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Foot : Fronde anti-Qatar chez les supporters du Bayern

Traditionnellement, l'équipe de foot est à la pointe des prises de positions éthiques, contre le racisme, l'antisémitisme ou l'homophobie

L'Allianz Arena, le stade du Bayern de Munich, en décembre 2007. Illustration. (Crédit : Michal Osmenda/CC BY-SA 2.0/WikiCommons)
L'Allianz Arena, le stade du Bayern de Munich, en décembre 2007. Illustration. (Crédit : Michal Osmenda/CC BY-SA 2.0/WikiCommons)

Peut-on prôner des valeurs humanistes et signer un contrat de sponsoring avec le Qatar ? Des « socios » du Bayern Munich veulent poser la question jeudi à l’assemblée générale annuelle du club, mécontents de voir le « Rekordmeister » accepter des revenus d’un pays accusé d’atteintes aux droits humains.

Impossible de savoir combien sont réellement les supporters engagés dans cette action de protestation. Probablement une minorité parmi les 293 000 membres officiels du club. Mais dans une Allemagne traditionnellement très sensible aux questions d’éthique sportive, leur voix porte.

Lors du dernier match à domicile, des millions de téléspectateurs ont vu la banderole déployée dans la tribune populaire de l’Allianz Arena : Herbert Hainer et Oliver Kahn, les deux patrons du clubs, y sont caricaturés avec une machine à laver, un maillot ensanglanté du Qatar et deux valises de dollars, sous le slogan : « Pour de l’argent, on blanchit tout ».

L’initiative trouve évidemment une résonance particulière à l’approche du Mondial-2022, organisé en novembre/décembre dans l’émirat.

La semaine dernière, en vue de l’assemblée générale du club, les contestataires ont tenté d’imposer une motion exigeant le non-renouvellement des accords de sponsoring avec la compagnie aérienne Qatar Airways, qui courent jusqu’en 2023. La justice a rejeté la requête, mais les opposants assurent que le combat continue.

« Violations massives »

« Nous voulons obtenir des mesures préventives, pour éviter un renouvellement du contrat », assure Michel Ott, leur porte-parole. « Le Qatar est coupable de violations massives des droits humains, et il y a de lourds soupçons de corruption dans le sport ».

Maquette du site Al Thumama, au Qatar, ou aura lieu la Coupe du Monde de Football en 2022. (Crédit capture d’écran via Twitter)

Les contestataires s’appuient sur des rapports d’ONG qui accusent le Qatar d’exploiter les travailleurs étrangers, notamment dans la construction des stades du prochain Mondial. Ils reprochent aussi à Doha sa loi interdisant l’homosexualité.

Le pays rejette vigoureusement ces critiques, soulignant avoir réformé son droit du travail et instauré un salaire minimum. Il promet aussi que les supporters LGBT seront les bienvenus au Mondial.

Mais les opposants ne désarment pas : « Coopérer avec une entreprise d’Etat contribue à détourner l’attention des griefs et à diffuser une image du pays moderne et ouverte sur le monde », accusent-ils.

Le logo du transporteur aérien s’affiche sur la manche des maillots du Bayern, pour environ 20 millions d’euros par an, selon la presse allemande, assez loin derrière les quatre sponsors-actionnaires majeurs Allianz, Audi, Adidas et Telekom.

Par ailleurs, l’équipe bavaroise part en stage tous les ans depuis des années une semaine au Qatar pendant la trêve hivernale, dans le cadre d’un partenariat à long-terme.

Rummenigge assume

Selon le quotidien à grand tirage Bild, plusieurs joueurs stars dont le capitaine Manuel Neuer auraient également demandé à leurs dirigeants de ne pas renouveler le contrat.

Les patrons du club sont pris entre deux feux.

Traditionnellement, le Bayern est à la pointe des prises de positions éthiques, contre le racisme, l’antisémitisme ou l’homophobie.

Mais renoncer aux revenus du sponsoring serait très douloureux. Karl-Heinz Rummenigge, l’ancien homme fort du club, qui avait négocié en 2018 le partenariat, défend son choix de l’époque par le souci de rester compétitif en Europe face à des rivaux aux ressources quasi illimitées.

« Nous avons maintenant des clubs comme Manchester City avec Abu Dhabi, Paris SG avec le Qatar, Chelsea avec le milliardaire Abramovitch et Manchester United avec des milliardaires américains », lance-t-il dans un récent podcast, « si nous restons en Allemagne avec une culture complètement différente (…), je dois dire honnêtement qu’il va falloir doucement se faire du souci pour la Bundesliga et pour ses clubs ».

Face à la fronde, les dirigeants du Bayern usent pour l’heure d’un argument beaucoup entendu ailleurs mais contesté : on a plus de leviers, estiment-ils, pour influencer la situation des droits humains d’un Etat par la présence sur place et l’échange que par le boycott.

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