Élections US : Découvrez ce que pensent des étudiants de la plus grande université israélienne
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Élections US : Découvrez ce que pensent des étudiants de la plus grande université israélienne

Les étudiants de l’Université Hébraïque de Jérusalem, l’une des plus prestigieuses institutions d’enseignement supérieur dans le pays, se montrent probablement plus attentifs que les autres

De gauche à droite: Maor Seri, Ahmed Fahoum et des amis suspendus sur le campus de l'Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)
De gauche à droite: Maor Seri, Ahmed Fahoum et des amis suspendus sur le campus de l'Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

JERUSALEM (JTA) – Alors que les Américains se préparent à élire leur prochain président, les Israéliens les observent.

Dimanche, en cette journée qui a précédé la reprise des cours d’automne pour la majorité des élèves, le campus situé sur le mont Scopus est calme. Les étudiants se détendent dans les cafétérias des facultés ou dans les jardins. Certains sont assis, passant le temps dans des groupes divers incluant Arabes et Juifs – une vision peu commune hors du campus.

Plus d’une dizaine d’étudiants venant d’une multitude de milieux religieux et politiques acceptent de s’entretenir avec JTA au sujet des élections américaines. Quelques-uns expriment un fort enthousiasme pour Hillary Clinton, la candidate démocrate. Mais il est difficile de trouver quelqu’un qui puisse admettre préférer le candidat républicain Donald Trump.

Les sondages réalisés auprès des Israéliens ont montré que ces derniers préfèrent Clinton à Trump avec une marge de deux zéros. Trump n’obtient de soutien que de la part de la droite politique mais même là, stagne à un pourcentage inférieur à 50 %.

Tamar Hermann, qui dirige les sondages au sein du think-tank de l’Institut pour la Démocratie d’Israël, notamment sur les élections américaines, indique que la controverse qui entoure les antisémites avoués parmi les partisans de Trump et ce qui est perçu comme un échec de la part de ce dernier à rejeter ces voix de façon décisive, refroidit probablement l’affection que les Israéliens seraient susceptibles de lui porter.

« L’élément principal qui influence ici les gens, c’est l’attitude d’un candidat envers Israël et envers la communauté juive. Ils envisagent toujours les choses depuis cette perspective », explique-t-elle. « C’est très difficile d’envisager les affaires mondiales d’une autre manière ».

« Il y a des communautés d’extrême-droite où vous pouvez trouver un appui clair en faveur de Trump. Mais l’atmosphère libérale à l’université ne permet pas ce soutien. Lorsqu’ils grandiront, les étudiants pourront se montrer plus influencés encore par les points de vue de leur communauté. »

Aux abords des immeubles abritant l’administration de l’Université Hébraïque, Maor Seri, un Juif, s’est assis aux côtés de son ami Ahmed Fahoum et d’un groupe d’étudiants arabes et israéliens. Tous sont certains que Trump sera le prochain président des Etats-Unis.

Seri, 27 ans, prépare une maîtrise en philosophie juive. Né à Jérusalem où il a aussi grandi, il se décrit lui-même comme traditionnaliste religieusement et de centre-gauche politiquement, avec un intérêt particulier porté à l’avancée des droits des juifs Mizrahi comme il l’est lui-même. Il était médecin dans l’armée israélienne et enseigne dorénavant la Bible dans un lycée local.

Il affirme avoir été consterné par l’ascension politique de Trump, et avoue qu’il pensait que la “rhétorique anti-démocratique” qu’il a utilisée n’était pas à la hauteur des Etats-Unis. Mais Seri déclare toutefois que son expérience lui laisse penser que Trump l’emportera.

« Le langage et le ton utilisés lors de ce scrutin sont très médiocres, comme en Israël. Je pensais qu’aux Etats-Unis, personne n’oserait dire de pareilles choses », explique-t-il. « C’est ainsi que les leaders d’extrême-droite arrivent au pouvoir dans le monde entier, pas seulement en Israël. Et je pense que c’est très dangereux. »

Fahoum, diplômé âgé de 26 ans et assistant de recherche en études moyen-orientales, partage le même avis. Se qualifiant de musulman laïque de gauche, il a grandi dans l’est de Jérusalem. Tandis que ses amis se dépeignent comme des « Palestiniens » malgré leur citoyenneté israélienne, il explique se considérer comme un « Israélien palestinien ».

Il dit soutenir Clinton parce que c’est le “choix raisonnable » et que Trump est un « chauviniste, sexiste, menteur » dangereux.

“J’aurais voulu voir Bernie Sanders là-bas [en tant que candidat démocrate”, dit-il.

Bernie Sanders, sénateur du Vermont et ancien candidat de la primaire démocrate, au premier jour de la Convention nationale démocrate, à Philadelphie, le 25 juillet 2016. (Crédit : AFP/Robyn Beck)
Bernie Sanders, sénateur du Vermont et ancien candidat de la primaire démocrate, au premier jour de la Convention nationale démocrate, à Philadelphie, le 25 juillet 2016. (Crédit : AFP/Robyn Beck)

“Parce qu’il est Juif ?” plaisante Seri.

“Ouais, ouais. Les sémites sont pour les sémites”, répond Fahoum.

“Mon père soutient Trump parce qu’il hait les Etats-Unis”, ajoute-t-il. « Il sait que si Trump est élu, les Etats-Unis perdront leur rôle de leader dans le monde ».

Dans un café, à proximité, quatre femmes étudient un programme d’ergothérapie. Deux sont arabes israéliennes et les deux autres des religieuses sionistes. Les étudiantes arabes – l’une laïque, l’autre portant le hijab – soutiennent Clinton. Les deux Juives déclarent que leurs familles ont soutenu Trump, mais qu’elles-mêmes ne peuvent dire avec certitude à qui vont leurs faveurs.

Shauna Dubitsky, 20 zns, est de Beit Shemesh et travaille au service à la clientèle de la City of David, un groupe controversé ayant pour objectif d’augmenter la présence juive à l’est de Jérusalem. Même si les femmes religieuses sont exemptées de service militaire, elle a fait son service national aux côtés des enfants en danger. Citoyenne américaine ayant déménagé avec de sa famille en Israël à l’âge de 6 ans, elle est inscrite mais n’a finalement pas voté.

“Je pense que Trump est fou, mais Hillary ne sera pas bonne pour Israël. Alors je ne peux pas trancher entre les deux”, dit Dubitsky. « Je ne sais pas quels sont les détails, mais tous ces trucs qu’il a dit au sujet des femmes et des Juifs et des minorités est inquiétant ».

Asher Zeru, à gauche, et Roi Shtainkvit prenant une pause à l'Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)
Asher Zeru, à gauche, et Roi Shtainkvit prenant une pause à l’Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Tandis qu’Israël est la question la plus importante à ses yeux, elle s’inquiète aussi pour les Etats-Unis.

“J’ai de la famille encore là-bas. Mais si cela ne tenait qu’à moi, ils viendraient tous ici », s’exclame-t-elle. « De toute façon, ça serait bien que l’Amérique puisse être ce qu’elle doit être ».

Roi Shtainkvit, 19 ans, est en train de fumer une cigarette avec un ami. Ils sont tous les deux en prépa de médecine et feront bientôt leur service militaire. Shtainkvit est Juif orthodoxe et vit à Beit Shemesh avec sa famille, où il travaille dans une entreprise de restauration. Il dit se situer au centre de l’échiquier politique.

“Je soutiens Hillary. Il n’y a rien de spécial la concernant. Trump est seulement un peu fou. J’ai peur de ce qu’il fera aux Etats-Unis et cela affectera le monde », explique-t-il. « Les démocrates sont toujours une bonne chose pour Israël ».

Trump devenant le candidat à la présidentielle, ajoute-t-il, c’est comme si un petit parti politique d’extrême-droite en venait à rafler la moitié des votes israéliens. Shtainkvit affirme n’être pas le seul à s’opposer à Trump dans sa communauté orthodoxe, et que de nombreux membres de sa famille et amis partagent le même point de vue.
« Tous nos professeurs haïssent Trump”, ajoute-t-il.

Neta est assise sur la pelouse avec une amie. Elle est la seule à reconnaître désirer que Trump puisse accéder à la présidence – même si elle ne donnera pas son nom de famille. Juive laïque de 22 ans, originaire de Jérusalem, elle étudie l’histoire. Elle a servi au sein d’une unité de renseignements de l’armée.

“Je veux que Trump gagne, et il va gagner”, dit Neta. « Il est intelligent. Il est honnête. Il est patriote. Il va combattre le terrorisme islamique. Il a simplement raison dans tout ce qu’il dit.”

Comme le président Barack Obama, poursuit-elle, Clinton manque d’un programme de lutte contre le terrorisme islamique, refusant même d’utiliser les termes permettant de le qualifier.

Hillary Clinton and Barack Obama (photo credit: Flash90)
Hillary Clinton et Barack Obama (Crédit : Flash90)

« Ils disent juste : Paix, vivre-ensemble. Vivre-ensemble, paix. Trump dit les choses, il dit qu’il va se tenir aux côtés d’Israël, avec Israël. Il comprend ce que signifie terrorisme islamique », dit Neta.

“Si Obama ne les qualifie pas d’organisations terroristes, cela leur donne de la légitimité et les gens s’attendent à ce qu’on fasse la paix avec elles. Personne ne s’attend à ce que les Etats-Unis fassent la paix avec [le groupe de l’Etat islamique].”

(Obama a suggéré que les termes de “terrorisme islamique” stigmatisent seulement les musulmans. Clinton a déclaré qu’elle était « satisfaite » de parler d’un « islamisme radical », mais que « ce que nous faisons importe davantage que ce que nous disons ».

Interrogé sur les propos controversés de Trump sur les femmes, dont l’enregistrement audio où il se vante d’avoir agressé sexuellement plusieurs d’entre elles, Neta déclare que la polémique a été exagérée.

“Je savais qu’il était un peu sexiste et même avant l’élection parce que j’ai regardé ‘The Apprentice.’
[l’apprenti]. Mais il pourrait être un bon président”, affirme-t-elle. “Je pense que tous les Premiers ministres israéliens dans le passé ont fait des choses que l’on qualifierait aujourd’hui d’agressions sexuelles ».

Lorsque son amie proteste, disant que Trump est un “extrémiste”, Neta répond que Meretz, le parti d’extrême-gauche qu’elle soutient, l’est aussi.

« Tu soutiens les extrémistes que tu apprécies”, fait-elle remarquer.

De gauche à droite: Reham Shalbe, Rachel Har Shalom et Shauna Dubitsky à l'Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)
De gauche à droite: Reham Shalbe, Rachel Har Shalom et Shauna Dubitsky à l’Université hébraïque de Jérusalem, le 6 novembre 2016. (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Haim Isaacson, diplômé en sciences informatiques âgé de 25 ans à l’Université Libre, est en train d’étudier à la bibliothèque de l’Université Hébraïque. C’est un orthodoxe haredi et il vit à Beit Shemesh. Comme la plupart des hommes haredim, il n’a pas effectué son service au sein de l’armée israélienne. Mais il prévoit de rejoindre la moitié des membres de cette communauté qui travaille, plutôt que d’étudier à plein temps dans une yeshiva.

Isaacson clame ne pas suivre la politique et qu’il ne votera pas lors du scrutin présidentiel, même s’il est lui-même citoyen américain.

Interrogé pour savoir s’il s’inquiète face à la perspective d’une victoire de Trump, il répond, ‘talmudiquement’ : « Oui et non. L’Amérique est toujours ouverte à de nouvelles choses. Elle peut aller d’un côté ou de l’autre”.

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