Eizenkot : Le gouvernement a failli sur le virus et perdu la confiance du public
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Eizenkot : Le gouvernement a failli sur le virus et perdu la confiance du public

Lors de la conférence de l'IDC, Gadi Eizenkot a semblé critiquer les attaques du Premier ministre contre la police et le procureur, ainsi que la vente de F-35 aux EAU

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Gadi Eizenkot, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, s'exprime lors de la conférence annuelle du Centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 10 septembre 2020. (Capture d'écran : IDC)
Gadi Eizenkot, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, s'exprime lors de la conférence annuelle du Centre interdisciplinaire d'Herzliya, le 10 septembre 2020. (Capture d'écran : IDC)

L’ancien chef de l’armée Gadi Eizenkot a critiqué jeudi la manière dont le gouvernement gère la pandémie de coronavirus, déclarant qu’il s’agissait d’un échec et que le gouvernement avait perdu la confiance du public, le nombre de nouveaux cas par jour ayant atteint près de 4 000.

« Nous nous réveillons le matin avec près de 4 000 nouveaux malades, et cela montre que nous n’avons pas su gérer le virus », a déclaré M. Eizenkot, lors d’une interview filmée dans le cadre de la conférence annuelle du Centre interdisciplinaire d’Herzliya (IDC).

« Il faut dire la vérité au public : il y a actuellement une pandémie ; il n’y aura probablement pas de vaccin avant l’été 2021 ; et donc nous avons besoin d’une stratégie, nous avons besoin de responsabilité mutuelle, nous avons besoin de discipline, nous avons besoin de leadership, nous avons besoin de précision, nous avons besoin de gérer les risques », a-t-il déclaré.

Ces dernières semaines, le gouvernement n’a cessé de tergiverser sur les mesures à prendre : un bouclage national complet, un bouclage uniquement dans les villes ayant un taux d’infection élevé, ou quelques restrictions moins sévères. En fin de compte, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement ont choisi cette semaine d’imposer un couvre-feu partiel, largement non appliqué, dans 40 villes – pour la plupart ultra-orthodoxes ou arabes – où le nombre de cas est le plus élevé, alors que les politiciens ultra-orthodoxes s’opposent farouchement à un bouclage total de ces zones.

Cette décision de renoncer à un confinement complet dans ces lieux malgré des taux d’infection croissants a conduit de nombreux Israéliens à croire que cette décision était le résultat de l’opportunisme politique plutôt que de considérations légitimes de santé publique.

En attendant, le cabinet est prêt à débattre d’un éventuel bouclage national lors d’une réunion critique jeudi.

Un membre du personnel médical du Magen David Adom teste des personnes sur un site de drive-in pour collecter des échantillons en vue d’un dépistage du coronavirus à Jérusalem, le 8 septembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Les événements récents indiquent une crise profonde qui doit être gérée à un niveau professionnel », a déclaré M. Eizenkot.

« Lorsque vous donnez l’ordre de se tenir à distance et de se confiner, et que le public a perdu confiance en vous, c’est à mes yeux le plus gros problème », a-t-il déclaré.

L’ancien chef de l’armée a demandé au gouvernement de s’efforcer de rétablir cette confiance et de suivre les recommandations des experts en santé publique.

Eizenkot a également semblé dénoncer la campagne de critique du Premier ministre Benjamin Netanyahu contre la police et le ministère public, qui l’ont accusé de corruption, d’escroquerie et d’abus de confiance.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de la faction du Likud à la Knesset, le 9 septembre 2020. (Capture d’écran/Facebook)

« Vous pouvez émettre des critiques, mais il n’y a pas de place pour le dénigrement ou la volonté de détruire les systèmes juridique et policier », a déclaré M. Eizenkot.

Eizenkot, qui travaille actuellement pour un certain nombre de groupes de réflexion, a également fait part de ses inquiétudes concernant le projet récemment annoncé par les États-Unis de vendre la cinquième génération d’avions de chasse furtifs F-35 aux Émirats arabes unis, prétendument avec la bénédiction de Netanyahu, comme accord parallèle à un accord de normalisation naissant entre Jérusalem et Abu Dhabi. Le bureau de Netanyahu a nié que le Premier ministre ait approuvé la vente, ce qui, selon de nombreux responsables de la Défense, anciens et actuels, remettra en cause l’avantage militaire d’Israël dans la région.

L’armée israélienne et le ministère de la Défense se sont longtemps opposés à la vente de F-35 à d’autres pays de la région pour ces raisons. Ils n’ont pas été consultés – au-delà d’un bref appel téléphonique entre le chef du Conseil national de sécurité et le chef de l’armée de l’air israélienne – sur les intentions de vente de l’avion aux Emirats, car Netanyahu a tenu secret l’accord de normalisation en discussion au ministre de la Défense Benny Gantz et au ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, en rupture spectaculaire et sans précédent avec l’usage historique.

Un nouvel appareil F-35 sur la base aérienne Nevatim, dans le sud d’Israël, le 14 juillet 2019. (Crédit : Armée israélienne)

« La position de la Défense pendant des années a été de ne pas fournir d’armes qui changent la donne ou qui donnent un avantage aux pays du Moyen-Orient, même s’ils ne sont pas désignés comme ennemis et même si nous ne partageons pas de frontière, car il peut toujours y avoir des revirements et des changements », a déclaré M. Eizenkot.

Depuis que sa période de réflexion légalement obligatoire après la fin de son mandat, beaucoup en Israël se demandent si l’ancien chef militaire se présentera finalement à un poste politique, comme l’ont fait presque tous ses prédécesseurs.

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