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Face à l’opposition de Trump, Londres suspend la restitution des Chagos à l’île Maurice

Faute de soutien américain, l’accord de restitution, signé en mai 2025, est mis en pause, sur fond d’enjeux stratégiques autour de la base de Diego Garcia

Des manifestants défendant les droits des habitants des îles Chagos brandissant des pancartes et des banderoles, devant la Cour internationale de justice à La Haye, aux Pays-Bas, le 3 septembre 2018. (Crédit: Mike Corder/AP Photo)
Des manifestants défendant les droits des habitants des îles Chagos brandissant des pancartes et des banderoles, devant la Cour internationale de justice à La Haye, aux Pays-Bas, le 3 septembre 2018. (Crédit: Mike Corder/AP Photo)

Face à l’absence de « soutien » du président américain Donald Trump, le Royaume-Uni a annoncé samedi par l’intermédiaire d’un porte-parole de Downing Street qu’il suspendait son projet de restitution de l’archipel des Chagos, siège d’une base militaire américano-britannique, à l’île Maurice.

Le ministre mauricien des Affaires étrangères, Dhananjay Ramful, a réagi en promettant de ne ménager « aucun effort » pour « achever le processus de décolonisation dans cette partie de l’océan Indien ».

L’accord de restitution, signé en mai 2025 par le Royaume-Uni après plusieurs années d’intenses négociations, était devenu une source de tensions dans ladite « relation spéciale » entre Londres et Washington.

Dès vendredi soir, plusieurs médias britanniques, dont la BBC, rapportaient que l’accord était mis sur pause, évoquant à la fois l’absence de soutien américain et un enlisement parlementaire.

En effet, l’adoption du texte doit se faire avant la fin de la session parlementaire, prévue en mai. Les deux chambres doivent approuver le projet de loi pour qu’il entre en vigueur et, en général, les textes encore en discussion à la fin d’une session parlementaire sont abandonnés.

Selon les termes de l’accord, le Royaume-Uni doit restituer l’archipel des Chagos à l’île Maurice, mais conserver un bail de 99 ans sur l’île principale, Diego Garcia, afin de maintenir une base militaire américano-britannique dans cette région stratégique.

Une vue aérienne de Diego Garcia. (Crédit : US Navy/AP)

Le tout pour un montant annuel de 101 millions de livres (120 millions d’euros), soit 3,4 milliards de livres (plus de 4 milliards d’euros) au total.

Sollicité par l’AFP, un porte-parole de Downing Street a indiqué samedi « continuer de penser que cet accord est la meilleure façon de protéger l’avenir à long-terme de la base [militaire anglo-américaine de Diego Garcia, ndlr] ».

Mais, a-t-il poursuivi, « nous avons toujours dit que nous n’irions de l’avant que s’il bénéficiait du soutien des États-Unis ».

Accord menacé ?

Le locataire de la Maison Blanche avait dans un premier temps soutenu le texte, avant de changer d’avis.

En janvier, il avait fustigé ce qu’il avait qualifié de « grande stupidité » de la part de Londres concernant cet accord, conclu selon lui « sans aucune raison ».

La base de Diego Garcia revêt une importance stratégique majeure.

Elle a joué un rôle majeur dans les deux guerres menées par les États-Unis en Irak (1990-1991, 2003-2011) ainsi que dans les bombardements américains en Afghanistan en 2001. Elle a également servi à lancer des attaques de bombardiers B-2 contre le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, soutenu par la République islamique d’Iran, lors de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas, à Gaza.

Illustration : Les États-Unis ont mené plusieurs frappes de bombardiers B-2 sur des installations de stockage d’armes dans des zones du Yémen contrôlées par les Houthis soutenus par l’Iran, selon l’armée et le Département de la défense américains e 16 octobre 2024. (Crédit : Frederic J. Brown/AFP)

Dans son communiqué, le porte-parole de Downing Street estime que garantir « la sécurité opérationnelle à long-terme » de la base est « la raison même » de l’accord.

Les discussions avec la Maison Blanche et l’île Maurice se poursuivent.

« Lorsque le président des États-Unis se montre ouvertement hostile, le gouvernement doit revoir sa position ; cet accord […] est donc pour le moment plongé dans un sommeil profond », estime Simon McDonald, un ancien haut gradé du Foreign Office, interrogé samedi sur la radio de la BBC.

La dirigeante du principal parti d’opposition britannique, le Parti conservateur, Kemi Badenoch, écoutant attentivement lors d’une conversation sur scène à l’Institute of Chartered Accountants’ Hall, dans le centre-ville de Londres, le 9 septembre 2025. (Crédit : Adrian Dennis/AFP)

La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, se réjouit de la suspension du projet, estimant qu’il devrait désormais trouver sa « juste place – sur le tas de cendres de l’histoire ».

Au moment de l’accord, le Premier ministre Keir Starmer avait martelé qu’il n’y avait pas « d’autre alternative » à cet accord.

Le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, avait quant à lui salué une « grande victoire », estimant que l’île avait ainsi achevé « le processus de décolonisation qui a commencé avec l’accession de l’île à l’indépendance en 1968 ».

Lorsque Maurice a obtenu son indépendance du Royaume-Uni en 1968, Londres a conservé le contrôle des îles Chagos.

En 2019, l’Assemblée générale des Nations unies avait demandé au Royaume-Uni de rétrocéder l’archipel des Chagos à l’île Maurice dans un délai de six mois, après une décision similaire de la Cour internationale de justice quelques mois auparavant.

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