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Environnement : Israël passe-t-il à côté d’une importante lueur d’espoir ?

La COP26 devrait se concentrer sur le rôle des entreprises et de l'argent pour remettre le monde sur la bonne voie. Or, aucun représentant du ministère des Finances n'est à Glasgow

Sur cette photo du 22 décembre 2016, 50 000 miroirs, appelés héliostats, encerclent la tour solaire dans le désert du Néguev, près d'Ashelim, dans le sud d'Israël. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Sur cette photo du 22 décembre 2016, 50 000 miroirs, appelés héliostats, encerclent la tour solaire dans le désert du Néguev, près d'Ashelim, dans le sud d'Israël. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

GLASGOW, Royaume-Uni – Six ans après qu’une grande réunion sur le changement climatique à Paris a suscité l’euphorie avec un accord visant à limiter le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux pré-industriels, les dirigeants du monde entier se réunissent à nouveau alors que ces grands espoirs ont fait place à une atmosphère de pessimisme confinant au désespoir.

Mardi, le rapport de l’ONU sur le déficit d’émissions pour 2021 a mis en évidence le chemin qu’il reste à parcourir à de nombreuses nations pour atteindre l’objectif de moins de 2 °C, sans parler de l’objectif préférable de 1,5 °C fixé à Paris en 2015. Les nouveaux engagements nationaux en matière de climat, combinés à d’autres mesures d’atténuation, mettent le monde sur la voie d’une augmentation de la température mondiale de
2,7 °C d’ici la fin du siècle, ce qui entraînerait des « changements catastrophiques » pour le climat de la Terre.

« Pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5°C au cours de ce siècle… le monde doit réduire de moitié les émissions annuelles de gaz à effet de serre au cours des huit prochaines années », indique le rapport.

Au cours des 12 prochains jours, la COP 26 à Glasgow se concentrera sur les efforts visant à inciter les nations à faire davantage pour atteindre leurs objectifs, à convenir d’un mécanisme de vérification transparent pour s’assurer que les objectifs sont atteints et à faire en sorte que les grandes économies qui polluent le plus aident les nations les plus pauvres qui subissent souvent le plus gros des effets du réchauffement de la planète.

L’exercice ne sera guère facilité par le fait que les grands émetteurs que sont la Chine et la Russie seront absents. Et bien qu’Israël envoie une importante délégation en Écosse, l’absence remarquée de hauts fonctionnaires du Trésor semble aller à l’encontre de l’accent mis sur les négociations financières lors de la réunion.

Les dirigeants du G20 posent pour une photo près de la fontaine de Trevi lors d’un événement pour le sommet du G20 à Rome, le 31 octobre 2021, préparant le terrain pour la conférence sur le climat qui s’ouvre le même jour à Glasgow. (Crédit : Jeff J Mitchell/Pool Photo via AP)

La réunion parrainée par l’ONU ne peut pas imposer sa volonté au monde. Elle ne peut que tenter de persuader les pays, notamment en utilisant de l’argent pour adoucir l’accord.

Ainsi, les négociations porteront sur le mécanisme financier adéquat pour inciter les gouvernements, les industries et les institutions financières à changer complètement leur mode de fonctionnement en abandonnant les combustibles fossiles et en investissant plutôt dans un avenir vert et durable.

Les taxes sur le carbone sont devenues un modèle privilégié d’outil financier permettant d’atteindre cet objectif. L’instauration d’une taxe sur les émissions permet de refléter le coût de l’émission de dioxyde de carbone dans l’atmosphère – qu’il s’agisse des problèmes de santé causés par la pollution ou des dommages matériels causés par les inondations – et de faire payer les pollueurs plutôt que l’ensemble de la société.

Israël semble plus proche que jamais de l’adoption d’un système de taxe sur le carbone, en l’incluant dans le projet de loi sur les arrangements économiques qui doit être adopté en même temps que le budget de l’État en cours d’examen par la Knesset.

Pollution atmosphérique autour de villages bédouins non reconnus près de Ramat Hovav dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, le 28 décembre 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/FLASH90)

Pour les entreprises israéliennes qui exportent vers l’Europe, payer une taxe carbone semble de toute façon inévitable. À partir de 2023, l’Union européenne commencera l’introduction progressive d’une taxe carbone sur les marchandises provenant de l’extérieur du bloc et qui n’étaient pas déjà frappées par une taxe carbone, ce qui signifie qu’elles devraient de toute façon payer la taxe.

Un autre outil qui sera discuté à Glasgow est la création d’un marché international de crédits carbone. Dans le cadre des systèmes d’échange de droits d’émission, les pays distribuent aux entreprises des permis leur permettant de polluer avec une certaine quantité de CO₂. Les entreprises qui polluent plus que ce que leur permis autorise peuvent acheter des crédits à celles qui polluent moins à un prix déterminé par l’offre et la demande sans affecter un plafond national global d’émissions.

Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne a créé le premier grand marché du carbone au monde et reste le plus important. Un marché mondial a été recherché depuis Paris, mais il est resté insaisissable. À Glasgow, les nations tenteront à nouveau de négocier un large accord sur un tel système.

Pourtant, malgré l’accent mis sur l’aspect commercial de la limitation du réchauffement climatique, la délégation israélienne à Glasgow, forte de 120 personnes et dirigée par le Premier ministre Naftali Bennett, la ministre de la Protection de l’environnement Tamar Zandberg et la ministre de l’Energie Karin Elharrar, ne comprendra pas un seul représentant du ministère des Finances.

Cela s’explique en partie par le calendrier. La réunion démarre juste deux semaines avant la date limite d’adoption d’un budget – le premier en Israël depuis des années – et de nombreux membres du ministère sont concentrés sur cet objectif. Un fonctionnaire de la division des budgets devait s’envoler pour Glasgow, mais il est resté pour aider à faire passer le plan de dépenses à la Knesset. Un autre fonctionnaire pourrait être envoyé vers la fin de la réunion.

Aucun régulateur financier ne sera présent non plus. Le seul représentant du secteur public du monde financier sera Lior Gallo, économiste de recherche à la Banque d’Israël, qui a travaillé en étroite collaboration avec le ministère de la Protection de l’environnement. Une délégation d’entreprises fera également le voyage en Écosse, dirigée par Nitzan Moshe, de la société Israel Chemicals Ltd.

La ministre de la Protection de l’environnement Tamar Zandberg s’exprime lors d’une conférence des chefs des autorités locales à Ramat Negev, dans le sud d’Israël, le 22 juillet 2021. (Crédit : Flash90)

Le ministère de la Protection de l’environnement souhaite vivement que les banques, les organismes financiers et les compagnies d’assurance du pays intègrent les risques climatiques dans leurs décisions d’investissement. Il a suivi de près l’évolution de la situation en Europe et notamment au Royaume-Uni, où les banques vont être contraintes de révéler leur exposition à la crise climatique.

Un rapport cinglant du contrôleur de l’État sur les échecs des gouvernements précédents en matière de changement climatique, publié le mois dernier, a reconnu que la Banque d’Israël était l’une des rares institutions israéliennes à avoir commencé à prendre la crise climatique au sérieux au cours de l’année écoulée. Le superviseur des banques est censé travailler sur de nouvelles réglementations liées au risque climatique.

Mme Zandberg et son équipe espèrent que les discussions et l’accord de Glasgow sur les mécanismes financiers aideront la délégation des entreprises israéliennes à la conférence, ainsi que le ministère des Finances en Israël, à mieux intégrer le fait que le monde est en train de changer de cap.

Lundi et mardi, alors que M. Bennett rencontrera d’autres dirigeants et prononcera un discours à la conférence, probablement sur des questions sans rapport avec le changement climatique, Mme Zandberg tiendra des réunions avec les conseillers en matière de climat de la Maison Blanche, Jonathan Pershing et Sue Biniaz, ainsi qu’avec le ministre chypriote de l’Agriculture et de l’Environnement, Costas Kadis.

Elle se joindra à M. Bennett pour une réunion avec le Premier ministre australien Scott Morrison, bien que la raison de sa participation ne soit pas claire. M. Morrison, partisan du développement du charbon, n’était initialement pas disposé à se rendre à Glasgow et sa récente annonce selon laquelle l’Australie visera des émissions nettes de carbone nulles a été accueillie avec scepticisme.

La ministre de l’énergie Karin Elharrar lors d’une réunion du comité d’organisation à la Knesset le 9 juin 2021 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90).

Karin Elharrar doit s’exprimer lors d’un événement de l’Agence internationale de l’énergie, qu’Israël est en train de rejoindre. Elle organisera également un événement pour les entreprises israéliennes de technologie verte.

Jeudi, le contrôleur de l’État Matanyahu Englman, 1er vice-président du comité directeur de l’Organisation européenne des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (EUROSAI), sera à Glasgow pour une table ronde spéciale qu’il a initiée sur le rôle des organes de contrôle nationaux dans la conduite du changement de politique sur les questions climatiques et le suivi de leur mise en œuvre.

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