Elections : Un résultat médiocre qui appelle à « l’introspection » de la gauche
Rechercher

Elections : Un résultat médiocre qui appelle à « l’introspection » de la gauche

Tamar Zandberg et Itzik Shmuli déplorent les sept sièges de l'alliance Travailliste-Gesher-Meretz - d'autres saluent une fusion qui a permis de franchir le seuil électoral

Le membre du parti Travailliste-Gesher Itzik Shmuli aux abords de la cour suprême de Jérusalem, le 20 janvier 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le membre du parti Travailliste-Gesher Itzik Shmuli aux abords de la cour suprême de Jérusalem, le 20 janvier 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Deux éminents députés ont appelé à « l’introspection » de la gauche israélienne, mardi, suite aux résultats électoraux qui ont semblé faire connaître à l’alliance des plus grands partis de gauche du pays ses pires résultats de toute l’histoire d’Israël.

Les projections montrent la chute de l’union conclue entre le parti Travailliste, le mouvement Gesher et le Meretz à seulement sept sièges – contre les onze députés que les formations avaient alignés dans la 22è Knesset, quand le Meretz s’était présenté sur une liste séparée.

Le parti centriste Kakhol lavan devrait également connaître une légère baisse de sa représentation et le bloc des formations de centre-gauche devrait manquer de plusieurs sièges pour avoir la majorité, même avec le soutien de la Liste arabe unie qui devrait obtenir 15 fauteuils.

Depuis le vote, l’alliance est au coeur de rumeurs affirmant qu’elle serait sur le point d’exploser et que certains membres seraient susceptibles de rejoindre la coalition de Netanyahu.

« Ce n’est pas un jour facile pour nous, pour notre camp, y compris pour Kakhol lavan », a expliqué Tamar Zandberg, députée du Meretz, dans un entretien avec la radio militaire israélienne.

« Je peux dire que nous avons échoué. Ce n’est pas un jour facile pour notre bloc, pour notre parti », a-t-elle ajouté.

« Chacun de nous – dont, bien sûr, ceux qui sont à la tête de notre camp – doivent se livrer à un travail d’introspection. C’est en partie ce qu’on attend de nous en tant que dirigeants publics », a dit Zandberg.

La députée du Meretz Tamar Zandberg lors d’une conférence du parti à Tel Aviv, le 14 janvier 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Elle a noté qu’au moins la moitié des électeurs s’étaient prononcés en faveur de partis – y-compris Yisrael Beytenu – opposés au Likud de Benjamin Netanyahu.

« S’il n’y a pas 61 sièges pour ce gouvernement, ça signifiera que pour la troisième fois d’affilée, le bloc de l’opposition a réussi à l’empêcher », a dit Zandberg.

Itzik Shmuli, législateur travailliste, a évoqué pour sa part « un coup dur » infligé à la gauche au cours de ce scrutin.

« Si nous blâmons les autres au lieu de nous regarder, nous, jamais nous ne pourrons revenir à ce que nous étions. Cela exige un peu d’introspection et de là, de regarder devant nous en ouvrant un nouveau chemin », a écrit Shmuli sur Twitter.

« Sept sièges pour trois partis et seulement trois pour les Travaillistes, c’est le pire résultat de toute notre histoire. Si ce n’était grâce à l’union que j’ai prônée, la gauche sioniste aurait été effacée », a écrit Shmuli, se référant à la fusion réalisée, au mois de janvier, entre le parti Travailliste, le Meretz et le Gesher – qui a probablement permis aux trois formations de franchir le seuil électoral.

Zandberg occupait la quatrième place sur la liste électorale de l’alliance et Shmuli la cinquième.

Les dirigeants du parti Travailliste-Gesher-Meretz, Nitzan Horowitz (G) Amir Peretz (C) Orly Levy-Abekasis, à l’entrée de la commission centrale électorale à la Knesset, le 15 janvier 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Au mois de septembre, les partis Travailliste-Gesher avaient gagné six mandats et le Camp démocratique, qui incluait le Meretz, l’ancienne députée Stav Shaffir et l’ex-Premier ministre Ehud Barak en avaient remporté cinq.

Les trois formations pacifistes avaient annoncé, à la mi-janvier, qu’elles se présenteraient sur un billet conjoint, espérant concentrer les votes de gauche et garantir qu’aucun des mouvements ne resterait en-deçà du seuil électoral.

Ce résultat semble marquer un autre revers pour le parti Travailliste qui avait gouverné le pays pendant les trois premières décennies de son existence. Il s’était présenté seul au mois d’avril, obtenant six fauteuils.

Malgré cette performance médiocre, le chef du Meretz, Nitzan Horowitz, a salué le partenariat avec le parti Travailliste-Gesher et la campagne de l’alliance qui, a-t-il clamé, a évité les médisances.

« C’est vrai, on aurait aimé se réveiller aujourd’hui en voyant des résultats différents et d’après ce que nous sommes en mesure de constater, nous nous attendons à avoir beaucoup de travail devant nous. Mais ceux qui pensent que nous allons baisser la tête et nous désespérer ne me connaissent pas et ils ne connaissent pas notre mouvement », a déclaré Horowitz.

Les chefs des partis Gesher, Travailliste et du Meretz, Orly Levy, Amir Peretz et Nitzan au siège du parti au soir des élections à Tel Aviv, le 2 mars 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef du parti Travailliste, Amir Peretz, a pour sa part indiqué que : « C’est vrai, on voulait plus, on espérait plus – mais maintenant, il est important de relever la tête et d’être fiers. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir ».

« Je suis heureux que – contrairement à qui que ce soit d’autre – nous n’ayons pas répandu la haine. Nous avons présenté des projets sérieux au bénéfice de l’ensemble du public israélien – Juifs, Arabes, Ashkénazes, Mizrahis, religieux et laïcs, droite et gauche », a ajouté Peretz.

Peretz, le jour des élections et le lendemain, avait critiqué le parti centriste Kakhol lavan pour les résultats médiocres de la gauche, disant que la faction de Benny Gantz « s’est retournée contre nous ».

« Nous avons agi avec un sentiment de responsabilité pour garantir l’existence d’un large bloc susceptible de former un gouvernement et de nous mettre sur la bonne voie. Nous avons signé un accord de partage des votes avec Kakhol lavan et nous avons pleinement soutenu Benny Gantz », a déclaré Peretz aux militants de son parti au siège électoral de sa faction, lundi soir.

« Mais à des moments critiques de la campagne, Kakhol lavan a lancé une campagne irresponsable contre nous », a-t-il ajouté.

« Nous sommes le camp de la paix, nous sommes le camp de l’égalité », a maintenu Peretz, jurant de continuer à se battre pour les valeurs de l’alliance.

Des rumeurs au sujet de l’avenir politique de la cheffe du parti Gesher, Orly Levy-Abekasis, ancienne membre de Yisrael Beytenu et du Likud, ont émergé lorsqu’elle a écrit sur Twitter, après la révélation des résultats des sondages de sortie des urnes, qu’elle espérait « se réveiller demain dans une nouvelle ère d’action ».

Levy a supprimé sa publication quelques instants plus tard, après que les journalistes lui ont demandé si elle signalait là une ouverture à un éventuel ralliement à la coalition de droite, ce qui lui permettrait d’obtenir une majorité.

« Rien n’a changé, nous continuons notre chemin », a fait savoir un communiqué de son porte-parole.

La Treizième chaîne a expliqué mardi que Peretz et Levy-Abekasis n’excluaient pas de rejoindre le bloc de droite en raison de leurs frustrations nourries à l’encontre de Kakhol lavan après la campagne du parti de Benny Gantz contre l’alliance – qu’ils ont qualifié de raciste à l’égard des Juifs mizrahis. Peretz et Levy-Abekasis sont eux-mêmes mizrahis.

Le leader du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprime après la révélation des résultats des sondages de sortie des urnes au siège de son parti, à Tel Aviv, le 3 mars 2020. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

La Treizième chaîne a indiqué que Levy-Abekasis, dont la faction n’a remporté qu’un siège, serait plus encline à partir vers le bloc de droite si ce dernier parvient à réunir 60 fauteuils.

Mercredi, les chaînes de télévision ont prédit 58 sièges pour le bloc de droite et 54 pour la gauche – avec la Liste arabe unie – les deux se trouvant dans l’incapacité d’atteindre une majorité de 61 sièges. Yisrael Beytenu devrait gagner sept sièges, conservant sa position d’arbitre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...