En pleine pandémie, le Nobel de médecine à trois découvreurs de virus
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En pleine pandémie, le Nobel de médecine à trois découvreurs de virus

L'un des trois virologues, Harvey J. Alter, est juif américain

Les lauréats du prix Nobel 2020 en physiologie ou médecine sont annoncés lors d'une conférence de presse à l'Institut Karolinska de Stockholm, en Suède, le lundi 5 octobre 2020. Le prix a été décerné conjointement à Harvey J. Alter, (à gauche à l'écran), Michael Houghton, (centre) et Charles M. Rice pour la découverte du virus de l'hépatite C. (Crédit : Claudio Bresciani / TT via AP)
Les lauréats du prix Nobel 2020 en physiologie ou médecine sont annoncés lors d'une conférence de presse à l'Institut Karolinska de Stockholm, en Suède, le lundi 5 octobre 2020. Le prix a été décerné conjointement à Harvey J. Alter, (à gauche à l'écran), Michael Houghton, (centre) et Charles M. Rice pour la découverte du virus de l'hépatite C. (Crédit : Claudio Bresciani / TT via AP)

En pleine pandémie de Covid-19, le prix Nobel de médecine a été attribué lundi à trois virologues, le Britannique basé au Canada Michael Houghton et les Américains Harvey J. Alter et Charles Rice, pour leur rôle dans la découverte du virus responsable de l’hépatite C.

Le trio anglo-saxon est récompensé pour sa « contribution décisive », à des années d’écart, à « la découverte du virus de l’hépatite C », a indiqué le jury Nobel, dont le prix intervient en pleine course mondiale pour percer les secrets d’une autre pandémie, celle du Covid-19.

« J’espère que cette récompense, de même que la terrible épidémie de Covid, souligne très fortement l’importance de la virologie pour l’humanité », a souligné Michael Houghton. « Cela peut affecter tant d’entre nous », a dit le lauréat de 69 ans, lors d’une interview sur Zoom.

A la fin des années 1970, Harvey Alter avait identifié qu’une contamination hépatique mystérieuse avait lieu lors de transfusions alors qu’elle n’était liée ni à l’hépatite A ni à l’hépatite B, ce qui a notamment contribué à réduire à quasi néant les transmissions par ce biais.

Des années plus tard, en 1989, Michael Houghton et son équipe d’alors sont eux crédités pour la découverte de la séquence génétique du virus.

Quant à Charles Rice, 68 ans, « il a apporté la preuve finale que le virus de l’hépatite C pouvait provoquer à lui seul la maladie », a souligné Patrik Ernfors, le président du comité qui choisit les lauréats, en soulignant les enseignements pour la pandémie actuelle.

« La première chose à faire est d’identifier le virus en cause, et une fois que cela a été fait, c’est le point de départ au développement de traitements de la maladie, ainsi que de vaccins. Donc la découverte virale est un moment critique ».

Charles Rice s’est lui dit « optimiste » sur l’avenir de la lutte contre les virus et le Covid-19.

« Je crois que ça nous a appris beaucoup de choses sur la science en général : quand il y a un problème pressant et qu’on mobilise les gens dans le monde entier pour travailler sur ces problèmes, on peut faire des progrès formidables », même si « ce n’est pas faisable » d’espérer « un traitement ou un vaccin dans la semaine », a-t-il dit.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à quelque 70 millions le nombre d’infections par l’hépatite C causant 400 000 décès chaque année, même si des traitements efficaces, quoique très coûteux, ont été développés ces dernières années.

Le prix est le premier directement lié à un virus depuis 2008. En 1976, le Nobel était déjà allé à des travaux sur l’hépatite B.

« C’est la meilleure alarme de réveil que j’aie jamais eue ! », s’est réjoui le lauréat Harvey Alter, qui a raconté avoir été tiré du sommeil par des coups de fil de la Fondation Nobel aux alentours de 04H30 du matin, avant de finalement se décider à décrocher au troisième appel.

« C’est quelque chose dont on pense que ça ne va jamais arriver (…), et finalement ça arrive », a raconté à la Fondation celui qui devient à 85 ans un des lauréats les plus âgés du Nobel de médecine, sans battre le record (87 ans).

Ils sont désormais 210 hommes à s’être vus décerner le prix « de physiologie ou de médecine » depuis sa création en 1901, pour seulement 12 femmes.

De la découverte il y a plus d’un demi-siècle de deux types de lymphocytes, B et T, essentiels dans la compréhension de notre système immunitaire, jusqu’à la percée des « ciseaux moléculaires » en génétique dans les années 2010, en passant par des travaux sur le cancer du sein, plusieurs grandes avancées médicales étaient citées comme nobélisables cette année.

D’autres experts de l’hépatite C avaient été évoqués, comme l’Allemand Ralf Bartenschlager pour de la recherche fondamentale, et l’Américain Michael Sofia pour la mise au point du sofosbuvir, un traitement révolutionnaire de l’hépatite C désormais vendu à prix d’or par le laboratoire Gilead sous le nom de Sovaldi.

Première depuis 1944

L’an dernier, le Nobel de médecine avait récompensé les Américains William Kaelin et Gregg Semenza, ainsi que le Britannique Peter Ratcliffe, spécialistes de l’impact de l’oxygène sur les cellules.

Si les Nobel 2020 sont bien annoncés comme prévu cette semaine, le coronavirus a entraîné l’annulation de la cérémonie physique de remise des prix, le 10 décembre à Stockholm. Une première depuis 1944.

Les lauréats annoncés lundi, qui se partageront près d’un million d’euros, doivent recevoir leur prix dans leur pays de résidence.

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