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Étude internationale : Une espèce de reptile sur cinq menacée d’extinction

Couvrant plus de 10 000 espèces, l'étude menée par des chercheurs israéliens est la plus complète à ce jour ; la moitié des tortues et des crocodiles sont menacés d'extinction

Telescopus hoogstraali, ou serpent tigre du désert, une espèce de serpent endémique du Moyen-Orient en voie de disparition. (Crédit: Simon Jamison, Université de Tel Aviv)
Telescopus hoogstraali, ou serpent tigre du désert, une espèce de serpent endémique du Moyen-Orient en voie de disparition. (Crédit: Simon Jamison, Université de Tel Aviv)

La semaine dernière, des chercheurs israéliens ont mis en garde contre une possible extinction massive de certaines espèces de reptiles dans le monde, dont la moitié des espèces de tortues et de crocodiles, principalement en raison de la destruction de leurs habitats.

Cette mise en garde fait suite à une étude internationale à laquelle ont participé 52 chercheurs du monde entier, dont d’Israël, et qui a révélé qu’une espèce de reptile sur cinq était menacée d’extinction.

Il s’agit de la première étude du genre à aborder la question à une telle échelle. Les auteurs de l’étude ont indiqué que sur les 10 196 espèces de reptiles couvertes par l’étude, près de 2 000 sont menacées d’extinction.

Les espèces menacées représentent environ 15,6 milliards d’années de diversité génétique évolutive.

L’étude exhaustive a été menée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) sur une période de 18 ans et a impliqué des chercheurs israéliens de l’université de Tel Aviv et de l’université Ben Gurion du Néguev. Ces conclusions alarmantes ont été publiées fin avril dans la revue scientifique Nature.

« En général, l’état des reptiles dans le monde est mauvais », a déclaré le professeur Shai Meiri de l’université de Tel Aviv dans un communiqué, la semaine dernière. « La plus grande menace pour les reptiles est la destruction de leurs habitats en raison de l’agriculture, de la déforestation et du développement urbain », a-t-il noté.

Les espèces envahissantes représentent également une menace majeure et le danger du changement climatique rajoute à l’incertitude.

Les auteurs de l’étude internationale ont indiqué qu’alors que des évaluations complètes des risques d’extinction sont disponibles depuis des années pour les oiseaux, les mammifères et les amphibiens, les reptiles ont été largement négligés dans ce domaine jusqu’à présent.

L’UICN a cherché à évaluer la menace d’extinction pesant sur diverses espèces en fonction de leurs caractéristiques spécifiques, telles que le taux de reproduction, l’habitat naturel et la proximité de l’homme.

Chaque espèce a été classée en fonction de son niveau de menace afin de permettre aux décisionnaires et aux organisations de conservation de protéger en priorité les espèces les plus menacées.

Uromastyx aegyptia, une espèce de lézard endémique d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, définie par l’UICN comme « vulnérable », ce qui signifie que sa population mondiale est en diminution. (Crédit : Alex slavenko/Université de Tel Aviv)

L’état des reptiles est « pire que celui des oiseaux et des mammifères, mais pas aussi mauvais que celui des amphibiens », a déclaré Meiri, ajoutant que « les tortues sont dans une situation pire que les lézards et les serpents ».

L’étude a révélé que 58 % de toutes les espèces de tortues et 50 % de toutes les espèces de crocodiles sont menacées d’extinction. Les populations de tortues et de crocodiles sont réduites par la chasse, contrairement aux autres espèces de reptiles, qui sont surtout touchées par la destruction de leur habitat, a expliqué Meiri.

En répertoriant les menaces auxquelles chaque espèce est confrontée à l’échelle mondiale, l’étude offre la possibilité d’orienter les efforts de conservation là où ils sont le plus nécessaires, ont indiqué les auteurs.

« Par exemple, si une espèce particulière est très menacée dans le désert d’Arava en Israël, mais pas dans le reste de son habitat, qui peut s’étendre à toute la péninsule arabique, elle n’est pas considérée comme une espèce menacée au niveau mondial », a déclaré Meiri.

Malgré la portée mondiale de l’étude, il reste encore beaucoup à faire, selon le Dr. Uri Roll de l’université Ben-Gurion.

« Il s’agit d’un travail important qui constitue la base initiale de l’évaluation des risques pour les espèces de reptiles dans le monde, mais ce n’est certainement pas suffisant », a-t-il déclaré. « Nous manquons encore de beaucoup d’informations sur les différents risques auxquels sont confrontés les reptiles. Par exemple, le changement climatique devrait avoir des effets importants sur les reptiles. L’étude qui vient d’être publiée n’inclut pas encore ces futures menaces dans ses évaluations des risques pour les reptiles. »

Prof. Shai Meiri. (Crédit : Université de Tel Aviv)

« Notre monde est confronté à une crise de la biodiversité et à de graves changements dans les écosystèmes et parmi les espèces, des changements causés par l’homme, et pourtant les fonds alloués à la conservation sont très limités », a déclaré Roll. « Il est essentiel que nous utilisions ces fonds limités là où ils pourraient apporter les plus grands bénéfices. »

En outre, l’évaluation de l’UICN a laissé de côté un certain nombre d’espèces de reptiles qui n’ont pas encore été évaluées ou qui relèvent d’une catégorie dotée de données trop insuffisantes – ce qui exclut leur caractère prioritaire en matière de conservation.

« Cependant, nous pouvons utiliser les informations sur les espèces déjà évaluées pour mieux comprendre les risques encourus par les autres », a déclaré le Dr. Gabriel Caetano de l’Université Ben-Gurion.

« Les espèces peuvent partager des attributs physiologiques, géographiques et écologiques (souvent par le biais d’une histoire évolutive commune) qui les rendent plus menacées, et subir des menaces similaires lorsqu’elles se trouvent dans des endroits similaires », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Afin de combler les lacunes de l’évaluation de l’UICN, un groupe de chercheurs internationaux a utilisé des modèles d’apprentissage automatique avancés pour étudier les espèces qui n’ont pas été évaluées par l’UICN. Leurs conclusions ont été publiées dans la revue scientifique PLOS Biology.

« Dans notre travail, nous avons essayé d’émuler le processus de l’UICN en utilisant principalement des données de télédétection et des méthodes avancées d’apprentissage automatique. Nous avons utilisé des espèces qui ont été évaluées pour apprendre à nos modèles ce qui fait qu’une espèce est menacée, puis pour prédire les différentes catégories de menace pour les espèces non évaluées », a déclaré Caetano, l’auteur principal de l’étude complémentaire.

Et selon cette étude, « les reptiles non évalués et ceux dont les données sont insuffisantes sont plus susceptibles d’être menacés – et ce de manière considérable – que les espèces évaluées ».

Le scinque de Latast, une espèce de lézard scinque endémique du Proche-Orient, définie par l’UICN comme « insuffisante en termes de données », empêchant sa priorisation pour la conservation. (Crédit : Prof. Shai Meiri, Université de Tel Aviv)

Néanmoins, l’UICN propose une base de données complète, la première du genre, qui permettra aux décisionnaires de comprendre les besoins spécifiques de conservation de la plupart des espèces de reptiles, ce qui pourrait permettre de trouver des solutions plus efficaces à la crise.

L’UICN affirme que ses recherches constituent « un indicateur crucial de la santé de la biodiversité mondiale ».

Le groupe a déclaré que sa liste rouge des espèces menacées est utilisée par les agences gouvernementales, la protection de la faune, les organisations non gouvernementales liées à la conservation, les planificateurs des ressources naturelles, les organisations éducatives, les étudiants et les entreprises pour formuler des politiques et des efforts de conservation.

Parmi les 142 500 espèces couvertes par la liste rouge de l’UICN, 40 000 sont menacées d’extinction, dont 41 % des amphibiens, 33 % des coraux constructeurs de récifs, 26 % des mammifères et 13 % des oiseaux.

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