Etats-Unis : Première hausse des effectifs dans les écoles juives – médias
La filière réformée progresse de 5 %. Le rebond est lié à la baisse de niveau du public, aux investissements philanthropiques et au regain d'antisémitisme
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JTA – Après des dizaines d’années de baisse d’effectifs au sein des écoles juives non orthodoxes, un nouveau rapport de Prizmah: Center for Jewish Day Schools révèle que le nombre d’inscriptions est reparti à la hausse et ce, dans toutes les branches du judaïsme.
Au sein du réseau Prizmah, qui compte 305 écoles juives (dont 122 écoles non confessionnelles et 153 écoles orthodoxes), les effectifs sont passés de 94 008 élèves au cours de l’année scolaire 2021-2022 à près de 101 041 en 2025-2026, soit plus de 7 000 élèves (7,5 %) de plus. Pour la seule année scolaire 2025-2026, les effectifs ont augmenté d’un bon millier d’élèves.
Selon ce même rapport, les inscriptions dans les écoles non orthodoxes ont augmenté de 3 % entre 2021 et 2024, et les écoles orthodoxes ont enregistré une hausse de 7 %. Les inscriptions au sein des écoles réformées ont elles aussi progressé de 5 %, après des années de baisse. C’est la première fois que Prizmah fait état d’une croissance généralisée depuis qu’elle suit l’évolution des effectifs au sein des écoles juives, toutes tendances confondues.
Paul Bernstein, PDG de Prizmah, attribue cette croissance à plusieurs facteurs, à commencer par l’augmentation de la population juive au sein de certaines communautés, la baisse de la qualité de l’éducation dans certains réseaux d’écoles publiques et de nouveaux investissements philanthropiques.
Si M. Bernstein souligne que nombre d’inscriptions ont eu lieu lors de la pandémie de COVID-19, du fait de parents soucieux de trouver un enseignement en présentiel, il ajoute que la croissance des effectifs les années suivantes est le signe d’un changement profond.
« Nous avons enregistré une croissance des effectifs chaque année ces cinq dernières années, car les familles ont pris conscience de la qualité de ces établissements et de la valeur ajoutée des enseignements dispensés aux sein des écoles juives », explique M. Bernstein.
Il ajoute que, jusque-là, les effectifs étaient en baisse constante au sein des systèmes non orthodoxes. « Certains se demandaient si ces écoles, en particulier les non orthodoxes, avaient un avenir », rappelle-t-il.
En effet, la fondation Avi Chai, aujourd’hui fermée, indiquait dans son recensement de 2018-2019 que les effectifs des écoles juives non orthodoxes aux États-Unis avaient chuté de plus de 16 % en l’espace de 20 ans.
L’une des principales difficultés demeure le coût financier de cet enseignement : l’accessibilité est en effet le principal obstacle pour de nombreuses familles.
Certaines communautés ont toutefois bénéficié de gros investissements de la part de fondations philanthropiques locales, à l’instar des 90 millions de dollars donnés par la fondation Mandel à Cleveland, le Generations Trust à Toronto ou les subventions versées pour prendre en charge les frais de scolarité à Chicago et Seattle.
Selon le rabbin Mitchel Malkus, directeur de la Charles E. Smith Jewish Day School de Rockville, dans le Maryland, le coût reste dissuasif pour bon nombre d’élèves. En moyenne, l’an dernier, les frais de scolarité annuels se sont élevés à plus de 23 000 dollars, explique Prizmah.
« L’une des raisons récurrentes pour lesquelles les gens ne choisissent pas notre école est simplement son coût, qui est très, très lourd », admet M. Malkus. « Nombre de personnes qui aimeraient inscrire leurs enfants ne le peuvent tout simplement pas. »
Le rapport de Prizmah révèle qu’en Floride, où un système de chèques-éducation pour les écoles privées est en vigueur dans tout l’État, les effectifs des écoles juives ont augmenté de 1 370 élèves, soit 15 %, entre 2021 et 2024.
M. Bernstein estime par ailleurs que l’antisémitisme vécu par certaines familles suite au 7-Octobre a sans doute contribué à ce regain d’intérêt pour les écoles juives, ce que confirment les organisations philanthropiques juives américaines.
« Il y a évidemment du négatif dans l’antisémitisme », admet Bernstein. « Mais ce que montre les études menées sur le regain d’intérêt [pour les écoles juives], c’est qu’il y a aussi du positif : le désir des gens d’être plus proches de la communauté juive. »
Selon le rabbin Leonard Matanky, doyen de l’Ida Crown Jewish Academy, un lycée orthodoxe moderne de Skokie, dans l’Illinois, ses effectifs sont passés de 214 en 2021 à 254 l’année dernière, en hausse de près de 20 %.
M. Matanky attribue ce phénomène à un mélange de « la qualité de l’éducation, du désir de proximité des parents et de la prise de conscience de l’importance d’étudier dans une école juive ».
Pour certains parents, ajoute M. Matanky, l’inquiétude concernant le climat social au sein des écoles publiques rend les établissements juifs plus attractifs.
L’été dernier, un tout nouveau lycée juif a ouvert ses portes à Chicago, un projet qui, selon certains parents, répond à une réelle demande du fait des rumeurs d’antisémitisme au sein des écoles publiques et privées de la ville.
« Lorsque vous vivez dans une société qui ne partage plus toujours ce que l’on considérait autrefois comme des valeurs communes, les écoles publiques ne sont plus aussi sures qu’avant », estime Matanky. « On ne parle pas forcément de sécurité physique, mais de sécurité communautaire, d’un sentiment d’acceptation. »
La Chicago Jewish Day School, école multi-confessionnelle qui accueille des élèves de la maternelle à la fin du collège, fait elle aussi état d’une hausse de ses effectifs, passés de 220 élèves pour l’année scolaire 2024-2025 à 254 pour l’année qui vient.
Cortney Stark Cope, directrice des admissions de l’école, explique que cette croissance « jamais vue » est le fruit d’un travail de marketing des écoles juives auprès des parents mais aussi du récent programme d’accessibilité financière lancé il y a de cela trois ans par les Crown Family Philanthropies pour faire baisser les frais de scolarité.
Elle estime par ailleurs que la recrudescence de l’antisémitisme au sein des établissements non juifs a poussé certains parents à chercher des alternatives, en particulier au lendemain du 7 octobre 2023.
Gila Ogle, membre du Day School Leadership Training Institute de Prizmah et directrice de la Silver Academy, une école juive de Harrisburg, en Pennsylvanie, explique que ses effectifs ont presque doublé en l’espace d’un an, passant de 34 élèves en 2024-2025 à 64 cette année.
« Ce sentiment d’appartenance juive que nous offrons est un facteur déterminant pour les familles qui cherchent un environnement plus sûr », explique Mme Ogle. « Ce n’est pas seulement un cadre juif sécurisant, mais un cadre globalement plus sûr pour leurs enfants. »
M. Bernstein s’attend à ce que cette tendance se poursuive si le soutien philanthropique s’inscrit dans la durée.
« Nous sommes très optimistes et sommes persuadés que cette croissance va non seulement se pérenniser, mais pourrait même s’accélérer », conclut M. Bernstein.
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