EAU : Les Accords d’Abraham signés « pour nos peuples, pas pour un leader »
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EAU : Les Accords d’Abraham signés « pour nos peuples, pas pour un leader »

Un responsable anonyme a tenu ces propos suite à l'instrumentalisation par Netanyahu de la nation du Golfe dans sa campagne alors qu'Abu Dhabi paraît s'éloigner du Premier ministre

Un homme brandit un drapeau émirati géant devant la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 19 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Un homme brandit un drapeau émirati géant devant la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 19 août 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un responsable des Émirats arabes unis a semblé critiquer le Premier ministre Benjamin Netanyahu suite à la tentative présumée, par le Premier ministre israélien, d’utiliser Abou Dhabi et les accords signés dans sa campagne électorale. Il a fait remarquer que l’accord de normalisation n’avait pas été signé au bénéfice des dirigeants des pays.

« Les Émirats arabes unis ont signé l’accord pour l’espoir et les opportunités qu’il apporte à nos peuples, pas au profit d’un dirigeant individuel », a déclaré un responsable émirati à CNN, jeudi.

« Personnaliser et politiser les accords de cette manière déprécie cet événement historique. Les Émirats arabes unis n’emprunteront pas ce chemin », a ajouté la source.

Netanyahu programme une visite officielle à Abu Dhabi depuis longtemps – il devait encore s’y rendre la semaine dernière – annulant ses séjours de manière répétée. Ses discours électoraux ont vanté un fonds d’investissement émirati à hauteur de dix milliards de dollars qui ciblerait les secteurs stratégiques au sein de l’État juif.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime au journal télévisé de la Treizième chaîne, le 12 mars 2021. (Capture d’écran de la Treizième chaîne)

Cette prise de bec diplomatique semble être le premier accroc public depuis que les relations diplomatiques entre Abu Dhabi et Jérusalem ont été établies, l’année dernière.

Alors que les Émiratis faisaient part de leur colère sur les implications politiques d’une visite possible du Premier ministre israélien, ce dernier a démenti, mercredi, chercher encore à faire ce déplacement, à seulement quelques jours des élections nationales qui auront lieu mardi prochain. Il a rejeté l’idée, affirmant qu’il s’agissait d’une « invention » alors même qu’un collègue ministériel issu comme lui du parti Likud a déclaré que ce voyage était, en effet, une possibilité.

Israël et les EAU ont normalisé leurs liens l’année dernière grâce à un pacte nommé « les Accords d’Abraham » – une réussite diplomatique pour Netanyahu qui a été négociée par son allié fervent, l’ex-président américain Donald Trump. Barheïn, le Soudan et le Maroc ont ensuite, suivant l’exemple des Émirats arabes unis, également établi des relations diplomatiques avec Israël.

Le président américain Donald Trump (au centre) avec de gauche à droite : le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, mardi 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

Netanyahu a cherché à mettre en lumière ses réussites dans le cadre de sa campagne électorale en amont du scrutin du 23 mars, et une visite aux EAU aurait aidé à asseoir sa stature d’homme d’État leader.

Mais un autre responsable émirati a déclaré, mercredi, que le royaume du Golfe ne souhaitait pas être impliqué dans la campagne israélienne.

« Du point de vue des EAU, l’objectif poursuivi par les Accords d’Abraham est d’offrir des fondations stratégiques robustes qui pourront renforcer la paix avec l’État d’Israël et avec le reste de la région », a écrit Anwar Gargash, conseiller du président des EAU, le sheikh Khalifa bin Zayed.

Le ministre d’État des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, s’adresse aux journalistes à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le lundi 18 juin 2018. (AP/Jon Gambrell)

« Les EAU ne participeront à aucune élection interne en Israël, ni aujourd’hui, ni jamais », a-t-il noté sans donner de détails.

Ces propos tenus par Gargash qui, jusqu’à une date récente, était le visage de la diplomatie aux Émirats où il occupait le poste de ministre d’État aux Affaires étrangères, ont été inhabituellement francs pour un responsable émirati.

Un voyage aux EAU était prévu depuis plusieurs mois mais il a été reporté à de nombreuses occasions, et à nouveau au mois de février. Netanyahu aurait dû initialement faire ce déplacement au mois de novembre, puis au mois de décembre, puis au mois de janvier et enfin au mois de février – mais la pandémie, des problèmes de calendrier et des crises politiques ont entraîné des reports répétés.

Les Émirats auraient été réticents à l’idée de l’accueillir la semaine dernière, s’inquiétant de ce que cet accueil soit perçu comme une intervention dans le processus électoral israélien, et Netanyahu aurait envoyé le chef de l’agence du Mossad, Yossi Cohen, pour tenter de les persuader de maintenir la visite.

Selon des informations rendues publiques jeudi, les EAU auraient également suspendu un sommet qui aurait dû réunir Netanyahu, de hauts-responsables américains et les dirigeants des États arabes ayant normalisé les liens avec l’État juif.

Le sommet aurait dû avoir lieu au mois d’avril à Abu Dhabi mais il a été suspendu par le prince Sheikh Mohammed bin Zayed, qui aurait été furieux de ce qu’il aurait considéré comme une utilisation par Netanyahu du royaume du Golfe dans le cadre de sa campagne électorale.

Pour couronner le tout, un ministre émirati a semblé, mardi, minimiser l’annonce de l’établissement d’un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars qui servirait le secteur stratégique en Israël – un plan dont s’est enorgueilli Netanyahu de manière répétée.

L’AFP a contribué à cet article.

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