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Ghislaine Maxwell condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineures

L'ultra-mondaine de 60 ans, qui va probablement finir sa vie en prison à New York, a rejeté la responsabilité principale sur son ancien compagnon et complice Jeffrey Epstein

Ghislaine Maxwell, fondatrice du projet TerraMar, assiste à une conférence de presse sur la question des océans dans les objectifs de développement durable, au siège des Nations unies, le 25 juin 2013. (Crédit 
: United Nations Photo/Rick Bajornas via AP, File)
Ghislaine Maxwell, fondatrice du projet TerraMar, assiste à une conférence de presse sur la question des océans dans les objectifs de développement durable, au siège des Nations unies, le 25 juin 2013. (Crédit : United Nations Photo/Rick Bajornas via AP, File)

Elle va probablement finir sa vie en prison à New York : âgée de 60 ans, l’ex-mondaine britannique Ghislaine Maxwell, reconnue coupable fin 2021 de trafic sexuel de mineures pour le compte du financier américain décédé Jeffrey Epstein, a été condamnée mardi à 20 ans d’emprisonnement.

Lorsque la juge du tribunal fédéral de Manhattan Alison Nathan a prononcé cette sentence pour les crimes sexuels « odieux d’une prédatrice », Ghislaine Maxwell, cheveux mi-longs, masquée et vêtue d’un pantalon noir et d’une chemise grise, est restée quasiment impassible.

Mais juste avant d’être fixée sur son sort, la sexagénaire, incarcérée à New York depuis déjà deux ans, avait pour la première fois exprimé sa « sympathie pour toutes les victimes » et s’était dite « désolée pour la souffrance ressentie » pour des crimes sexuels commis entre 1994 et 2004 contre des adolescentes de 14 à 17 ans.

Ghislaine Maxwell a toutefois rejeté la responsabilité principale sur son ancien compagnon et complice Jeffrey Epstein, lequel s’est suicidé en prison à New York en août 2019, « un manipulateur (…) qui a trompé tous ceux qui étaient dans son orbite ».

Audrey Strauss, procureur américain par intérim du district sud de New York, montre une photo de Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell lors d’une conférence de presse à New York, le 2 juillet 2020. (Crédit : AP Photo/John Minchillo, File)

« Crimes odieux sur des enfants » 

La juge Nathan lui a répondu qu’elle n’était « pas punie à la place d’Epstein » et le procureur fédéral Damian Williams a fustigé ses « crimes odieux sur des enfants » en se félicitant que « personne ne soit au-dessus des lois » aux Etats-Unis.

La lourde peine a été accueillie avec soulagement par les victimes.

Annie Farmer, une quadragénaire qui avait raconté dans la douleur lors du procès fin 2021 comment elle était tombée adolescente dans les griffes du couple Maxwell-Epstein, s’est déclarée satisfaite qu' »il ne soit jamais trop tard pour la vérité et la responsabilité ».

Une autre, Sarah Ransome, a lancé devant la presse: « Oui, Ghislaine doit mourir en prison ».

« J’ai passé les 17 dernières années dans ma propre prison pour ce qu’elle, Jeffrey (Epstein) et tous les complices m’ont fait. J’ai été violée à plusieurs reprises. Parfois, j’étais violée trois fois par jour (…). Il y avait un afflux constant de filles qui étaient violées maintes et maintes fois », a affirmé cette victime reconnue mais qui n’était pas partie civile au procès de Mme Maxwell.

Des militants protestent contre l’associée de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, se tiennent devant la Cour fédérale, le 23 avril 2021, à New York. (Crédit : AP Photo/Kevin Hagen)

55 années encourues

Après son procès à New York en novembre et décembre derniers qui l’avait jugée coupable de trafic sexuel de mineures pour Jeffrey Epstein, la sexagénaire encourait jusqu’à 55 années de réclusion criminelle.

Ses avocats, qui ont annoncé qu’ils interjetteraient appel de la sentence, avaient déjà demandé mi-juin une peine de moins de 20 ans de prison et dénoncé la mise à l’isolement de leur cliente dans sa prison new-yorkaise, l’administration pénitentiaire invoquant un risque de « suicide ».

Les avocats avaient aussi invoqué, en vain, la responsabilité et l’influence néfaste du magnat britannique de la presse Robert Maxwell – un père « autoritaire » mort en 1991 en tombant mystérieusement de son yacht – et de Jeffrey Epstein.

Photo non-datée du magnat britannique de la presse Robert Maxwell. (Crédit : AP Photo)

Son procès l’avait dépeinte en « prédatrice sophistiquée » qui agissait en « adulte » pour attirer, séduire des jeunes filles et les livrer à Epstein dans ses résidences de Floride, de Manhattan, du Nouveau-Mexique et des Îles Vierges.

« Jane », « Kate », « Carolyn » et Annie Farmer avaient dévoilé leurs vies abîmées par des relations sexuelles forcées avec Epstein – d’abord des massages sexuels – alors qu’elles étaient mineures, souvent en présence de Maxwell.

« L’erreur de sa vie » 

Née et élevée dans un milieu hyper privilégié au Royaume-Uni, Ghislaine Maxwell a encore assuré ce mois-ci via ses avocats avoir « eu une enfance difficile, traumatisante » et avoir fait « la plus grave erreur de sa vie » en rencontrant Epstein.

Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein étaient en couple au début des années 1990 avant de devenir collaborateurs professionnels et complices pour leurs crimes sexuels durant près de 30 ans.

Dans ce croquis de salle d’audience, Ghislaine Maxwell, à gauche, est assise à la table de la défense avec l’avocat de la défense Jeffrey Pagliuca tout en écoutant le témoignage dans son procès pour abus sexuel, le 16 décembre 2021, à New York. (Crédit : Elizabeth Williams via AP)

Le financier, aux puissants réseaux économiques et politiques aux Etats-Unis et à l’étranger, était lui-même accusé d’avoir agressé sexuellement et violé des jeunes filles mais son suicide a éteint l’action publique à son encontre.

Dans un volet distinct de ce dossier aux ramifications internationales, le prince britannique Andrew, ami de la paire Maxwell-Epstein, a scellé le 15 février un accord à l’amiable – pour 13 millions de dollars selon le Daily Telegraph – avec l’Américaine Virginia Giuffre, elle-même victime présumée du couple, qui l’accusait de l’avoir agressée sexuellement en 2001 quand elle était mineure.

La famille royale britannique s’est ainsi évité un procès au civil à New York aussi retentissant qu’embarrassant.

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