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France : une Juste parmi les Nations presque centenaire reçoit sa médaille

Pendant la guerre, Éliane Bonal et sa mère ont aidé, avec d'autres habitants du Cantal, à sauver le docteur Abram Kuczynski

Éliane Bonal, lors de la cérémonie de remise de la médaille des Justes parmi les Nations, à Mandailles Saint-Julien (Cantal), le 20 mai 2022. (Crédit : Comité français de Yad Vashem / Twitter)
Éliane Bonal, lors de la cérémonie de remise de la médaille des Justes parmi les Nations, à Mandailles Saint-Julien (Cantal), le 20 mai 2022. (Crédit : Comité français de Yad Vashem / Twitter)

Vendredi 20 mai, à Mandailles Saint-Julien (Cantal), le Comité français de Yad Vashem a remis en main propre la médaille des Justes parmi les Nations à Éliane Bonal, qui fêtera son centième anniversaire en juillet prochain. Lors de l’évènement, elle a également reçu les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Pendant la Shoah, elle et six autres habitants de Mandailles-Saint-Julien, décorés à titre posthume, ont aidé et caché le docteur Abram Kuczynski, arrivé dans la commune en 1943.

Les six autres Justes qui ont participé au sauvetage du docteur sont Marie Bonal, mère d’Éliane, Léontine et Louis Almaric, Marie et Jean Rongier et leur fille Léontine Tournier.

Delphine Camburg, représentante de l’État d’Israël, a remis la médaille à Mme Bonal, a rapporté le journal La Montagne.

Le préfet du Cantal, le maire de la commune, l’arrière-petit-fils de cette nouvelle Juste parmi les Nations, ainsi que la petite-fille du Dr. Kuczynski, ont également participé à l’émouvante cérémonie. De nos jours, 80 ans après la guerre, les médailles sont généralement remises à titre posthume.

Abram Kuczynski en 1944. (Crédit : Yad Vashem)

Abram Kuczynski, qui se destinait à des études de médecine inaccessibles aux Juifs en Pologne, est arrivé en France en octobre 1931, rapporte Yad Vashem. Après avoir obtenu son équivalence pour ses diplômes, il a étudié le français et est entré à l’université de médecine de Reims puis de Strasbourg. Il a obtenu son diplôme de Docteur en Médecine en 1939.

Dès l’occupation de Strasbourg par l’Allemagne, Abram Kuczynski est arrivé à la cité-sanitaire de Clairvivre, située à Salagnac en Dordogne.

Avec les lois anti-juives et l’application du statut des Juifs, Abram Kuczynski comme ses collègues juifs médecins ont été obligés de quitter leurs fonctions.

Abram Kuczynski a alors été incorporé comme travailleur étranger au sein de groupements de travailleurs dans des chantiers d’exploitation des forêts.

Fin 1942, il a été dénoncé et arrêté par un gendarme qu’il avait soigné, et a dès lors été transféré au camp de Nexon, puis au camp de Gurs. Il s’est caché pendant trois jours sous le sol d’un baraquement afin d’échapper à la déportation vers Drancy. Il est parvenu à s’échapper mais a été rattrapé et, après plusieurs évasions, il est arrivé à Mandailles-Saint-Julien, au camp Faraut, dans le Cantal, le 15 juillet 1943. Il a alors travaillé en tant que bûcheron avec 25 autres Juifs.

« L’attitude des habitants de cette vallée d’Auvergne, qu’ils soient de simples cultivateurs, ouvriers, commerçants, instituteurs ou bien des élus, était exemplaire du point de vue patriotique et humain », indique Yad Vashem.

Au bout d’un moment, le docteur a éprouvé un fort sentiment de proximité envers cette population. « J’ai laissé à Aurillac et dans la campagne d’Auvergne des vrais amis parmi les médecins et le reste de la population pour tous les services qu’ils m’ont rendus quelquefois en exposant leur propre sécurité », dira-t-il dans son témoignage.

En tant que médecin il a prodigué clandestinement, sans relâche et au risque de sa propre vie, des soins aux habitants et aux blessés du maquis de cette vallée de la Jordanne. La ville la plus proche, Aurillac, se trouve à environ 25 kilomètres et, faute d’essence, les médecins ne pouvaient se déplacer. Abram est donc devenu le seul à pouvoir exercer la médecine, allant même à bicyclette dans des lieux très reculés et difficiles d’accès. Lors d’une attaque des nazis les 17 et 18 juin 1944, il a été caché par les familles Bonal, Almaric et Rongier, à plusieurs endroits, alors que ses compagnons juifs étaient raflés.

Les Bonal, hôteliers, ont mis à sa disposition une chambre malgré les risques encourus de cacher un Juif polonais. S’il y avait danger, il pouvait s’échapper par la cave. Grâce à la mobilisation des habitants, il a pu changer de cache régulièrement.

Au 1er janvier 2021, 27 921 personnes de 51 pays ont reçu la distinction de « Juste parmi les nations » pour leur protection apportée à des Juifs pendant la Shoah. La Pologne, les Pays-Bas et la France sont les pays qui comptent le plus de médaillés.

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