Durant la semaine de l’Apartheid d’Israël, le silence plutôt que le conflit
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Durant la semaine de l’Apartheid d’Israël, le silence plutôt que le conflit

Face à ce qui est devenu un rendez-vous annuel, certains militants pro-israéliens pensent que la meilleure stratégie consiste à ignorer les démonstrations, les conférences et les "murs d'apartheid"

Des étudiants anti-israéliens de l'université Columbia érigent un faux "mur de l'apartheid" devant l’emblématique Low Library, pendant la Semaine contre l'apartheid israélien, le 3 mars 2016. Illustration. (Crédit : Uriel Heilman)
Des étudiants anti-israéliens de l'université Columbia érigent un faux "mur de l'apartheid" devant l’emblématique Low Library, pendant la Semaine contre l'apartheid israélien, le 3 mars 2016. Illustration. (Crédit : Uriel Heilman)

New York- Lorsque la Semaine contre l’apartheid israélien a commencé à l’Université de Columbia en début mars, elle contenait un fort potentiel d’agitation sur le campus aux nombreux étudiants.

La branche locale des étudiants du groupe « Students for Justice in Palestine », le plus important promoteur de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël sur le campus, a mis en place un faux « mur d’apartheid israélien » devant les escaliers menant à l’emblématique Low Memorial Library.

De l’autre côté, une poignée d’étudiants affiliés au groupe « Jewish Voice for Peace » se sont installés afin de promouvoir le boycott de l’Etat juif.

Quelques contre-manifestants pro-israéliens ont érigé une poupée gonflable de 12 pieds de hauteur à l’effigie de Pinocchio pendant la même semaine, afin de rappeler que des mensonges étaient propagés par les étudiants anti-israéliens. Mais la poupée n’avait pas été explicitement autorisée par l’administration des étudiants de Columbia, et après une heure environ, les étudiants ont dû la retirer.

« Nous voulions dévier les sujets de conversation pour parler de Pinocchio », a déclaré Rudy Rochman, étudiant de première année à Columbia, qui est le président de la section locale des étudiants pro-israéliens « Students Supporting Israel », ayant mis en place l’effigie de Pinocchio.

« Ce fut vraiment notre but en l’érigeant. Nous voulions que notre messager soit plus fort que le leur, et détruire leur message ».

Pendant la semaine contre l'apartheid israélien à l'université de Columbia, les étudiants pro-Israël ont contré l'affiche anti-Israël avec une poupée de 12 pieds de haut de Pinocchio destiné à attirer l'attention sur les "mensonges sur Israël", le 1er mars 2016 (Crédit :Autorisation du Students Supporting Israel – Columbia)
Pendant la semaine contre l’apartheid israélien à l’université de Columbia, les étudiants pro-Israël ont contré l’affiche anti-Israël avec une poupée de 12 pieds de haut de Pinocchio destiné à attirer l’attention sur les « mensonges sur Israël », le 1er mars 2016 (Crédit :Autorisation du Students Supporting Israel – Columbia)

Pour la plupart, cependant, les étudiants pro-israéliens de cette université de premier plan semblaient faire profil bas et la semaine s’est passée en grande partie sans incident.

Les groupes anti-israéliens ont organisé des conférences, projeté des films et mis en scène des spectacles de danse, tandis que le plus grand groupe d’étudiants pro-israélien de Columbia, Aryeh, a organisé une conférence par le professeur de droit anti-BDS Eugene Kontorovich de la Northwestern University, qui a attiré environ 80 personnes.

Les groupes pro-palestiniens ont attiré leurs partisans, les étudiants pro-israéliens ont parlé à leurs défenseurs et la grande majorité des étudiants de Columbia ont accordé leur attention à l’un ou à l’autre.

Selon de nombreux militants pro-israéliens sur le campus, la Semaine de l’Apartheid israélien fut selon eux un succès. Comme l’événement annuel est devenu incontournable sur les campus universitaires américains, de nombreux militants pro-israéliens affirment que la stratégie la plus efficace est tout simplement l’ignorer.

« Être là revient à participer à une compétition de « color war », un jeu qui se joue en équipe populaire sur les campus ; « il donne aux deux côtés l’air fou », a dit Daniella Greenbaum, étudiante de première année et présidente d’Aryeh, l’association pro-israélienne d’étudiants de Columbia.

« Nous voulons avoir un discours de haut niveau concernant Israël. Voilà pourquoi nous ne faisons pas partie de l’évènement cette année. »

Des dizaines de campus universitaires à travers le monde marquent maintenant la Semaine de l’Apartheid israélien. Habituellement programmé de fin février à début avril, la semaine d’évènements pour les étudiants est destinée à mettre en évidence les méfaits présumés des israéliens et promouvoir la campagne de BDS.

Des discours anti-israéliens sont tenus sur des haut-parleurs, les élèves organisent des manifestations publiques et des chroniqueurs publient des éditoriaux pro-BDS dans les journaux du campus.

Sur certains campus, l’événement pousse à un conflit ouvert entre les étudiants anti et pro-israéliens, et les étudiants des deux côtés se sont plaints d’être harcelés.

« Notre plus grande crainte et préoccupation est que les conflits sont si vifs que les étudiants juifs ne veulent rien faire qui soit perçu comme juif, parce que cela les mettrait en situation de conflit », a déclaré un des directeurs de Hillel, qui a demandé que son université ne soit pas nommée afin de ne pas alimenter l’agitation anti-Israël sur le campus.

« La plupart des étudiants ont en aversion les conflits. L’université est un endroit si amusant. Lorsque vous faites d’un espace un espace de conflit, notre crainte est que les gens ne voudront pas y venir ».

Le directeur Hillel dit que l’une de ses principales stratégies pour éviter d’être entraînés dans un conflit avec les groupes pro-palestiniens est de les ignorer. Il se concentre plutôt sur la mise en place d’événements positifs sur Israël. « C’est une sorte de grand rien, » dit-il de la Semaine de l’apartheid en Israël.

A Columbia, Aryeh a interrogé environ 200 étudiants il y a quelques années et a constaté qu’Israël était placé très bas sur la liste des questions qui les intéressaient. Voilà pourquoi le groupe était contre la décision prise par le groupe « Students Supporting Israel » de monter une contre-manifestation face au faux mur de l’apartheid, a dit Greenbaum.

« Nous avons réalisé que les jours ou nous ne sommes pas là-bas, les gens ne s’arrêtent par pour voir le mur ou ne le remarquent pas, » selon Greenbaum. « Il est préférable d’éviter d’attirer l’attention sur lui ».

Mais selon certains étudiants juifs, le conflit sur certains campus est devenu inévitable. À l’Université de New York, par exemple, les étudiants juifs de quatre campus – Brooklyn College, Hunter College, le Collège de Staten Island et John Jay College – se sont plaints d’être harcelés et réduits au silence par des étudiants pro-palestiniens hostiles.

Le 16 février, des étudiants de Brooklyn College ont perturbé une réunion de la faculté afin d’exiger que les « sionistes » quittent le campus et ont qualifié un professeur de « cochon sioniste ».

La semaine dernière, lors d’une table ronde à Hunter organisée dans le cadre de la Semaine contre l’apartheid et la Journée internationale de la femme, le leader étudiant Nerdeen Kiswani du groupe « Justice in Palestine » a accusé Israël d’utiliser le « viol massif contre les femmes palestiniennes » dans le cadre d’une campagne visant à « perpétrer un génocide « sur le peuple palestinien ».

« Israël est un Etat qui est construit sur l’assassinat et le viol en masse des femmes palestiniennes », a déclaré Kiswani, qui a également appelé à une intifada, ou soulèvement palestinien contre Israël.

La table ronde était animée Saadia Toor, professeur agrégé de sociologie à CUNY. L’accusation est restée sans réponse et Kiswani a été applaudi pour ses remarques. Environ 65 personnes étaient présentes lors de l’événement.

Le 24 février, l’Organisation Sioniste américaine a envoyé au chancelier de CUNY, James Milliken, une longue lettre détaillant les plaintes pour antisémitisme de la part d’étudiants juifs, avertissant que l’université viole les règles du Titre VI du Civil Rights Act, qui exige que les universités financées par le gouvernement fédéral assurent que les étudiants juifs et autres ne souffrent pas de discrimination sur le campus.

CUNY a ouvert une enquête sur ces allégations et l’université a déclaré avoir réuni un groupe de travail pour promouvoir un environnement plus respectueux sur le campus.

L’Anti-Defamation League (ADL) a également mis en évidence des accusations d’antisémitisme au CUNY tout en félicitant Milliken pour sa réponse. Les membres du conseil municipal de la ville de New York auraient rédigé un projet de loi qui obligerait CUNY à signaler tous les incidents de discrimination ayant lieu sur le campus au conseil municipal.

Pour leur part, le groupe Students for Justice in Palestine et d’autres militants pro-BDS déclarent ne pas être antisémites, et que les groupes pro-israéliens tentent de les museler par une chasse aux sorcières qui risque de violer leurs droits à la liberté d’expression.

« Plutôt que de protéger les élèves contre l’intolérance », une porte-parole juive du groupe pro-palestinien a déclaré, faisant référence la proposition de loi du conseil municipal de New York, cette loi « est destinée à faire taire la défense des droits de l’Homme des Palestiniens, souvent en amalgamant faussement la critique de la politique israélienne avec l’antisémitisme ».

Bien que les gros titres donnent souvent l’impression que les campus universitaires américains sont devenus le lieu de batailles entre étudiants anti et pro-israéliens, de nombreux professionnels sur les campus – y compris dans les universités où des incidents antisémites auraient eu lieu – déclarent tout simplement que ça n’est pas le cas.

Nadya Drukker, la directrice exécutif de la branche Hillel au Brooklyn College, a déclaré que plus de 30 leaders étudiants sur son campus sont axés sur l’organisation d’événements pro-israéliens.

L’un des événements qui a eu lieu ce semestre a même été co-parrainé par la section locale de l’Association des étudiants musulmans, qui dans sa majorité, ne souhaite pas être impliquée dans les évènements ayant trait au conflit israélo-arabe.

L’événement, qui a également été co-parrainé par un club étudiant chrétien, était un jeu-questionnaire intitulé « Apprendre à connaître la religion de l’autre ».

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