Gisèle Halimi, ses combats, ses engagements et les grands procès de sa carrière
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Gisèle Halimi, ses combats, ses engagements et les grands procès de sa carrière

Dans un long entretien au "Monde", Gisèle Halimi, avocate franco-tunisienne, revient sur un large pan de la cause des femmes au 20e siècle

Gisèle Halimi, en couverture de son livre "Ne vous résignez jamais".
Gisèle Halimi, en couverture de son livre "Ne vous résignez jamais".

Dans un long entretien au Monde, réalisé par la journaliste Annick Cojean, l’avocate « la plus célèbre de France », Gisèle Halimi, Franco-Tunisienne, aujourd’hui âgée de 92 ans, revient « sur ses combats, dès l’enfance, pour sa dignité et sa liberté de femme, sur ses engagements féministes et sur les grands procès de sa carrière ».

Elle rappelle ainsi comment, dès son plus jeune âge, elle a remis en cause ses obligations de fille au sein de sa famille traditionaliste tunisienne – à ses 10 ans, elle entamait une grève de la faim pour ne plus avoir à faire le lit de son frère ! « Aujourd’hui j’ai gagné mon premier petit bout de liberté », écrira-t-elle alors dans son journal intime.

Le début de sa carrière est longuement raconté : après son succès à un tournoi d’éloquence ouvert aux jeunes stagiaires, elle est embauchée par l’un des meilleurs avocats de Tunisie. Elle devient rapidement l’avocate des luttes d’indépendance. « D’abord celle de mon pays d’origine, la Tunisie, que je soutenais spontanément, explique-t-elle. Puis celle de l’Algérie. Je commence commise d’office devant les tribunaux militaires. Il est possible de refuser, mais j’accepte, ravie. »

Elle raconte comment elle a obtenu la grâce de plusieurs de ses clients condamnés à la peine de mort auprès de René Coty, président français, mais aussi auprès du général de Gaulle.

Elle revient sur la guerre d’Algérie ou encore sur le procès de Bobigny, en 1972, où elle défendait une jeune femme violée accusée d’avoir avorté – ouvrant la voie à la loi autorisant l’avortement en 1975.

Gisèle Halimi raconte aussi ses rencontres avec Simone de Beauvoir, avec laquelle elle a formé le mouvement Choisir, Jean-Paul Sartre ou encore Simone Veil… Son témoignage, à compléter avec la lecture de ses livres, narre ainsi un large pan de la cause des femmes au 20e siècle et donne un résumé de quelques faits dans l’histoire judiciaire française de la même période.

Un fait néanmoins non abordé dans l’entretien et pourtant important durant sa vie : son soutien à la cause palestinienne. En 2014, lors de la guerre à Gaza, elle publiait un cours texte dans le journal L’Humanité dans lequel elle condamnait sans réserve l’action israélienne dans le conflit. « Un peuple aux mains nues – le peuple palestinien – est en train de se faire massacrer. Une armée le tient en otage. Pourquoi ? Quelle cause défend ce peuple et que lui oppose-t-on ? J’affirme que cette cause est juste et sera reconnue comme telle dans l’histoire », écrivait-elle.

Elle dénonçait ensuite un « silence complice, en France, pays des droits de l’homme et dans tout un Occident américanisé » et disait ne pas vouloir se « taire » ni se « résigner ». « Je veux crier fort pour ces voix qui se sont tues et celles que l’on ne veut pas entendre. L’histoire jugera mais n’effacera pas le saccage. Saccage des vies, saccage d’un peuple, saccage des innocents. Le monde n’a-t-il pas espéré que la Shoah marquerait la fin définitive de la barbarie ? », concluait-elle.

En signe de soutien à la cause palestinienne, elle a également été membre du collectif d’avocats de Marwan Barghouti, haut cadre du Fatah, arrêté en 2002 par Israël qui l’a condamné à cinq peines de prison à perpétuité pour meurtres pour son rôle dans différents attentats anti-israéliens au cours de la seconde Intifada. S’il est décrit par ses partisans comme le « Mandela palestinien », il est considéré comme terroriste par Israël.

« Marwan Barghouti appartient à ces combattants de la liberté qui ont rendu l’espérance à leur peuple, comme Jean Moulin pendant l’Occupation, avait affirmé Gisèle Halimi en 2014. Tous ceux qui sont impliqués dans ce difficile conflit savent qu’il est le seul interlocuteur valable pour une solution politique car le seul susceptible d’unir les Palestiniens. »

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