Évasion de la prison Gilboa : Les Palestiniens fêtent des fugitifs « héroïques »
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Évasion de la prison Gilboa : Les Palestiniens fêtent des fugitifs « héroïques »

Des responsables du Hamas appellent les Palestiniens à couvrir les fuyards ; les klaxons ont résonné et des bonbons ont été distribués dans toute la Cisjordanie et à Gaza

Un Palestinien brandit une affiche montrant les photos des six terroristes palestiniens évadés de la prison Gilboa, lors de réjouissances saluant cette fuite réussie dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jaafar Ashitiyeh/AFP)
Un Palestinien brandit une affiche montrant les photos des six terroristes palestiniens évadés de la prison Gilboa, lors de réjouissances saluant cette fuite réussie dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jaafar Ashitiyeh/AFP)

Des groupes palestiniens ont célébré l’évasion de six détenus, lundi, de la prison de haute-sécurité Gilboa, qui se trouve dans le nord d’Israël, qualifiant cette fuite « d’héroïque » et recommandant vivement aux Palestiniens d’aider les fugitifs – des terroristes condamnés ou présumés – à échapper aux forces israéliennes.

Le drapeau palestinien a été brandi dans des villes de Cisjordanie et de Gaza, les klaxons ont résonné et des bonbons ont été distribués dans les rues pour fêter l’occasion.

« C’est une évasion qui est d’un héroïsme extraordinaire et elle va entraîner un choc dans le système de sécurité israélien », a commenté Daoud Shehab, porte-parole du Jihad islamique.

Des centaines de partisans du groupe terroriste se sont rassemblés à Gaza et ses membres ont lancé des ballons incendiaires en direction d’Israël pour afficher leur soutien aux prisonniers en fuite. Les autorités israéliennes ont indiqué que les ballons avaient provoqué trois feux qui ont été rapidement maîtrisés.

Fawzi Barhoum, porte-parole du mouvement du Hamas qui gouverne la bande de Gaza, a indiqué que cette évasion était la preuve que « le combat pour la liberté face à l’occupant continue et il s’élargit encore, à l’intérieur comme à l’extérieur des prisons ».

Les responsables du Hamas ont vivement recommandé aux Palestiniens de couvrir les fuyards, affirmant que cette évasion serait la première d’une longue série. Husam Badran, éminent responsable du Hamas, a évoqué « une journée de joie et de fierté qui a permis aux Palestiniens de relever la tête ».

Le parti du Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a, lui aussi, salué l’évasion. Un compte officiel Twitter a ainsi diffusé des photos et des vidéos du plus célèbre des fugitifs, Zakaria Zubeidi, membre du Fatah – dont un cliché le montrant aux côtés d’Abbas – et s’est réjoui de ce qu’il a appelé « le tunnel de la liberté ».

Des jeunes Palestiniens avec une affiche du groupe du Jihad islamique qui dit en Arabe : « La deuxième grande évasion des prisons de l’ennemi sioniste » pendant les réjouissances saluant l’évasion de six prisonniers d’une prison israélienne, dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, le 6 septembre 2021. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Abbas s’est entretenu avec le ministre de la Défense Benny Gantz lundi, avant Rosh HaShana, mais aucune des deux parties n’a fait savoir si le sujet de l’évasion avait été abordé.

Cette évasion pose un dilemme à Abbas, qui a rencontré Gantz il y a une semaine au cours de ce qui a été la première rencontre de haut-rang entre les deux parties depuis des années. Abbas a indiqué qu’il espérait faire revivre le processus de paix après une décennie de pause, lorsque l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu était au pouvoir. Les forces de sécurité de l’AP se coordonnent avec l’État juif pour cibler le Hamas et d’autres groupes terroristes que les deux considèrent comme une menace. Mais toute initiative qui viserait à aider Israël à arrêter une nouvelle fois les détenus en fuite serait susceptible de saper l’AP, déjà en difficulté, aux yeux des Palestiniens.

Parmi les fuyards, Zubeidi, un célèbre commandant de l’aile militaire du Fatah, la Brigade des martyrs, qui était détenu en attente de son procès. Il est accusé de dizaines de crimes et notamment de tentative de meurtre. Quatre autres purgeaient des peines de prison à vie en lien avec des attentats terroristes meurtriers contre des Israéliens.

Le sixième se trouvait en détention administrative, et n’était pas sous le coup d’une mise en examen. Les six hommes sont considérés comme très dangereux.

Israël a lancé une chasse à l’homme massive pour retrouver les fugitifs qui se seraient séparés en deux groupes distincts. Des barrages routiers ont été installés dans tout le pays, des drones de surveillance et des chiens renifleurs participent aux recherches et les services de sécurité du Shin Bet ont été appelés en renfort.

Dans le gouvernorat de Jénine, où certains Palestiniens se sont laissés aller à des tirs de célébration, les forces israéliennes ont été massivement déployées, a fait savoir un journaliste de l’AFP.

Le gouverneur de Jénine, Akram Rajoub, a confié à l’AFP que « pour le moment, la situation est calme mais la surveillance est sans précédent ».

Alors que les rumeurs sur l’endroit où pourraient éventuellement se trouver les fuyards se sont rapidement propagées sur internet, Jénine a particulièrement attiré les regards, compte-tenu des liens entretenus par Zubeidi avec cette ville en particulier.

Le camp de réfugiés de Jénine, qui jouxte la ville éponyme, est habitué aux incursions de l’armée israélienne, même s’il est situé dans une zone sous contrôle palestinien, a indiqué à l’AFP Hassan al-Amouri, chef du comité populaire local. « Tout est possible » dans un camp où de nombreux résidents sont armés, a-t-il ajouté.

Un porte-parole du Jihad islamique a averti les soldats israéliens que le camp de réfugiés de Jénine « pourrait se transformer en enfer » si les militaires cherchaient à y pénétrer.

Les agitations se sont multipliées, ces dernières semaines, à Jénine. Un échange de coups de feu a eu lieu là-bas, le mois dernier, alors que les soldats recherchaient des suspects dans la ville. Quatre Palestiniens avaient été tués.

Un responsable de la sécurité israélienne, qui n’a pas été identifié, aurait déclaré devant les caméras de la Douzième chaîne que capturer les six fuyards calmerait l’euphorie ressentie du côté palestinien. Certains, au sein de l’État juif, craignent que cette évasion n’inspire d’autres prisonniers ou qu’elle donne la confiance nécessaire à des aspirants terroristes pour commettre des attentats.

« La seule manière de réduire la résonnance de cette évasion est de re-capturer les terroristes dans les meilleurs délais », auraient expliqué des sources sécuritaires, selon la Douzième chaîne.

« La mentalité, dans la rue palestinienne, est la suivante : S’ils ont pu s’échapper de la prison la plus gardée du pays et retrouver la liberté, alors rien n’est impossible », a écrit sur Twitter Fadi Quran, directeur de l’organisation à but non-lucratif d’action citoyenne Avaaz.

Noura Erakat, professeure-adjointe à la Rutgers University, a salué les fugitifs et espéré que « d’autres sauront briser leurs chaînes et les murs des prisons ».

Yara Harawi, chercheuse au sein du think-tank palestinien al-Shabaka, a qualifié l’évasion « d’épique ».

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