Elections en Iran : face aux appels au boycott, l’inconnue de la participation
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Elections en Iran : face aux appels au boycott, l’inconnue de la participation

Plus de 7 200 candidats ont été disqualifiés ; Le taux de participation reste très variable

Le président Hassan Rouhani s'exprime devant le parlement à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)
Le président Hassan Rouhani s'exprime devant le parlement à Téhéran, le 28 août 2018. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

La participation aux élections législatives en Iran vendredi sera particulièrement scrutée tant par les opposants au régime qui appellent au boycott que par les autorités qui espèrent une mobilisation massive pour asseoir leur légitimité, après des mois de contestation.

Le pluralisme du scrutin est déjà critiqué par de nombreux opposants après la disqualification de plus de 7 200 candidats, principalement issus de la mouvance modérée et réformatrice.

Le Conseil des gardiens de la Constitution, dominé par les ultra-conservateurs, a ainsi écarté plus de la moitié des candidats en lice pour les 290 sièges du Parlement.

Une décision qui s’inscrit dans un contexte déjà électrique après la vague de contestation provoquée en novembre par une hausse du prix de l’essence et matée dans le sang.

Des prisons iraniennes jusqu’à la diaspora, les appels au boycott du scrutin se multiplient.

« Nous devons nous soulever (…) et lancer une grande campagne de boycott contre la politique répressive du gouvernement », écrit depuis sa cellule, la militante des droits de l’Homme Narges Mohammadi, qui purge une peine de dix ans de prison pour avoir « constitué et dirigé un groupe illégal ».

En dehors d’Iran, les activistes anti-régime vont dans le même sens : pour eux, aller voter ne sert qu’à légitimer le système.

C’est l’avis de Masih Alinejad, ex-journaliste qui lutte depuis l’étranger contre le port du voile obligatoire notamment. Dans une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux, elle appelle également au boycott et estime que voter revient à fermer les yeux sur les morts dans la répression.

« Le lendemain de l’élection, tout redeviendra comme avant : les votes auront donné une légitimité au régime islamique et toutes les promesses de libertés seront oubliées », explique t-elle à l’AFP.

« La République islamique organise ces fausses élections pour sa légitimité internationale, mais les candidats sont triés à l’avance, aucune voix d’opposition n’est tolérée et même le taux de participation est manipulé », poursuit-elle depuis New York.

Selon elle, la population devrait plutôt demander aux Nations unies une enquête sur la répression des manifestations en novembre.

Des manifestants iraniens se rassemblent autour d’un feu lors d’une manifestation contre l’augmentation du prix de l’essence dans la capitale Téhéran, le 16 novembre 2019. (Crédit : AFP)

Amnesty International a confirmé que 300 personnes étaient décédées lors de cet épisode de contestation, un nombre qui pourrait être bien plus élevé. Le gouvernement américain avait évalué le bilan à environ 1 500 victimes.

S’il conteste ces chiffres, le régime iranien n’a pas donné son propre bilan. Interrogé dimanche lors d’une conférence de presse sur ce point, le président iranien Hassan Rouhani a botté en touche.

Quelle mobilisation dans les villes ?

En janvier, de nouvelles manifestations avaient eu lieu après que l’Iran a admis avoir abattu par erreur un avion de ligne tuant 176 civils.

Rassemblent en souvenir des victimes de l’accident d’avion en Ukraine, à la porte de l’Université Amri Kabir dont certaines des victimes étaient d’anciens étudiants, à Téhéran, en Iran, le 11 janvier 2020. (Crédit ; AP Photo/Ebrahim Noroozi)

Cet accident est survenu au moment où les autorités tentaient justement de ressouder la population après l’assassinat du puissant général iranien Qassem Soleimani, dans une frappe américaine.

Retrouver un nouveau souffle grâce à une participation massive ? C’est ce que espère le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

« Les ennemis qui menacent notre pays ont plus peur du soutien populaire que de nos armes », avait-il lancé, dans un discours le 5 février.

« La participation montre le soutien du peuple pour le système » avait-il ajouté, précisant le 18 février que voter est un « devoir religieux ». « Participer aux élections et voter […] est un devoir religieux, pas seulement un devoir national ou révolutionnaire », a affirmé l’ayatollah Ali Khamenei dans un discours dont certaines parties ont été retransmises à la télévision d’Etat.

En règle générale, « les élections déjouent nombre des complots vicieux contre l’Iran que les Américains ont à l’esprit et que les sionistes ont dans leur coeur », a-t-il lancé. « Regardez comme malgré l’acharnement de l’ennemi à éloigner le peuple du système (de la République islamique), les gens soutiennent les élections », a estimé le guide suprême. Ce soutien aux législatives sera un « honneur » pour la République islamique, a-t-il lancé.

Si le taux de participation est très variable selon les élections, il s’inscrit en moyenne autour de 50 % et dépasse parfois les 60 %, un seuil espéré par les autorités vendredi.

Dans les zones rurales, traditionnellement conservatrices, les électeurs devraient se déplacer aux urnes. Mais dans les grandes villes comme Téhéran, Ispahan ou encore Chiraz, « c’est un point d’interrogation », estime Ellie Geranmayeh, analyste au Conseil européen des relations internationales.

« L’ampleur des disqualifications est vue par beaucoup comme une absence de compétition. Cela pourrait faire baisser la participation dans les villes », ajoute t-elle à l’AFP.

« On s’attend à ce que les partisans des ultra-conservateurs iraniens aillent voter. On ne doit pas sous-estimer leur nombre et ils seront galvanisés par les récents évènements comme la mort de Soleimani », prévient-elle.

Fortement critiqué sur le plan intérieur pour l’échec de sa politique d’ouverture avec l’Occident, le président Rohani a appelé les Iraniens à se rendre aux urnes et à voter.

Nombre d’analystes prédisent un échec le 21 février de son alliance de gouvernement formée par les modérés et les réformateurs.

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