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Espagne : Des graffitis néo-nazis découverts dans une ville au passé trouble

La ville, qui avait porté pendant plus de 400 ans un nom ouvertement antisémite, avait opté pour un changement de nom en 2015

Une affiche à Castrillo Mota de Judíos, en Espagne, vandalisée par des graffitis antisémites, le 3 août 2022. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lorenzo Rodriguez via la JTA)
Une affiche à Castrillo Mota de Judíos, en Espagne, vandalisée par des graffitis antisémites, le 3 août 2022. (Crédit : Avec l’aimable autorisation de Lorenzo Rodriguez via la JTA)

Trois néo-nazis ont été interpelés pour une affaire de graffitis antisémites dans une petite ville espagnole qui, pendant près de 400 ans, s’était appelée Castrillo Matajudíos, ce qui peut se traduire par “Le fort où l’on tue les Juifs”.

Cela fait maintenant plusieurs années que la ville, qui a changé de nom en 2015 pour prendre celui de Castrillo Mota de Judios (littéralement « Le fort de la colline des Juifs »), est régulièrement victime de graffitis antisémites, liés à la Shoah ou à l’Inquisition, ce moment de l’histoire médiévale espagnole où les Juifs avaient été expulsés du royaume.

Mécontent face à ces incidents, le maire, pour sa part, fait tout son possible pour redorer l’image de sa ville et la remettre sur la carte des destinations prisées par les membres des communautés juives en Espagne.

« Nous avons affaire ici à des lâches, à des esprits intolérants et à des ignorants qui ne respectent ni le patrimoine, ni les personnes. Ils ne respectent rien », a écrit le maire, Lorenzo Rodriguez, photos des derniers actes de vandalisme à l’appui.

« Les intolérants n‘ont pas leur place ici, » a-t-il ajouté.

La police espagnole a d’ores et déjà interpelé trois personnes – deux hommes et une femme – qui, selon elle, pourraient être à l’origine de ces incidents ainsi que d’autres actes de vandalisme enregistrés à proximité de Madrid.

« L’enquête a montré que les prévenus étaient liés à des organisations xénophobes fortement antisémites, des organisations qui véhiculent des messages de haine contre la population juive », ont précisé les forces de l’ordre, et notamment la Guardia Civil, dans un communiqué.

« Les prévenus seraient membres d’un groupe criminel d’extrême-droite organisé qui a agi avec préméditation, en prenant des mesures préalables pour brouiller les pistes », ont-elles poursuivi.

Aux domiciles des prévenus qui ont fait l’objet d’une perquisition, la police a trouvé des objets et des symboles nazis et des armes non létales, a ajouté la Guardia Civil.

« Le fort où l’on tue les Juifs, jumelé avec Aushvitch [sic] », dit l’un des graffitis visibles à Castrillo Mota De Judíos. Parmi d’autres, « Juden Raus [« Dehors, les Juifs », en allemand] ». « Vive les rois catholiques », « Le maire est vendu aux Juifs qui ont du sang sur les mains », entre autres références à Tomás de Torquemada, qui avait pris la tête de l’Inquisition espagnole.

Déjà l’an dernier, des vandales avaient tenté de mettre le feu au drapeau de la ville, sur lequel avait été dessinée l’étoile de David.

L’été dernier, de nombreux autres graffitis avaient aussi fait leur apparition et un incendie s’était même déclaré dans les environs après le jumelage de la ville avec Kfar Vradim, en Israël.

Les suspects auraient également à leur actif une série d’incidents antisémites près de Madrid, avec notamment des actes de vandalisme qui avaient pris pour cible la porte d’une synagogue, un centre communautaire et un cimetière juifs.

En 2014, les 52 habitants de la ville avaient voté en faveur du changement de nom de leur localité et ce changement avait été effectué dès 2015, rompant avec une tradition vieille de plus de 400 ans.

Les archives ont permis de découvrir qu’avant l’expulsion des Juifs et l’Inquisition, la ville était peuplée par une majorité de Juifs, rescapés en 1035 d’un pogrom voisin.

À cette époque déjà, la ville avait pris le nom de Castrillo Motajudíos, ou « Fort de la Colline des Juifs ».

L’expulsion des Juifs d’Espagne et l’Inquisition qui avait suivi, destinée à éradiquer les Juifs et musulmans qui avaient refusé de se convertir au catholicisme, avaient consacré des termes évoquant les violences envers les Juifs – des termes qui se sont depuis enracinés dans la langue espagnole et dans le monde hispanophone au sens large.

Matar Judíos – littéralement « Tuer des Juifs » en langue espagnole – est un terme encore couramment utilisé au moment des fêtes de Pâques, dans le nord de l’Espagne, pour désigner le moment où les fidèles consomment une limonade de couleur sombre et épicée.

« Matajudíos » est également un nom de famille très répandu en Colombie.

En France, une ville porte également le nom de « Mort-Aux-Juifs ».

Depuis son changement de nom, la ville espagnole a exprimé le souhait de construire un centre de recherche pour étudier le patrimoine juif de la région avant l’Inquisition.

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