Élections, échanges de renseignement, Iran : Yossi Cohen se confie à New York
L'ancien chef des services d'espionnage était l'invité d'une conférence organisée par le groupe de défense juridique israélien Shurat HaDin
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — L’ancien chef du Mossad, Yossi Cohen, a annoncé lundi qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections, après des années de spéculations qui, dans les médias, avaient laissé entendre qu’il visait le poste de Premier ministre et qu’il pourrait se présenter à la Knesset à la prochaine occasion.
« La réponse est non. Pas pour l’instant. Attendons de voir ce qui va se passer », a dit Cohen alors qu’il lui était demandé s’il se présenterait au prochain scrutin.
Cohen entretient des liens de longue date avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui l’avait nommé à la tête du Mossad après qu’il a occupé le poste de Conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre. Netanyahu le considérerait – aux côtés de Ron Dermer, son confident de longue date – comme un successeur potentiel.
Cohen avait été à la tête du Mossad de 2016 à 2021.
« Tout a commencé quand le Premier ministre actuel, alors que j’étais encore directeur du Mossad, a annoncé que je pourrais être son héritier », a dit Cohen, faisant référence à Netanyahu. « C’était en 2018 ou 2019, je crois. Puis mon épouse m’a dit : ‘Non. Jamais. Tu ne feras pas ça. Nous ne ferons pas ça’. »
« Mais je pense que les choses ont radicalement changé depuis le 7-Octobre et qu’un nouveau leadership est probablement nécessaire – ce n’est pas seulement le cas dans les autres pays, mais aussi en Israël », a-t-il ajouté.
« La question est toujours d’actualité, mais la décision est désormais négative », a continué Cohen lors d’une conférence organisée par le groupe de défense juridique israélien Shurat HaDin.
Les propos tenus par Cohen ont semblé marquer un revirement depuis le mois de juin dernier, quand il avait indiqué dans un podcast que « le public exerce des pressions et pour qu’un véritable changement se produise, je dois devenir Premier ministre ».
Le mois dernier, il avait encore davantage alimenté les rumeurs au cours d’un entretien avec la chaîne d’information N12, disant que Netanyahu ne devait plus occuper le fauteuil de Premier ministre dans la mesure où il était incapable « d’unifier » le peuple d’Israël.
Au mois de juin, N12 avait rapporté que Cohen envisageait de créer un nouveau parti politique pour se présenter aux prochaines élections.
Selon la chaîne, Cohen avait déjà discuté d’éventuelles alliances avec l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et Netanyahu lui-même.
Le reportage avait toutefois indiqué que Cohen privilégiait la création de son propre parti, estimant que l’État juif avait besoin d’un changement politique et qu’il apporterait quelque chose de nouveau.
Les élections sont prévues pour le mois d’octobre 2026. Des élections anticipées ne pourraient avoir lieu que si la Knesset devait voter sa dissolution ou si le budget de l’État n’était pas adopté avant la fin du mois de mai – entraînant une dissolution automatique du parlement.
La conférence au Musée du patrimoine juif de Manhattan, intitulée « Rage contre la haine », était axée sur l’activisme juif « au lendemain du 7 octobre ». Cohen a été interviewé en anglais par le journaliste israélien Ariel Kahana.
Les porte-parole des médias pro-israéliens Yoseph Haddad et Eylon Levy, ainsi qu’Alan Dershowitz, un avocat de premier plan, se sont également exprimés lors de cette conférence, aux côtés de défenseurs juridiques de la communauté juive et d’analystes des médias.
Cohen a également expliqué qu’Israël devait modifier son partage de renseignements avec les pays occidentaux qui mènent des politiques anti-israéliennes aux tribunes internationales.
Une déclaration qui a été faite au lendemain de la révélation, par Israël, de l’existence d’un réseau terroriste transnational placé sous l’autorité du Corps iranien des gardiens de la révolution islamique. Selon le Mossad, ce réseau terroriste aurait été à l’origine d’une série d’attaques récentes lancées contre des sites juifs dans des pays occidentaux, notamment en Grèce, en Allemagne et en Australie.
Un certain nombre de pays, dont l’Australie, ont reconnu l’état palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies, cette année – une initiative qui a été considérée comme un affront diplomatique à Jérusalem.
« Je pense que nous devons échanger ce type de coordination, qui finit par leur sauver la vie, contre un meilleur soutien », a estimé Cohen.
Cohen a précisé qu’il se trouvait au Royaume-Uni peu avant que le Premier ministre britannique Keir Starmer ne déclare la reconnaissance, par le pays, de l’état palestinien.
« Nous leur avons fourni tellement de renseignements qui ont sauvé des vies britanniques », a-t-il ajouté.
« Ils ont reçu un si grand nombre d’informations de notre part, dans l’intérêt du Royaume-Uni – et pas pour que ça se retourne contre les Israéliens ou contre les Juifs, contre les synagogues et les rabbins. En espérant qu’il y ait une réciproque, avec de meilleures relations », a-t-il insisté. « Ce n’est pas le cas actuellement ».
Il a évoqué les renseignements fournis par Israël à l’Australie concernant une tentative initiée par l’État islamique qui souhaitait faire exploser un vol au départ du pays en 2017.
« Nous avons probablement donné aux Australiens une information de la plus haute importance et qui a sauvé la vie de centaines de personnes », a-t-il fait remarquer. « Il s’agissait de nos renseignements, et qu’avons-nous obtenu en retour ? »
« Je ne propose pas que le Mossad ou les services de renseignement israéliens cessent de collecter ou de partager des informations avec nos partenaires à travers le monde pour sauver la vie d’autres personnes, mais je suggère que ces informations soient échangées de manière différente », a-t-il poursuivi.
Cohen a également évoqué l’opération menée par le Mossad en 2018 en Iran, lorsque des agents israéliens avaient volé des archives nucléaires dans un entrepôt situé à Téhéran, une réussite historique pour l’agence. Il a déclaré que le Mossad avait planifié l’opération pendant deux ans et que les hommes du Mossad avaient effectué « des centaines de visites » à l’entrepôt où étaient conservés les documents.
Il a applaudi la frappe israélo-américaine qui a pris pour cible les installations nucléaires iraniennes cette année, affirmant que l’attaque avait « pour l’instant, considérablement retardé la capacité de l’Iran à se doter d’armes nucléaires ».
Cohen a expliqué que l’Iran était à son point le plus faible depuis les années 1970 et que, dans le passé, « nous avons essayé » de fomenter un changement de régime en Iran.
« Nous avons tout fait pour inciter le peuple iranien à se soulever, à se révolter contre son propre régime, mais l’Iran le traite si brutalement qu’il en est incapable », a-t-il regretté.
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