembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/ Flash90)

La seconde femme avait posté un commentaire partageant le point de vue exprimé dans le post original et elle avait accusé l’ancien législateur d’avoir abusé de son pouvoir et de harcèlement, selon les documents du tribunal qui ont été vus par Haaretz.

Au mois de novembre 2020 – quatre mois après le dépôt, par Lipman, des deux plaintes pour diffamation – la première femme avait pris la décision de poursuivre l’ex-parlementaire pour harcèlement sexuel. Cette plainte détaillait les accusations lancées contre l’ancien politicien, les mêmes accusations qui avaient été évoquées de manière plus générale dans le post publié dans le groupe privé.

Lipman est mis en cause pour harcèlement dans des faits qui auraient eu lieu avant son entrée à la Knesset et pendant son mandat au Parlement.

Depuis qu’il a quitté la Knesset, Lipman est resté impliqué dans le service public – servant d’avocat pour les nouveaux immigrants, notamment pour les aider à faire venir leur famille lors de la pandémie, et faisant des conférences consacrées à la politique israélienne et aux relations établies entre les Juifs de la diaspora et Israël devant les communautés juives de l’étranger. Il écrit régulièrement des analyses sur des sites d’information anglophones – notamment pour le Times of Israel, où il tient un blog.

Lipman est actuellement au poste de secrétaire-général de la World Confederation of United Zionists, qui fait partie de la World Zionist Organization. Sa page Facebook est suivie par presque 32 000 abonnés.

Quelques heures après la publication de l’article de Haaretz, Lipman a écrit un post sur Facebook où il a remercié l’un de ses partisans et où il a affirmé que le journal avait rédigé « une calomnie à mon encontre, sans même solliciter ma version des faits ».

Il a ensuite confirmé avoir porté plainte pour diffamation contre « une femme qui a tenu des propos mensongers et diffamatoires me concernant au sujet de faits qui, dit-elle, auraient eu lieu en 2014 ».

Lipman a souligné qu’aucun dépôt de plainte officiel n’avait été enregistré à ce moment-là, ajoutant n’avoir jamais été seul avec cette femme.

Le président de l’agence juive Natan Sharansky, au centre, et Dov Lipman, alors membre de la Knesset, en veste et cravate à droite, lors d’une manifestation organisée par des juifs américains et israéliens orthodoxes et conservateurs devant les bureaux du Grand Rabbinat à Jérusalem le 6 juillet. 2016. (Hadas Parush / Flash90)

« Dorénavant, tout cela a été placé entre les mains des tribunaux et j’ai la certitude que le jugement qui sera rendu dans le cadre de ma plainte fera éclater au grand jour la vérité. Et je vais continuer, d’ici là, à travailler jour et nuit pour aider les Olim et pour raconter au monde l’Histoire d’Israël », a-t-il poursuivi.

Dans sa plainte pour diffamation, déposée au mois de juillet 2020, Lipman réclame à chacune des deux femmes 100 000 shekels de dommages et intérêts, affirmant que leurs accusations ont visé à « détruire sa vie ».

« Ces déclarations mensongères, ces faits dénaturés et ces mensonges éhontés et malveillants ont pour objectif de mettre en cause le plaignant pour des actes, un comportement et des qualités négatives qui le font passer aux yeux du public pour un délinquant sexuel qui harcèle et qui agresse les femmes et qui profite de façon cynique de son statut d’homme public, » explique la plainte.

Il semble que Lipman ait pris la décision de ne pas poursuivre la femme qui avait écrit la publication originale parce que cette dernière n’est pas israélienne et qu’elle vit aux États-Unis, où la charge de la preuve, dans les affaires de diffamation contre les personnalités publiques, est bien plus élevée que ce n’est le cas au sein de l’État juif.

Lipman avait été le représentant anglophone de Yesh Atid après avoir échoué à entrer à la Knesset lors des élections de 2015. Mais en 2018, la liste centriste avait soudainement annoncé que l’ancien député ne représentait plus le parti, sans donner d’informations complémentaires.

Dans leur réponse conjointe à la plainte pour diffamation, les deux femmes ont présenté des messages texto envoyés par Lipman à l’une d’elles, dans lequel il indique que son départ de Yesh Atid est lié aux accusations lancées à son encontre.

« J’ai terriblement souffert de mon comportement… J’ai démissionné de Yesh Atid auquel j’avais consacré les cinq dernières années », avait ainsi écrit Lipman dans le message – qui figure parmi les premiers documents obtenus par Haaretz.

US-born Rabbi Dov Lipman, right, and Yesh Atid chairman Yair Lapid (photo credit: Yaakov Lederman)
Dov Lipman, à droite, et le président de Yesh Atid, Yair Lapid. (Crédit : Yaakov Lederman)

Les femmes ont aussi noté qu’elles avaient accusé l’ancien député dans un groupe privé, dont Lipman n’est pas membre.

« Mes clientes ont agi avec la plus grande retenue et elles ne sont pas entrées dans les détails des agissements [de Lipman]. Leur comportement démontre la noblesse de leurs intentions et leurs valeurs personnelles dans une situation qui, non seulement justifiait ce qu’elles ont écrit, mais qui exigeait que les choses soient dites », a écrit l’avocate des deux femmes dans sa réponse à la plainte pour diffamation.

La plainte consécutive pour harcèlement sexuel déposée par la première femme réclame 120 000 shekels de dommages et intérêts.

La plainte explique que Lipman et la plaignante avaient travaillé ensemble dans le cadre d’une campagne contre l’extrémisme religieux à Beit Shemesh avant l’élection de l’homme à la Knesset. La plaignante avait ensuite demandé son aide, pensant qu’il serait en mesure d’utiliser les nouveaux pouvoirs conférés par son poste pour faire avancer leur lutte commune.

Mais plutôt que de simplement offrir son assistance, Lipman s’était comporté « de manière totalement inappropriée et répétée – avec des demandes répétées de contact physique, des demandes répétées d’étreintes et de baisers, des déclarations stipulant qu’il avait besoin d’être étreint, qu’il manquait d’étreintes, par le biais d’insinuations intimes, d’invitations à des moments en face à face, le soir, dans des appartements vides et autres comportements à la fois indécents et terribles – en particulier au vu de son rôle public en tant que rabbin et en tant que membre de la Knesset ».

Dans sa réponse à la plainte déposée pour harcèlement sexuel, Lipman a une fois encore dénoncé des accusations « mensongères » et accusé la femme d’avoir « ourdi un complot » à son encontre et d’avoir lancé « une chasse aux sorcières ».

Ses avocats ont reconnu que Lipman avait partagé des détails sur la vie intime de son couple – il est marié – avec la plaignante mais que les demandes répétées d’étreintes n’avaient aucune nature sexuelle, ne traduisant qu’un besoin de soutien moral, selon les documents du tribunal.

MK Rabbi Dov Lipman sitting in the plenum hall of the Knesset during an introduction day for new parliament members, February 03, 2013. (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
L’ancien député Yesh Atid, le rabbin d’origine américaine Dov Lipman (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La deuxième femme n’a pas déposé de plainte similaire pour harcèlement contre l’ancien député. Son post publié sur Facebook ne faisait pas état, par ailleurs, d’interactions personnelles avec lui.

Selon les documents judiciaires, avant de publier le commentaire qui a finalement entraîné la plainte pour diffamation, la femme avait eu connaissance d’autres accusations à l’encontre du politicien et elle avait décidé de le rencontrer pour évoquer le sujet.

Au cours de cet entretien, Lipman avait supplié la femme de ne pas rendre publiques ces accusations et il avait promis qu’il ne prendrait plus part, en tant que personnalité publique, à des travaux dans des causes liées aux femmes ou aux petites filles.

Dans des conversations par messages texto avec la seconde femme qui avaient suivi, Lipman avait reconnu avoir envoyé des messages inappropriés à la première – qui a déposé plainte pour harcèlement aujourd’hui.

« J’ai eu tort d’écrire ce que j’ai écrit. J’en assume la responsabilité. Mais je ne suis pas l’un de ces monstres dangereux blessant les femmes et je ne me prêterai à aucune communication ‘amicale’ avec une autre femme que mon épouse », avait-il écrit, selon les documents du tribunal.

Croyant à la sincérité de Lipman, la deuxième femme avait choisi de taire les accusations. Toutefois, après des publications ultérieures de l’ancien député qui lui avaient fait comprendre qu’il travaillait encore aux côtés de femmes, elle avait choisi de poster son commentaire – le même commentaire qui lui vaut aujourd’hui d’être poursuivie pour diffamation.

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