Gantz se présente comme l’antidote de Netanyahu
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Analyse

Gantz se présente comme l’antidote de Netanyahu

Dans son premier discours politique, Gantz a dépeint le Premier ministre tel un monarque hautain, corrompu et clivant, et lui comme la solution. Les Israéliens seront-ils séduits ?

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L'ancien chef d'état-major israélien Benny Gantz prononce son premier discours électoral, à Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack GUEZ / AFP)
L'ancien chef d'état-major israélien Benny Gantz prononce son premier discours électoral, à Tel Aviv, le 29 janvier 2019. (Jack GUEZ / AFP)

Dans les 18 premières minutes du premier discours politique de Benny Gantz, mardi – les 18 minutes que la chaîne d’information Hadashot TV a diffusées en direct avant de l’interrompre pour réagir – il n’a nommé qu’une seule fois l’homme qu’il cherche à remplacer, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Et c’était ostensiblement pour le féliciter.

Saluant le premier Premier ministre du Likud, Menachem Begin, pour avoir fait la paix avec l’Égypte, et le Premier ministre travailliste assassiné, Yitzhak Rabin, pour avoir fait la paix avec la Jordanie, Gantz a alors félicité Netanyahu pour avoir conclu un accord avec les Palestiniens en vue de rétablir également la paix avec eux. Les trois dirigeants étaient des « patriotes israéliens », a déclaré M. Gantz, faisant taire rapidement certains murmures dans la foule de ceux qui n’étaient pas convaincus.

Mais ne vous y trompez pas. L’ancien chef d’état-major de Tsahal, nommé à ce poste par nul autre que Netanyahu il y a huit ans, était sans conteste venu pour enterrer le Premier ministre, et non pour le complimenter.

Et sa stratégie, exposée dans une allocution truffée d’engagements pour guérir les malheurs du pays, consistait à dépeindre Netanyahu comme rien de moins que l’ennemi intérieur d’Israël. (Le texte complet du discours de Gantz ici).

Sur les questions de sécurité et de diplomatie, Gantz a pris des positions relativement à droite – bien conscient que Netanyahu et le Likud cherchent à le présenter comme un homme faible et de gauche, une personne à qui on ne peut pas confier la sécurité globale d’Israël, quelqu’un qui pourrait donner les clés de la boutique aux voisins hostiles de ce pays. « Dans le Moyen Orient hostile et violent qui nous entoure, il n’y a pas de pitié pour les faibles », a-t-il dit, utilisant une terminologie directement tirée de celle utilisée par Netanyahu. « Seuls les forts survivent. »

Il a parlé durement de l’Iran (« Je contrecarrerai vos complots au Nord, au Sud et partout ailleurs au Moyen Orient ») et contre les chefs terroristes islamistes. Il s’est engagé à « renforcer les blocs d’implantations » et à ne jamais quitter le plateau du Golan, à conserver la vallée du Jourdain comme frontière de sécurité orientale d’Israël et à « maintenir la sécurité sur toute la terre d’Israël » – une position difficile à décrire comme étant à gauche de celle de Netanyahu, dans la mesure où elle semble exclure un État palestinien totalement indépendant. Dans un langage tout aussi à droite, il a juré que Jérusalem unifiée « restera pour toujours la capitale du peuple juif et la capitale de l’Etat d’Israël ».

Mais l’essentiel de son discours était centré sur ses promesses de s’attaquer aux défis internes d’Israël – ses inégalités, les menaces qui pèsent sur sa démocratie et, surtout, ses divisions. « Le peuple est fort. Le pays est merveilleux », a-t-il dit au tout début. « Mais un vent mauvais souffle dans le pays. » Et sa source, il l’a dit clairement, était Netanyahu.

Y a-t-il assez d’Israéliens qui en ont assez de Netanyahu – qui respectent le Premier ministre pour avoir protégé Israël de l’extérieur, mais pour qui la critique de Gantz sur les divisions internes aura un impact ? Y a-t-il assez d’Israéliens, dans notre société profondément polarisée, qui trouveront crédible et, même si c’est le cas, attirant, l’engagement de Gantz à favoriser l’unité ? Ou sommes-nous tous beaucoup trop fatigués du monde pour parler ainsi ?

Israël est divisé entre la gauche et la droite, entre les religieux et les laïcs, entre les juifs et les non-juifs – et c’est le gouvernement qui encourage et exacerbe ces ruptures, a-t-il affirmé. « La politique est laide, et l’arène publique est empoisonnée ».

« Le régime actuel », a-t-il accusé, « encourage l’incitation, la subversion et la haine. Les valeurs fondamentales de l’État d’Israël ont été converties en maniérismes d’une maison royale française », a-t-il poursuivi dans un passage particulièrement amer et coloré. « Au lieu de servir le peuple, le gouvernement le domine et trouve le peuple ennuyeux ».

En évoquant Louis XIV, il a rappelé qu’il était un temps où un roi déclarait « je suis l’Etat ». Non, a dit Gantz, « pas ici. Aucun dirigeant israélien n’est un roi. L’État n’est pas moi. L’État, c’est vous… L’État, c’est nous tous ». Il a donc résumé, avec l’arrogance d’un ancien chef d’état-major, « Je remercie le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour son action pendant dix ans. Nous reprendrons à partir d’ici ».

Là où Netanyahu a encouragé la haine, Gantz a juré qu’il cultiverait une « société unifiée, unie et cohésive ». Contrairement à Netanyahu, qui a pris pour cible les médias, l’opposition, la police et le ministère public dans sa lutte contre les allégations de corruption, le Premier ministre Gantz a déclaré qu’il n’y aurait aucune incitation contre les institutions judiciaires, culturelles et médiatiques, et aucune attaque contre le chef de la police et le procureur général. Bref, « nous n’inciterons pas à la haine contre la moitié de la population à droite ou à gauche ».

Gantz avait l’air d’un homme honnête, décent et responsable, livrant un discours très soigneusement calibré qui était trop long sur les promesses, et qui était très efficace lorsqu’il se présentait comme un antidote unificateur contre le toxique et clivant Netanyahu

Il s’en est pris à la conduite personnelle de Netanyahu, jurant « tolérance zéro pour toute forme de corruption » et déclarant que l’idée qu’un Premier ministre continue à servir alors qu’il est mis en accusation serait « ridicule ». Lui-même, a dit succinctement Gantz, « gardait toujours mes mains propres ».

Au fur et à mesure que le discours se poursuivait, M. Gantz a exposé un éventail franchement impossible de problèmes qu’il allait résoudre, des tensions qu’il allait apaiser. A peu près tout ce que les Israéliens trouvent aujourd’hui de sombre serait nettement plus rose demain, a-t-il indiqué.

Il réparerait les services de santé et solutionnerait la crise du logement, s’adresserait aux ultra-orthodoxes, aux Arabes et aux Druzes, rétablirait les relations avec la diaspora, réduirait le coût de la vie, améliorerait l’éducation, accorderait tous les droits à la communauté gay, réglerait les différends sur le respect du Shabbat, veillerait à ce que le fardeau du service national soit partagé équitablement, briserait les plafonds de verre qui empêchent les femmes de jouir de la pleine égalité… Et ainsi de suite – une liste de réhabilitation qui mettrait à l’épreuve les capacités du Messie lui-même.

Peu d’Israéliens auraient été persuadés que n’importe quel simple mortel pourrait réaliser ce qu’il a appelé cette « grande voie de la restauration ». En effet, il se peut que Gantz aurait eu de la chance qu’à ce stade, son discours ne soit plus diffusé en direct.

L’ancien chef d’état-major israélien Benny Gantz (à droite) et son allié électoral, l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, ouvrent leur campagne électorale à Tel Aviv le 29 janvier 2019. (Jack GUEZ / AFP)

Tout le lancement de la campagne de Gantz – y compris la présentation de son nouveau colistier : un autre ancien chef d’état-major, Moshe Yaalon – s’est terminé en moins d’une heure. Son espoir immédiat est que sa performance stimulera son parti Hossen LeYisrael dans les sondages, et affaiblira ainsi cet autre parti centriste, Yesh Atid. Gantz aimerait forger une alliance avec Yair Lapid de Yesh Atid, mais aucun des deux hommes ne souhaite être le second de l’autre.

Mais qu’en est-il de son but ultime, de renverser Netanyahu le 9 avril ? D’abord un peu raide au micro, Gantz s’est un peu détendu au fur et à mesure qu’il avançait, mais il n’est manifestement pas un orateur de la trempe de Netanyahu. Il n’a pas non plus l’anti-charisme bourru d’un Rabin, ni la passion d’un Begin. Il s’est plutôt présenté comme un homme honnête, décent et responsable, qui a prononcé un discours très soigneusement calibré, trop long sur les promesses, et qui s’est montré très efficace lorsqu’il s’est présenté comme un antidote unificateur contre le toxique et clivant Netanyahu.

Y a-t-il assez d’Israéliens qui en ont assez de Netanyahu – qui respectent le Premier ministre pour avoir protégé Israël de l’extérieur, mais pour qui la critique de Gantz sur les divisions internes aura un impact ? Y a-t-il assez d’Israéliens, dans notre société profondément fragmentée, qui trouveront crédible et, même si c’est le cas, attirant, l’engagement de Gantz à favoriser l’unité ? Ou bien sommes-nous tous beaucoup trop fatigués du monde pour parler ainsi ?

Le chef d’état-major Benny Gantz (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie de la Marine, le 11 septembre 2013 (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)

Nous sommes sur le point de le découvrir. Et de découvrir si ce grand et droit soldat de carrière, peu habitué à voir son autorité remise en cause, peut acquérir rapidement les compétences politiques et, oui, la ruse politique nécessaire pour prendre le contrôle du roi Bibi. Peut-être n’y avait-il qu’un aperçu de cela dans sa référence au patriote israélien Netanyahu, qui, selon Gantz, a lutté pour la paix en signant « l’accord d’évacuation de Hébron et l’accord Wye avec l’assassin Yasser Arafat ». Félicitant le Premier ministre et l’enterrant en même temps.

Dans l’ensemble, cependant, le discours de Gantz a été calculé, mais pas cynique. C’était un appel au bien dans l’âme des Israéliens, à l’espérance dans leur cœur. « Je rejette carrément l’amertume, l’apathie et le désespoir », a-t-il déclaré à un moment donné. Et, tout à la fin : « Je crois aux gens et à l’esprit humain. Je crois en la combinaison unique israélienne de tradition et de modernité, de judaïsme et de démocratie. Mais par-dessus tout, je crois – comme vous – en l’espoir. Ensemble, je ferai d’Israël un pays fort et uni d’espoir ».

La ministre de la Culture Miri Regev, une fidèle de Netanyahu qui fut parmi les premières à critiquer le discours de Gantz, a rejeté des passages comme celui-ci comme « une compilation de slogans ».

Est-ce ainsi que la plupart des Israéliens le verront ? Ou pourraient-ils y voir une source d’inspiration ?

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