Gantz fait avancer des permis de construire palestiniens dans la Zone C
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Gantz fait avancer des permis de construire palestiniens dans la Zone C

Cette initiative pourrait aider à tempérer les retombées de l'approbation de 800 logements israéliens dans les implantations de Cisjordanie, peu avant l'investiture de Biden

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une photo prise le 27 juin 2017 montre une vue d'ensemble du chantier de construction de la nouvelle ville palestinienne de Rawabi en Cisjordanie. (AFP Photo/Abbas Momani)
Une photo prise le 27 juin 2017 montre une vue d'ensemble du chantier de construction de la nouvelle ville palestinienne de Rawabi en Cisjordanie. (AFP Photo/Abbas Momani)

Le ministre de la Défense Benny Gantz (Kakhol lavan) a approuvé un certain nombre de phases préliminaires dans des projets palestiniens de construction en Cisjordanie, a fait savoir son bureau dans la journée de lundi – un effort visant à tempérer tout retour de bâton potentiel suite à son approbation d’environ 800 unités de logement en Cisjordanie, plus tôt dans la journée.

Ces permis légaliseront des centaines de structures palestiniennes situées dans la Zone C, une zone qui constitue environ 60 % de la Cisjordanie et qui est placée sous le contrôle sécuritaire et administratif d’Israël. L’Etat juif approuve rarement des constructions palestiniennes dans la Zone C et l’immense majorité des demandes est habituellement rejetée.

Lundi matin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé qu’un panel du ministère de la Défense approuverait les plans de construction de plus de 800 logements dans les implantations, quelques jours seulement avant l’investiture du président-élu américain Joe Biden – qui devrait se montrer plus dur à l’égard de l’expansion des implantations israéliennes que Donald Trump.

Le bureau de Gantz a annoncé avoir approuvé la soumission de plans concernant l’expansion du village d’al-Walaja, dans le sud de la Cisjordanie, ainsi qu’un projet d’hôtel dans le secteur de Bethléem. Il a ajouté avoir pris part à une audience consacrée à la soumission d’un permis de construire pour un hôtel à Beit Jala et à une autre, qui concernait l’approbation rétroactive de bâtiments agricoles dans le secteur d’al-Fara, dans le nord de la Cisjordanie.

Le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, s’exprime lors d’une conférence de presse, le 29 décembre 2020. (Capture d’écran)

Ces propositions devraient être débattues la semaine prochaine lors d’une rencontre des membres de la sous-commission de planification et des permis de l’Administration civile, une instance différente de celle qui sera chargée d’approuver les projets prévoyant l’expansion des implantations.

Alon Cohen-Lifshitz, chercheur appartenant au groupe de défense des droits de l’Homme de gauche Bimkom, explique au Times of Israel que les approbations discutées par Gantz restent outrageusement insuffisantes face aux réels besoins des Palestiniens.

« Ce n’est pas sérieux », commente-t-il. « La majorité des plans datent de 2012. Ils sont tous très modestes en ce qui concerne l’utilisation des terrains et ils ne permettent pas d’envisager davantage de développement ».

Lors d’une réunion qui aura lieu la semaine prochaine, la commission de planification de l’administration civile approuvera la construction de 500 unités de logement dans les implantations d’Itamar, Beit El, Shavei Shomron, Oranit et Givat Zeev, en Cisjordanie, a annoncé le bureau du Premier ministre.

De plus, la commission va faire avancer les projets de construction de 100 habitations à Tal Menashe et de plus de 200 maisons au sein de l’avant-poste de Nofei Nehemia.

Tal Menashe, dans le nord de la Cisjordanie, est l’implantation où vivait Esther Horgen qui a été tuée, le mois dernier, lors d’un attentat terroriste. Son mari a appelé à ce que l’implantation se développe davantage suite à son meurtre.

« Tandis que d’un côté, Netanyahu fait des gros titres sur l’expansion des implantations juives avec 800 unités de logement, de l’autre, il approuve des plans de construction illégaux de l’Autorité palestinienne qui couvrent des centaines de dounam », a critiqué dans une déclaration Meir Deutsch, qui dirige l’organisation d’extrême-droite Regavim.

Il est rare qu’Israël donne son approbation à des constructions palestiniennes dans la zone C.

Entre 2016 et 2018, seules 21 demandes de permis de construire déposées par des Palestiniens sur un total de 1 485 ont été approuvées par le ministère de la Défense dans la zone C, soit 0,81 %.

En 2019, le cabinet de sécurité avait approuvé – en principe – un nombre record de 700 permis de construire pour les Palestiniens, ce qui avait été considéré comme une tentative d’empêcher la Haute-cour de justice de bloquer les démolitions des constructions palestiniennes – elle estime souvent dans ses jugements qu’il est de toute façon impossible pour les Palestiniens de construire légalement sur des terrains – et aussi pour décourager les critiques internationales émises à l’encontre de Jérusalem concernant son incapacité à accorder des permis de construire aux Palestiniens.

Toutefois, l’été dernier, une enquête sur le sujet qui a été réalisée par le Times of Israel a établi qu’un nombre très modeste de ces permis de construire avaient été finalement émis.

Au mois de juin 2020, 26 unités de logement avaient été prises en compte par la commission chargée d’émettre les approbations au sein du ministère de la Défense. Six d’entre elles – elles se trouvent dans un seul bâtiment – avaient obtenu un permis de construire.

L’administration Biden devrait réadopter le positionnement historique de Washington, qui a traditionnellement été de dénoncer les constructions dans les implantations. Pendant une visite faite en 2010 par Joe Biden, qui était alors vice-président américain, le ministère de l’Intérieur avait annoncé la construction de 1 600 unités de logement dans le quartier de Ramat Shlomo, à Jérusalem. Cette déclaration avait entraîné la colère de Biden, Washington s’opposant aux constructions israéliennes à Jérusalem-Est que les Palestiniens revendiquent pour y établir la capitale de leur futur état.

La plus grande partie de la communauté internationale considèrent les constructions dans les implantations comme une violation du droit international. Au mois de novembre 2019, le département d’Etat américain avait conclu que « l’établissement d’implantations civiles israéliennes en Cisjordanie n’est pas, en soi, contraire à la loi internationale. » Le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo était devenu le premier haut-diplomate américain à visiter une implantation en Cisjordanie au mois de novembre.

Aaron Boxerman et Jacob Magid ont contribué à cet article.

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