Gideon Saar refuse un état palestinien, veut améliorer les implantations
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Interview"il y a au mieux un slogan à deux états"

Gideon Saar refuse un état palestinien, veut améliorer les implantations

L’ancien ministre Likud, futur candidat au poste de Premier ministre déclaré, tout en étant respectueux de l'actuel, prédit qu’Israël annexera des zones de Cisjordanie d’ici 10 ans

Gideon Saar prend la parole lors d'une conférence du Likud à Lod, le 31 décembre 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)
Gideon Saar prend la parole lors d'une conférence du Likud à Lod, le 31 décembre 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)

Il n’y a actuellement aucune nécessité à établir de nouvelles communautés juives en Cisjordanie, a indiqué l’ancien ministre et candidat au poste de Premier ministre auto-déclaré Gideon Saar. En même temps, Saar soutient l’annexion du territoire là où sont installées les implantations existantes et prédit qu’Israël imposera en effet sa souveraineté dans ces zones dans moins d’une décennie.

« Je pense que les implantations doivent se développer. Nous devons renforcer les communautés existantes et répondre à leurs besoins naturels. Je ne pense pas qu’aujourd’hui, il y ait besoin d’établir de nouvelles implantations », a déclaré le Times of Israel lors d’une récente interview accordée dans le hall de l’hôtel King David à Jérusalem.

Dans ce contexte, l’ancien ministre a salué l’accord informel que Jérusalem a passé avec l’administration américaine l’année dernière et qui autorise l’Etat juif à construire un nombre illimité d’unités de logements dans les communautés existantes de Cisjordanie, mais qui réduit l’expansion des implantations au-delà de leurs « empreintes » actuelles municipales.

« Je ne soutiens pas le gel du développement des implantations israéliennes », a dit Saar, qui réside lui-même dans le nord de Tel Aviv. « Ce sont des communautés qui doivent pouvoir vivre une vie normale ».

Qu’il ne voit actuellement aucune nécessité de créer de nouvelles implantations en Cisjordanie ne signifie pas qu’il soit idéologiquement opposé à l’idée, souligne-t-il.

« Mais je pense qu’il y a des implantations existantes qui ont certains besoins de développement », a-t-il ajouté. « Il y a de nombreuses choses qui ont été maintenues au cours des années. Il est plus important et plus approprié de s’inquiéter des besoins des implantations existantes, qui sont multiples ».

Gideon Saar avec son épouse Geula Even et leur fils à Tel Aviv, vingt quatre heures après l’annonce de son retrait de la politique, le 18 septembre 2014. (Crédit : Flash90)

Jusqu’à ce qu’il quitte la politique en 2014 pour passer plus de temps avec sa famille, Saar était une étoile montante au sein du parti du Likud, les analystes le considérant comme un candidat éminent au poste de Premier ministre après le départ de Netanyahu. Il a continué à jouir d’une grande popularité auprès des militants du Likud, même durant une période passée à l’écart de la politique (Saar a annoncé son retour dans l’arène au mois d’avril dernier).

Netanyahu fait un bon travail. Le pays aujourd’hui est dans un bien meilleur état qu’il y a neuf ans.

Au vu de la relation tendue qu’il entretenait avec Benjamin Netanyahu, certains s’attendaient à ce que Saar défie le Premier ministre à la tête du Likud. Mais Saar n’a rien fait de tel et il continue à soutenir Netanyahu, et ce, même après les recommandations policières prônant son inculpation pour deux chefs d’accusation de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance.

« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait un bon travail. Le pays aujourd’hui est dans un bien meilleur état qu’il y a neuf ans », a-t-il dit dimanche lors d’un événement organisé par la Fédération sioniste de Londres, au Royaume-Uni.

S’adressant au Times of Israel, Saar ne dissimule pas ses divergences passées avec Netanyahu, disant qu’il n’a jamais hésité à dire ce qu’il pense. Il refuse toutefois de s’exprimer lorsqu’on lui demande si le Premier ministre peut continuer à servir s’il se trouvait inculpé pour des accusations de corruption.

Saar explique qu’il ne s’exprimera à ce sujet que si – et quand – le Procureur général Avichai Mandelblit décide d’inculper Netanyahu.

En tant que ministre de l’Intérieur, Saar avait adopté une loi forçant les maires à démissionner dès le moment de leur inculpation. Mais le même principe – que les leaders élus soupçonnés de crimes ne restent pas à leurs fonctions – ne s’applique pas nécessairement aux Premiers ministres, a-t-il affirmé.

Le ministre de l’Éducation Gideon Saar et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en décembre 2012. (Miriam Alster/ Flash90)

« Ce n’est pas la même chose », a-t-il dit. La loi actuelle, qui dit qu’un Premier ministre ne doit abandonner son poste qu’après qu’il ou elle a été condamné pour un crime, « a été créée pour stabiliser le pays », selon Saar.

Même s’il défend Netanyahu, Saar est inflexible sur le fait qu’il a l’intention de se présenter à la tête non seulement du Likud mais aussi du pays.

« Netanyahu a besoin d’être soutenu et je suis patient », explique-t-il. « Quand ce sera le moment, je présenterai ma candidature et le public décidera ».

Citant ses postes précédents de secrétaire, de ministre et de membre du cabinet sécuritaire, Saar affirme être celui qui « a le plus d’expérience » parmi tous les candidats à la tête du Likud. Tandis qu’il n’a jamais détenu l’un des trois plus importants portefeuilles ministériels – Affaires étrangères, Défense ou Finances – il n’y a aucun candidats potentiels pour eux, note-t-il.

Ce que Saar a certainement en commun avec la majorité des membres du Likud est son rejet d’un état palestinien.

« Il n’y a pas de solution à deux états, il y a au mieux un slogan à deux états », a-t-il dit dimanche à Londres. « Ce n’est pas pour rien que 25 années de négociations sur la base de cette idée ne nous ont pas rapprochés de la paix, de la sécurité ou de la stabilité. L’établissement d’un état palestinien, à quelques kilomètres de l’aéroport Ben Gurion et des centres de population majeurs en Israël, créerait un danger sécuritaire et démographique pour Israël ».

Il appelle plutôt Israël à annexer certaines parties de la Cisjordanie et à accorder aux Palestiniens qui vivent dans d’autres parties du territoire une autonomie qui leur permettra de se gouverner, même sans jouir d’une totale souveraineté.

« Je suis convaincu que dans 10 ans, au mieux, la loi israélienne sera appliquée aux implantations israéliennes », a dit Saar, 51 ans. « Peut-être bien plus tôt que cela. Parce que la situation actuelle ne peut continuer ainsi pendant longtemps ».

Il y a de nombreux citoyens israéliens qui vivent hors des lignes de 1967, ce qui signifie que la loi israélienne ne s’applique pas à eux, a-t-il déploré, ajoutant que durant la période où il a été ministre de l’Intérieur (entre 2013 et 2014), il a pu être témoin de nombreux problèmes émanant du fait que la Knesset n’est pas souveraine en Cisjordanie (les implantations sont gouvernées par des ordonnances émises par les militaires).

Illustration : Un nouveau quartier dans l’implantation juive d’Efrat en Cisjordanie, le 26 janvier 2017. (Gershon Elinson/Flash90)

Le statu-quo, avec des « entités » palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie, qui représentent moins qu’un état dans son sens habituel, est préférable à la création d’un état palestinien « qui sera manifestement dysfonctionnel et qui ne sera pas économiquement viable », a-t-il estimé.

Présumons qu’il y a un état palestinien en Cisjordanie. Qui peut nous garantir que ce territoire ne sera pas inondé par les Palestiniens ?

En fait, dit-il, permettre aux Palestiniens de contrôler leurs frontières mettrait en péril la sécurité en Israël et poserait également une menace démographique grave à l’Etat juif.

Saar rejette l’argument contraire – souvent avancé par les partisans d’une solution à deux états – qu’un échec à établir un état palestinien menacerait la majorité démographique juive au cœur d’Israël. Israël ne gouverne pas les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie et ne peut donc être forcé à leur octroyer la citoyenneté israélienne, dit-il, contrant la crainte que, privés de leur propre état, les Palestiniens ne réclament des droits égaux en Israël.

« Mais présumons qu’il y ait un état palestinien en Cisjordanie. Qui peut nous garantir que ce territoire ne sera pas envahi par les Palestiniens ? Après tout, [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] dit qu’il veut faire venir des masses de réfugiés », explique-t-il.

« L’équilibre démographique entre les Juifs et les Arabes dans l’espace entre la méditerranée et le fleuve du jourdain s’établirait vite à notre détriment ».

L’ancien ministre du Likud Gideon Saar durant une conférence de presse, lors due laquelle il annonce son retour en politique, à Akko, le 3 avril 2017. (Crédit : Meir Vaaknin/Flash90)

En alternative à un état palestinien, Saar propose que le territoire de l’AP soit « de manière ou d’une autre relié au royaume de Jordanie, comme une fédération ou une confédération ».

Les Palestiniens et les Jordaniens rejettent avec véhémence une telle solution mais le conflit arabo-israélien est patient et il n’y a aucune nécessité de se précipiter, a dit Saar, ajoutant que pendant ce temps, le statu-quo est totalement acceptable.

Deux entités palestiniennes qui gouvernent leur propre population et Israël contrôlant le territoire qu’il considère comme crucial pour sa sécurité « n’est pas une mauvaise chose pour Israël », a-t-il dit.

« C’est en fait beaucoup mieux que les autres alternatives que je connais et qui sont sur la table ».

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