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Liberman et Bennett divergent sur les fonds qataris à Gaza

Le ministre de la Défense a déclaré que le ministre de l'Education "souffre de pertes de mémoire ou ment" quand il s'oppose au transfert de fonds et de carburant

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman (en haut) et celui de la formation HaBayit HaYehudi Naftali Bennett à la Knesset, le 11 mai 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman (en haut) et celui de la formation HaBayit HaYehudi Naftali Bennett à la Knesset, le 11 mai 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de l’Education Naftali Bennett et son confrère à la Défense Avigdor Liberman ont échangé de nouvelles piques dimanche matin, Liberman écrivant sur Twitter que Bennett « souffre de pertes de mémoire ou ment, tout simplement. »

Le ministre de l’Education avait déclaré que les fonds transférés par le Qatar dans la bande de Gaza, pendant le week-end, étaient un « racket de protection » qui ne permettrait d’acheter que le calme à court-terme. Bennett avait expliqué à la radio israélienne qu’il avait déclaré cela dès le mois de juillet, ajoutant que le Hamas serait encore capable de mener des attaques violentes afin de faire avancer ses intérêts.

En réponse, le ministre de la Défense a clamé que Bennett avait, en réalité soutenu ce transfert d’argent ainsi que l’approvisionnement en carburant au sein de l’enclave côtière, qu’il était également favorable à une proposition qui permettrait à 5 000 ouvriers de Gaza d’entrer en Israël et qu’il était opposé à une action militaire contre le Hamas.

« La responsabilité de ce [racket] de protection revient à [Bennett] et à son parti », a écrit Liberman.

Un Palestinien montre son argent après avoir reçu son salaire à Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 9 novembre 2018 (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le ministre de la Défense a conclu en notant qu’il avait été le seul membre du cabinet, lors d’une réunion récente, à s’opposer au transfert de ces fonds au Hamas.

Vendredi, 15 millions de dollars en liquide offerts par le Qatar sont entrés dans plusieurs valises pour payer les salaires des fonctionnaires palestiniens de Gaza avec pour objectif d’apaiser les tensions au sein de ce territoire défavorisé.

Ce sont 90 millions de dollars au total qui seront distribués en six versements mensuels de 15 millions, selon les autorités, en premier lieu pour honorer les salaires des responsables qui travaillent pour le Hamas.

Le Qatar a aussi fait savoir qu’il donnerait 100 dollars à chacune des 50 000 familles plongées dans la pauvreté ainsi que des sommes plus importantes aux Palestiniens blessés lors des affrontements survenus le long de la frontière de Gaza avec Israël.

Ces transferts de fonds, auxquels s’est opposé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, surviennent après que l’Etat juif a autorisé l’entrée dans la bande de carburant payé par le Qatar – permettant à la seule centrale électrique du territoire de multiplier par deux les heures d’électricité quotidiennes fournies aux résidents.

Ce n’est pas première fois qu’il y a des accrochages larvés entre Bennett et Liberman, ces dernières semaines. Le parti national religieux HaBayit HaYehudi de Bennett et la formation laïque Yisrael Beytenu se disputeront les votes de nombreux Israéliens belliqueux lors des prochaines élections de la Knesset.

La semaine dernière, Bennett a accusé le ministre de la Défense de « ruiner la dissuasion israélienne » contre les attentats terroristes palestiniens.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett parle à la presse avant la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 16 septembre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL/Flash90)

Bennett faisait alors référence à un projet de loi promu par son parti en tant que mesure de sanction qui proposait que les condamnés pour terrorisme soient écartés de leurs communautés natales et réintégrés ailleurs en Cisjordanie.

« Ce que Liberman ne veut pas faire via le ministère de la Défense, nous le ferons aujourd’hui par le biais de la législation », avait tweeté Bennett. « Au cours des deux dernières années, Liberman a ruiné les outils de dissuasion israéliens. Les terroristes n’ont pas peur. Ils savent que leurs habitations ne seront pas démolies, que leurs familles recevront 12 000 shekels par mois [de l’Autorité palestinienne] et qu’ils seront glorifiés au titre de martyrs. »

Il avait ajouté que sa formation présenterait le projet de loi au vote, dimanche, en séance plénière de la Knesset, de manière à ce que les terroristes « connaissent à nouveau la peur ».

En réponse, le parti de Liberman a fait savoir qu’il soutiendrait « tout projet de législation venant aider la lutte contre le terrorisme ».

Mais, a ajouté le communiqué, « cela ne change rien au fait que HaBayit HaYehudi, depuis environ un an, déjoue l’adoption » d’un texte promu par Yisrael Beytenu qui préconise la peine de mort comme sanction possible des crimes terroristes.

Ce projet de loi avait été la promesse électorale essentielle faite par la formation de Liberman avant le vote de 2015 mais il a très peu progressé depuis.

Le mois dernier, le ministre de l’Education a critiqué Liberman qui, selon lui, se montre incapable de détruire les habitations des terroristes en Cisjordanie, clamant que 102 maisons ont été préparées à la démolition et qu’elles sont encore debout aujourd’hui.

« Nous devons détruire les habitations des terroristes. Pas les mesurer, les détruire », avait alors dit Bennett, une pique lancée à l’encontre du ministre de la Défense.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman s’exprime à l’ouverture de l’exposition de l’armée israélienne à Tel Aviv, le 20 septembre 2018 (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Par ailleurs, interrogé à la radio militaire sur ce qu’il ferait différemment s’il était ministre de la Défense, Bennett a répondu : « Tout ». Il a ajouté qu’Israël ne devait faire aucune autre concession territoriale supplémentaire aux Palestiniens.

« Je ne donnerais pas un centimètre de plus aux Arabes. Nous devons abandonner l’idée que si nous leur donnons plus de territoire, alors le monde nous adorera », a-t-il dit. « Le ministre de la Défense est prêt à abandonner Nokdim, son foyer à lui, à un état palestinien. Je ne suis pas prêt à le faire ».

Le parti de Liberman a alors riposté, le qualifiant, sur le ton de la raillerie, de « jeune des collines » – une référence aux groupes d’extrême-droite qui établissent des avant-postes illégaux en Cisjordanie.

« Les jeunes des collines de Raanana et le grand bavard de HaBayit HaYehudi continuent de se livrer à leur jeu politique au détriment de la sécurité des citoyens israéliens », a-t-il estimé dans un communiqué.

Quelques jours plus tôt, Liberman avait déclaré qu’il avait « supprimé » Bennett de son esprit après que ce dernier l’a accusé d’échouer à venir à bout des violences continues, le long de la frontière avec la bande de Gaza.

Les manifestations hebdomadaires à la frontière de Gaza, intitulées « la marche du retour », ont lieu depuis le 30 mars et elles ont majoritairement impliqué des pneus incendiés et des jets de pierre le long de la clôture de sécurité. Elles ont toutefois également été illustrées par des attaques à l’arme à feu, à la bombe et par des tentatives d’infiltration au sein du territoire israélien, ainsi par que le lancement de cerfs-volants et de ballons incendiaires vers l’Etat juif.

Une serre incendiée par un Palestinien entré en Israël, le 9 novembre 2018 (Capture d’écran)

Des intermédiaires égyptiens travaillent de manière intensive à maintenir le calme, espérant également négocier la réconciliation nationale entre le groupe terroriste du Hamas, qui s’est saisi de Gaza lors d’un coup d’Etat en 2007 et qui a juré la destruction d’Israël, et l’administration d’Abbas, en Cisjordanie.

Le Hamas dit que le blocus israélo-égyptien sur l’enclave doit être levé et il a juré de continuer les manifestations hebdomadaires, au cours desquelles 160 Palestiniens ont été tués depuis le mois de mars. Le groupe terroriste a reconnu que des dizaines de morts appartenaient à ses rangs. Un sniper palestinien a tué un soldat israélien au mois de juillet.

Israël affirme maintenir le blocus pour empêcher le Hamas, qui cherche à détruire l’Etat juif, d’importer des armes.

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