Elections palestiniennes : début des pourparlers au Caire entre Hamas et Fatah
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Elections palestiniennes : début des pourparlers au Caire entre Hamas et Fatah

14 factions palestiniennes présentes ; Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe sur la question palestinienne se tient lundi au Caire

Le nouveau vice-président du Hamas Salah al-Arouri, (assis à gauche), et Azzam al-Ahmad, (assis à droite), signent un accord de réconciliation au Caire le 12 octobre 2017 alors que les deux mouvements rivaux palestiniens oeuvrent à mettre un terme à leur scission d'une décennie lors de négociations sous les auspices de l'Egypte (Crédit : AFP/Khaled Desouki)
Le nouveau vice-président du Hamas Salah al-Arouri, (assis à gauche), et Azzam al-Ahmad, (assis à droite), signent un accord de réconciliation au Caire le 12 octobre 2017 alors que les deux mouvements rivaux palestiniens oeuvrent à mettre un terme à leur scission d'une décennie lors de négociations sous les auspices de l'Egypte (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Les factions palestiniennes, dont les rivaux du Hamas islamiste et du Fatah laïc, ont entamé lundi au Caire des discussions clés en vue des premières élections depuis 15 ans, a indiqué la télévision d’Etat égyptienne.

Les travaux ont débuté « avec la participation de toutes les factions sous les auspices du président (égyptien) Abdel Fattah al-Sissi », a annoncé la chaîne.

Au total, 14 factions palestiniennes participent au dialogue.

Les discussions visent à lever les obstacles à la tenue des élections législatives, prévues en mai, et de la présidentielle fin juillet. Qui protègera les bureaux de vote ? A quel tribunal s’adresser pour contester ? Et surtout, qui sera candidat ?

« La délégation des cadres du mouvement de la résistance islamique Hamas est arrivée au Caire pour participer aux sessions du dialogue national qui débutent lundi », a annoncé le groupe terroriste du Hamas dans un communiqué.

Dirigée par le vice-président de son bureau politique Saleh al-Arouri, elle est composée de Yahya Sinouar, homme fort du mouvement dans la bande de Gaza, ainsi que des responsables Khalil al-Haya, Ezzat al-Rachk, Hossam Badran, Mohamed Nazzal et Rouhi Moushtaha, est-il précisé dans le communiqué.

« Nous sommes à un tournant dans la lutte palestinienne », a déclaré Khalil al-Hayya, haut responsable du Hamas, dans le journal Safa News lié au Hamas, au point de passage de Rafah avec l’Egypte, dimanche matin.

Selon des informations de presse, une délégation du Fatah, menée par Jibril Rajoub, était déjà arrivée la veille dans la capitale égyptienne.

Le haut responsable du Fatah Jibril Rajoub, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, assiste par vidéoconférence à une réunion avec le chef adjoint du Hamas Saleh Arouri (non vu) pour discuter du plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël, le 2 juillet 2020. (ABBAS MOMANI / AFP)

Parallèlement, une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe sur la question palestinienne doit se tenir lundi au Caire.

En 2006, les dernières législatives palestiniennes avaient conduit à la victoire du groupe terroriste palestinien du Hamas, qui n’avait toutefois pas été reconnue par ses rivaux du Fatah menant à de violents affrontements sanglants entre les deux camps, et à la naissance de deux systèmes politiques séparés.

L’Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas et contrôlée par le Fatah, siège en Cisjordanie, où vivent 2,8 millions de Palestiniens. L’enclave palestinienne de Gaza, mince bande de terre de deux millions d’habitants, est elle dirigée par le groupe terroriste du Hamas.

Deux partis, mais surtout deux systèmes politico-judiciaires contrôlant deux territoires séparés géographiquement par Israël qui doivent s’accorder si les Palestiniens veulent pouvoir voter lors des législatives prévues en mai et de la présidentielle fin juillet.

Le président de l’Autorité palestinienne a signé mi-janvier, quelques jours avant l’entrée de Joe Biden à la Maison Blanche, un décret pour la tenue d’élections, un geste considéré par des analystes comme une manière pour les Palestiniens de gagner en légitimité.

Le vice-président américain Joseph Biden (à gauche) avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant leur réunion à Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (AP Photo / Tara Todras-Whitehill)

Les observateurs restent cependant (très) sceptiques quant à la tenue effective des élections, car maintes promesses électorales sont déjà toutes tombées à l’eau.

Et de parler d’une seule voix pour reprendre contact avec les Etats-Unis, après avoir rompu en 2017 avec l’administration Trump qui a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël puis annoncé un plan prévoyant l’annexion de pans de la Cisjordanie par l’Etat hébreu.

Parmi les questions à régler se pose celle du « système juridique – celui à Gaza ou en Cisjordanie – qui traitera les contestations et appliquera les décisions de la commission électorale », note Khalil Shikaki, directeur du Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR) à Ramallah (Cisjordanie).

Aussi, « quel service de police fera respecter la loi à Gaza ? », celui de l’Autorité palestinienne, ou celui du Hamas, ajoute-t-il. « Il est essentiel qu’ils s’entendent sur ces questions. Sans accord, il risque de ne pas y avoir d’élections ».

Les puissances régionales

S’ajoute la grande inconnue de Jérusalem. Par le passé, Mahmoud Abbas avait déclaré que des élections ne pouvaient avoir lieu si les 300 000 Palestiniens de Jérusalem-Est ne pouvaient voter.

Les Palestiniens ont demandé aux pays de l’Union européenne de presser Israël pour permettre le vote à Jérusalem-Est. Et déjà, des pays européens ont été invités par la commission électorale palestinienne à déployer des observateurs aux élections de mai et juillet, selon des sources diplomatiques.

Les puissances régionales s’inquiètent d’une participation, voire d’une victoire du Hamas, mouvement terroriste lié aux Frères musulmans, note Ofer Zalzberg, spécialiste du Moyen-Orient à l’institut de recherche Herbert Kelman.

L’Egypte veut montrer d’un côté qu’elle « joue un rôle » pour la démocratie dans les Territoires palestiniens, mais de l’autre elle reste préoccupée « par une participation du Hamas qui pourrait avoir un effet d’entrainement sur le statut des Frères musulmans dans la région », dit-il à l’AFP.

Certaines puissances régionales pourraient tenter de pousser les deux camps à trouver une « formule » pouvant garantir la stabilité des territoires palestiniens, comme une « liste électorale commune » Fatah/Hamas, note M. Zalzberg.

Pour Jamal al-Fadi, professeur de sciences politiques à l’université Al-Azhar de Gaza, les partis doivent avant tout adhérer « explicitement et clairement » à un « code d’honneur » permettant à chacun de faire campagne librement, et « s’engager à respecter le résultat des élections, quels qu’il soit (…) pour éviter une répétition du scénario de 2006 ».

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