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Explosion au port de Beyrouth : Nouvelle suspension de l’enquête

La déflagration survenue le 4 août 2020 avait fait plus de 200 morts, plus de 6 500 blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise

Une photo prise par un drone montre la scène d'une explosion dans le port maritime de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2020. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla) 
Une photo prise par un drone montre la scène d'une explosion dans le port maritime de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2020. (Crédit : AP Photo/Hussein Malla) 

Le juge Tareq Bitar chargé de l’enquête sur l’explosion gigantesque au port de Beyrouth a dû suspendre ses investigations lundi après une plainte d’un ex-ministre, des ONG et des proches des victimes déplorant un nouveau cas flagrant d’obstruction politique.

La déflagration le 4 août 2020 a été imputée de l’aveu même des autorités au stockage sans mesures de précaution depuis fin 2013 d’énormes quantités de nitrate d’ammonium au port. Elle a fait plus de 200 morts, plus de 6 500 blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise.

M. Bitar a été notifié d’une plainte déposée contre lui par l’ex-ministre de l’Intérieur Nohad al-Machnouk, soupçonné de « négligence et manquements » dans l’enquête sur l’explosion. M. Machnouk réclame le dessaisissement du juge en évoquant un vice de forme sur la base d’un article constitutionnel stipulant la poursuite des ministres et responsables par la seule Haute Cour de Justice.

Le juge « Bitar suspend son enquête (…) jusqu’à ce que la cour d’appel de Beyrouth décide d’accepter le recours (de M. Machnouk) ou de le rejeter », a indiqué à l’AFP une source judiciaire.

Pointées du doigt pour négligence criminelle, les autorités ont rejeté toute enquête internationale. L’enquête locale continue elle de piétiner, la classe dirigeante étant accusée de tout faire pour la torpiller et éviter des inculpations dans un pays où sévit « la culture d’impunité » selon des ONG.

De hauts responsables politiques, sécuritaires et judiciaires étaient conscients des dangers de la substance hautement volatile au port mais n’ont pris aucune mesure préventive. Et ce drame a enfoncé le pays dans l’abîme, où la classe politique inchangée depuis des décennies est accusée aussi de corruption, d’incompétence et d’inertie.

Des manifestants aux côtés des familles de victimes lors d’une procession symbolique de funérailles pour marquer le premier anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts, sur le port de Beyrouth, au Liban, le 8 août 2021. (Crédit : ANWAR AMRO / AFP)

« C’est vraiment dégoûtant »

Le prédécesseur du juge Bitar, Fadi Sawan, a été dessaisi en février de ses fonctions après l’inculpation de plusieurs responsables.

Le juge Bitar risque lui aussi d’être écarté.

Depuis quelques semaines, il est au cœur d’une campagne de dénigrement et a été même menacé par un haut responsable du mouvement terroriste chiite pro-iranien Hezbollah, maître du jeu au Liban, selon des médias locaux.

La suspension de l’enquête a suscité l’ire d’organisations de défense des droits humains et des proches des victimes de l’explosion.

La plainte déposée à l’encontre du juge Bitar « indique clairement que la classe politique fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire dérailler, entraver et saper l’enquête et échapper à la justice », a déploré Aya Majzoub de Human Rights Watch.

Lynn Maalouf d’Amnesty International a elle dénoncé un « mépris cruel » des droits des victimes, des survivants et de leurs familles de la part de la classe dirigeante.

Pour le porte-parole du comité des familles des victimes Ibrahim Hoteit, il s’agit d’une « guerre » menée par les responsables pour faire taire la vérité. Il a promis une escalade dans la rue si « justice n’est pas rendue ».

« C’est vraiment dégoûtant », a renchéri Paul Naggear, père d’une des plus jeunes victimes du drame, morte à l’âge de trois ans.

Une photo montre la destruction du port de Beyrouth, le 10 août 2020, suite à une énorme explosion chimique qui a dévasté une grande partie de la capitale libanaise. (Crédit : JOSEPH EID / AFP)

Nouvelle manifestation

Le 15 septembre, plus de 140 ONG locales et internationales ainsi que des survivants et des proches des victimes de l’explosion ont lancé un appel à l’ONU pour une enquête internationale, dénonçant « l’obstruction éhontée des autorités ».

Lundi à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a de nouveau souligné la nécessité d’une enquête « rapide, indépendante et impartiale », alors que le Liban est plongé dans la pire crise socio-économique de son histoire.

Ces derniers mois, le juge Bitar a convoqué quatre ex-ministres dont trois députés, y compris M. Machnouk, soupçonnés de « négligence et manquements ». Mais le Parlement a refusé de lever leur immunité.

Le ministre de l’Intérieur de l’époque Nohad Machnouk lors d’une conférence de presse au siège de la police à Beyrouth, au Liban, le 15 novembre 2015. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Le 26 août, l’enquêteur a émis un mandat d’amener à l’encontre de l’ex-Premier ministre Hassan Diab après son refus de se présenter à un interrogatoire, et le 16 septembre un mandat d’arrêt contre l’ex-ministre des Transports Youssef Fenianos.

Avant l’annonce lundi de la suspension de l’enquête, des proches des victimes avaient prévu d’organiser mercredi devant le Palais de justice à Beyrouth une manifestation pour soutenir le juge Bitar.

« Les maisons (des responsables) sont une cible. Nous pouvons également bloquer autoroutes et routes », a prévenu Ibrahim Hoteit.

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