Élections: le centre d’Israël riche derrière Gantz, le sud pauvre avec Netanyahu
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Élections: le centre d’Israël riche derrière Gantz, le sud pauvre avec Netanyahu

Les résultats révèlent une polarisation géographique, certaines zones du pays accordant un soutien clair au Likud et d'autres optant sans ambiguïté pour Kakhol lavan

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Des gens passent devant des affiches de la campagne électorale montrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et les dirigeants de Kakhol lavan, de gauche à droite, Moshe Ya’alon, Benny Gantz, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi, à Tel Aviv, le 3 avril 2019. Sur les affiches on peut lire, à gauche, "Un Likud fort, un Israël fort" et, à droite, "Chaque vote compte, victoire pour Kakhol lavan". (AP Photo/Oded Balilty)
Des gens passent devant des affiches de la campagne électorale montrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et les dirigeants de Kakhol lavan, de gauche à droite, Moshe Ya’alon, Benny Gantz, Yair Lapid et Gabi Ashkenazi, à Tel Aviv, le 3 avril 2019. Sur les affiches on peut lire, à gauche, "Un Likud fort, un Israël fort" et, à droite, "Chaque vote compte, victoire pour Kakhol lavan". (AP Photo/Oded Balilty)

Le jour du scrutin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a consacré un temps significatif à avertir les électeurs de droite d’une participation élevée précoce dans les « bastions de la gauche » en opposition à « nos villes » où, selon lui, les partisans du Likud restaient chez eux.

Tandis qu’un aperçu des 4 458 167 suffrages exprimés dans les municipalités du pays ne mettent pas en évidence une participation électorale en baisse dans les villes ayant voté à droite, les résultats quasi-définitifs montrent des divisions fortes entre les régions, avec certaines parties du pays apportant un soutien clair au Likud de Netanyahu, et d’autres ayant choisi, sans équivoque, son adversaire Kakhol lavan, dirigé par Benny Gantz.

Cette polarisation apparaît clairement dans les résultats de la plus grande ville d’Israël, Tel Aviv, en comparaison avec la capitale, Jérusalem.

La ville côtière, connue pour sa base électorale jeune et de gauche, a apporté à la formation centriste Kakhol lavan 42,7 % des votes, tandis que le Likud est arrivé en deuxième position avec 19 % (juste devant le Camp démocratique de gauche, avec 14,4 %).

A Jérusalem, l’importante communauté ultra-orthodoxe a placé Yahadout HaTorah en tête avec 24,9 % des voix, devant le Likud, avec 23 % des suffrages.

Kakhol lavan, de son côté, n’a glané que 11,4 % des suffrages dans la capitale.

Un militant du Likud agite un drapeau du parti aux quartiers généraux du Likud à Tel Aviv, le 9 avril 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

En fait, Kakhol lavan l’a emporté sur le Likud dans la majorité des villes du centre d’Israël, autour de Tel Aviv, tandis que le parti au pouvoir s’est affirmé principalement dans le sud du pays.

Dans le nord, un modèle similaire a pu être constaté avec la large victoire de l’alliance centriste dans la métropole de Haïfa, tandis que Netanyahu s’est adjugé les suffrages d’un grand nombre des plus petites villes « périphériques ».

Dans la ville de Givatayim, dans le centre du pays, par exemple, Kakhol lavan a engrangé 50,3 % des voix, contre un score en baisse pour le Likud, soit seulement 17 % des suffrages. A Modiin, Kakhol lavan a largement dominé (52,9 %) le Likud (22,8 %). Et à Herzliya, 47,7 % des électeurs ont glissé un bulletin pour Kakhol lavan, contre 23,3 % pour le Likud.

Dans plusieurs villes du centre, les scores ont été plus serrés entre les deux formations rivales : à Rishon Lezion, le parti au pouvoir a gagné 33,9 % des suffrages, juste derrière Kakhol lavan avec 36,6 % ; à Ramat Gan, le Likud l’a emporté sur l’alliance centriste avec 46,3 % des voix contre 42,9 % pour Kakhol lavan, et à Rosh Haayin, où vit Benny Gantz, Kakhol lavan n’a devancé le Likud que de quelques votes (34,7 % contre 34,4 %).

Dans le sud du pays, c’est une image très différente qui émerge : le Likud devance Kakhol lavan.

A Beer Sheva, « capitale du Néguev », le Likud a rassemblé 43,9 % des voix contre 18,8 % pour Kakhol lavan. Dans les villes côtières d’Ashkelon et d’Ashdod, le Likud arrive premier avec respectivement 40,5 % et 31,2 % des suffrages tandis que Kakhol lavan, dans les deux localités, se place troisième avec 17,3 % et 13,6 %, derrière Yisrael Beytenu (18,3 % et 18 %).

La domination du Likud sur Kakhol lavan, dans une grande partie du sud du pays, apparaît également dans les villes en développement du Néguev comme à Dimona (55,2 % -12,5 %) et Yerucham (41,7 % – 12,9 %), Sdérot, à la frontière de Gaza (42,1 % – 8,9 %) et dans la ville d’Eilat, la plus au sud de l’État juif (42,2 % – 28,3 %).

Dans le nord, Kakhol lavan s’est emparé de Haïfa avec 31,9 % des voix contre 22,3 % en faveur du Likud, échouant toutefois à s’imposer dans la majorité des grandes villes de la région.

A Kiryat Shmona, la ville se trouvant le plus au nord d’Israël, le Likud a gagné 52,6 % des suffrages contre seulement 11,8 % pour Kakhol lavan, et à Nahariya, le Likud s’est imposé avec 41,8 % des voix contre 24,1 % pour Kakhol lavan.

Une Israélienne vote ,à Haïfa pendant les élections pour la Knesset, le 9 avril 2019 (Crédit :Meir Vaknin/ Flash90)

Pour la première fois en dix ans, Netanyahu, actuel ministre de la Défense, n’est pas parvenu à gagner le « vote des soldats ». Cet ensemble de bulletins placés dans des doubles enveloppes pour en garantir la validité est majoritairement composé des membres des forces de sécurité, mais il comprend également les diplomates, les citoyens en situation de handicap, les patient et personnels hospitaliers et les prisonniers.

Il représente entre 5 % et 6 % des voix et penche traditionnellement vers la droite – mais c’est le centriste Kakhol lavan, dirigé entre autres par d’anciens chefs de l’armée, qui a remporté la majorité de ces suffrages, tout comme il a devancé le Likud au niveau national.

La commission centrale électorale a publié, vendredi matin, ce qu’elle a qualifié de résultats « quasi-définitifs » du scrutin de mardi. Kakhol lavan présente une avance de deux sièges sur le parti du Premier ministre.

Elle a indiqué que 99,9 % des votes avaient été dépouillés à l’exception de ceux issus de 14 bureaux de vote (sur plus de 10 000) où des irrégularités ont été signalées et font encore l’objet d’une enquête.

Les résultats « quasi-définitifs » donnent 33 sièges à Kakhol lavan contre 31 pour le Likud. Vient en troisième position la Liste arabe unie, alliance des partis à majorité arabe, avec 13 sièges. Elle est suivie des formations ultra-orthodoxes Shas (neuf sièges) et Yahadout HaTorah (huit).

Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman gagne également huit sièges. Yamina en gagne sept, l’alliance Parti travailliste-Gesher six et le Camp démocratique cinq.

Le bloc de centre-gauche, qui comprend la Liste arabe unie – qui n’a jamais été membre du gouvernement – peut ainsi compter sur 57 sièges, tandis que le bloc de droite et religieux en compte 55. Aucun des deux ne bénéficie de la majorité nécessaire de 61 sièges pour construire une coalition, laissant Yisrael Beytenu dans le rôle d’arbitre.

La commission a souligné que ces résultats n’étaient pas définitifs. Ils seront remis au président Reuven Rivlin le 25 septembre.

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