Fin des Accords d’Oslo : Israël n’est pas impressionné par la menace de l’AP
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Fin des Accords d’Oslo : Israël n’est pas impressionné par la menace de l’AP

L'Autorité palestinienne dit toujours qu'elle va « sauter d'une falaise », dénonce un responsable israélien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Mahmoud Abbas, à droite, et Bruno Le Maire à Ramallah le 5 septembre 2015 (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)
Mahmoud Abbas, à droite, et Bruno Le Maire à Ramallah le 5 septembre 2015 (Crédit : AFP / ABBAS MOMANI)

Israël n’est pas impressionné par les rapports indiquant que les Palestiniens menaceraient de prendre des mesures unilatérales radicales aux Nations unies, a indiqué un haut responsable israélien lundi, accusant l’Autorité palestinienne d’utiliser la stratégie de l’abîme tout en réitérant la volonté de Jérusalem de reprendre immédiatement les négociations de paix bilatérales.

« Nous considérons ces menaces avec un certain scepticisme », a expliqué le fonctionnaire au Times of Israël, qui a accepté de témoigner mais sous condition d’anonymat parce qu’il n’a pas été autorisé à discuter de la question avec la presse.

« Les Palestiniens négocient régulièrement en utilisant la stratégie de l’abîme. S’ils ne reçoivent pas ce qu’ils demandent, ils menacent de sauter de la falaise ».

La direction palestinienne a menacé de démissionner, de démanteler l’Autorité palestinienne et même de dissoudre les Accords d’Oslo à plusieurs reprises au cours des derniers mois, a ajouté le responsable.

De nouveaux rapports indiquent que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a l’intention de faire une annonce drastique à l’Assemblée générale des Nations unies ce mois-ci, en déclarant la Palestine comme un Etat sous occupation et la dissolution des accords d’Oslo et les autres accords bilatéraux passés avec Israël.

Alors qu’on ne sait pas encore quelles seront les conséquences qu’une telle décision entraînerait, certains prédisent que cela pourrait signifier la fin de la coordination de la sécurité israélo-palestinienne et placerait toute la responsabilité de la gouvernance de la Cisjordanie entre les mains d’Israël en tant que puissance occupante.

« Le Premier ministre est prêt pour la reprise immédiate des négociations de paix sans conditions préalables, mais les Palestiniens refusent de s’engager », a dénoncé le responsable israélien.

« En plaçant des conditions préalables inutiles sur les pourparlers, ils rendent la reprise des négociations impossibles. Puis, après avoir empêché les négociations de se produire, ils courent vers la communauté internationale et disent qu’il [n’y a] pas de négociations, [qu’il y a] la crise, que des mesures drastiques est nécessaire. Mais c’est une mascarade ».

La seule raison qui explique l’absence de véritables négociations est le refus des Palestiniens de négocier, a ajouté le responsable. « Il est temps que la communauté internationale refuse d’accepter cette mascarade et qu’elle dise aux Palestiniens qu’il est temps de reprendre les négociations avec Israël. C’est la seule façon d’aller de l’avant ».

Les responsables israéliens lundi ont refusé de commenter sur la possibilité d’une éventuelle démarche des Palestiniens à l’ONU.

En privé, ils ont jugé que c’était une « provocation », mais ont reconnu qu’ils étaient néanmoins préoccupés parce que personne ne sait vraiment pas ce que Ramallah est exactement en train de préparer et comment Jérusalem va réagir.

Bien que généralement considéré comme un scénario peu probable, l’annulation par les Palestiniens des Accords d’Oslo pourrait avoir de graves conséquences dans la mesure où ces accords réglementent la sécurité et la coopération économique entre Israël et l’Autorité palestinienne.

D’autre part, la menace de déclarer la Palestine « un Etat sous occupation » semble moins menaçant car il pourrait ne pas avoir des implications concrètes.

« C’est une déclaration vide », a déclaré Alan Baker, un diplomate israélien à la retraite et ancien conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères.

« Je ne pense pas que cela ait une signification quelconque. Quoiqu’Abbas dise, aucune déclaration qu’il fera à l’ONU, va changer quoi que ce soit sur le terrain ».

La seule chose que cela lui permettrait d’obtenir, a ajouté Baker, est d’invalider son statut en tant que président de l’Autorité palestinienne, ainsi que la légitimité du Parlement et des tribunaux palestiniens.

« Cela ouvrirait également la possibilité pour Israël de faire ce qu’il juge nécessaire pour sa sécurité et pour protéger ses intérêts politiques, et cela pourrait même causer une éventuelle levée des mesures de sécurité et de coopération économique et d’autres mesures qui sont destinées à être bénéfique au peuple palestinien ».

Est-il même possible pour la Palestine de devenir un « Etat sous occupation » ?

Dans son discours à New York plus tard ce mois-ci, Abbas va mettre en exergue la décision prise en 2012 par l’Assemblée générale d’accepter la « Palestine » comme un Etat observateur non-membre et argumentera qu’Israël refuse de mettre fin à ‘l’occupation’ de son Etat.

Cependant, certains affirment que seuls les États existants peuvent être considérés comme étant occupés, comme la France pendant la Seconde Guerre mondiale ou, plus récemment, la Crimée en Ukraine, qui a été occupée par la Russie.

Mais la « Palestine » cherche à atteindre le statut d’Etat sous occupation, une situation sans précédent historique. Un Etat ne peut devenir « occupé » que si des parties ou l’ensemble du territoire qu’il contrôlait est sous le contrôle effectif d’une autre puissance, soutiennent certains juristes. Ce ne serait pas le cas ici.

Les Palestiniens, cependant, sont susceptibles de faire valoir qu’une « Palestine » souveraine existait avant la Guerre des Six Jours en 1967, quand Israël a pris la Cisjordanie et la bande de Gaza, même si cela semble être une position difficile à défendre auprès des experts du droit international.

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