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France/enseignement : mise en garde contre les écoles privées hors-contrat

De grosses défaillances éducatives ont été constatées dans des établissements et certains faits historiques tels que la Shoah sont occultés dans certains

L'entrée du domaine qui abritait la yeshiva Beth Yossef à Bussières, en périphérie de Paris, le 1er février 2022, après que 16 membres du personnel de l'école ont été placés en garde à vue le 31 janvier 2022, à la suite de signalements concernant des abus physiques et psychologiques présumés contre des mineurs américains et israéliens. (Crédit : Maryam EL HAMOUCHI / AFP)
L'entrée du domaine qui abritait la yeshiva Beth Yossef à Bussières, en périphérie de Paris, le 1er février 2022, après que 16 membres du personnel de l'école ont été placés en garde à vue le 31 janvier 2022, à la suite de signalements concernant des abus physiques et psychologiques présumés contre des mineurs américains et israéliens. (Crédit : Maryam EL HAMOUCHI / AFP)

Le Comité national d’action laïque (Cnal) a alerté dans un nouveau communiqué sur les dérives de certains établissements scolaires hors-contrat.

Dans certains d’entre eux, de grosses défaillances éducatives ont été constatées et certains faits historiques tels que la Shoah sont occultés.

Afin de mener son enquête, le Cnal a demandé à l’Inspection académique de chaque département le dernier rapport de visite des établissements privés hors-contrat implantés sur leur territoire. Il a ainsi recueilli 164 rapports au 1er décembre 2021, sur environ 1 800 établissements recensés – un chiffre loin de celui espéré. « On ne demandait pas des rapports de sous-marins nucléaires mais il y a une résistance à transmettre des informations », a déploré sur RMC Rémy-Charles Sirvent, enseignant et secrétaire général du Cnal. Ces 1 800 écoles, dont de nombreuses sont religieuses, accueilleraient environ 80 000 élèves.

« On n’a eu qu’un seul rapport d’école musulmane et un seul d’école juive, alors qu’on sait que des dérives existent. Une école juive en Seine-et-Marne ayant été fermée récemment », a-t-il ajouté, faisant référence à la yeshiva de Bussières.

Dans son communiqué, l’organisation cite ainsi des extraits de rapports récents qui lui sont bien parvenus.

Parmi les établissements visés et cités par le Comité : des écoles de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, fondées par Marcel Lefebvre, évêque figure du mouvement catholique traditionaliste français.

Au sujet d’un établissement de Gironde, on peut lire que : « Les valeurs de la République n’apparaissent pas dans les traces écrites des élèves du 1er degré. Le manuel d’histoire support de cet enseignement accorde une très faible place aux personnages qui ont façonné la République. Le général de Gaulle n’est ainsi pas une figure historique à retenir dans ce manuel. » En revanche : « Le Maréchal Bugeaud apparait comme le personnage grâce à qui les Arabes ont pu apprendre à développer leur agriculture en Algérie (…). » Il est aussi écrit que : « Le rôle de Vichy dans l’extermination des Juifs est mis sous silence, et ce génocide n’est d’ailleurs pas mentionné dans le traitement de la Seconde Guerre mondiale. »

Dans le rapport concernant un établissement des Pyrénées-Atlantiques, on apprend que « le support de géographie porte une vision marquée par une représentation du monde par races humaines (Noirs, Blancs), qui pose un souci majeur de conception erronée scientifiquement et potentiellement raciste ou a minima racialiste ».

Il est indiqué également que, dans ces écoles, les classes sont parfois non mixtes. Un rapport montre ainsi que des responsabilités proposées aux garçons étaient refusées aux filles. « Les filles ne déjeunent pas dans la même salle de restauration que les garçons, elles ne sont pas autorisées à participer aux groupes de responsabilité. »

Des dérives « importantes » ont également été constatées dans des établissements Montessori, « où ce qui est observé par les inspectrices et inspecteurs diffère fortement de l’image que ces établissements mettent en avant auprès des parents », indique le Cnal.

Afin de mettre fin à ces dérives, le Cnal a émis cinq préconisations et interpellé la Cour des Comptes.

Celles-ci sont les suivantes : « Le régime d’autorisation lors de l’ouverture d’un établissement privé hors contrat doit devenir la règle ; Le projet pédagogique doit faire partir intégrante du dossier de demande de création d’un établissement privé hors contrat ; Le Préfet doit pouvoir prononcer la fermeture d’un établissement dès lors que l’acquisition du socle commun et des valeurs de la République est défaillante ; La méthodologie des restitutions des rapports doit être améliorée ; L’information des familles. »

Le comité conseille ainsi aux parents qui souhaitent scolariser leur enfant dans un établissement d’enseignement privé hors-contrat « d’exiger la consultation des rapports d’inspection, ou bien de les demander à l’Inspection académique concernée ».

« En effet, nous avons observé dans un grand nombre de cas, un décalage important entre les intentions affichées et la réalité », indique l’organisation.

Rémy-Charles Sirvent insiste sur le premier point cité ci-dessus : « le régime d’autorisation lors de l’ouverture d’un établissement privé hors contrat doit devenir la règle », plutôt qu’un régime d’autorisation. Aujourd’hui, pour ouvrir une école hors-contrat, il faut simplement la déclarer aux autorités et les contrôles ne se font qu’a posteriori.

« Une fois que la porte est ouverte, les pouvoirs publics se trouvent devant le fait accompli. Nous demandons aussi que le projet pédagogique fasse partie des documents exigibles. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Les pouvoirs publics se privent de savoir de quelle spiritualité s’inspirent les établissements scolaires hors contrat », dit-il.

Dans le but d’alerter les citoyens sur les montants des financements perçus par ces établissements d’enseignement privés hors-contrat, notamment en provenance de fondations reconnues d’utilité publique, et qui permettent des dépenses d’investissement et de fonctionnement à destination des établissements religieux, le Cnal a souhaité saisir la Cour des Comptes.

Selon le Comité, le financement public de ces établissements, même indirect via ces fondations, « contrevient au deuxième article de la loi de 1905, qui précise que la République ne reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ».

L’entrée de la Yeshivat Beth Yossef à Bussières, en France. (Crédit : Google Maps via JTA)

Récemment, la Yeshiva Beth Yossef, établissement juif hors-contrat de Bussières,  à 60 km de Paris, a été sous les projecteurs en raison de graves manquements.

Sept membres de la communauté, dont le rabbin et figure spirituelle des lieux, ont été inculpés pour « violences aggravées » début février.

L’école accueillait une soixantaine d’élèves, de 13 à 18 ans, en majorité Israéliens mais aussi d’enfants de nationalités américaine, belge, roumaine ou irlandaise, « non-déclarés scolarisés », selon la justice.

Dans un témoignage recueilli par l’AFP, Avi Ran a relaté être arrivé d’Israël à 12 ans pour entrer dans cette école, en 2002. Il y a passé 12 années, victime d’un « lavage de cerveau » de la part d’une institution qui, pour lui, était « une secte à tous points de vue », avec des « coups physiques » administrés comme « châtiments ».

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