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Grève surprise des enseignants pendant toute la journée de mercredi

1,5 million d'enfants vont rester chez eux ; certaines villes ont pris des mesures pour pouvoir les accueillir ; l'association nationale des parents critique le syndicat en grève

Vue d'une école vide à Tel Aviv, le 19 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Vue d'une école vide à Tel Aviv, le 19 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le syndicat israélien des enseignants a annoncé une grève pour toute la journée de mercredi, entraînant la fermeture des écoles maternelles et élémentaires et créant un casse-tête pour les parents sommés de trouver une solution de garde in extremis pour les 1,5 million d’enfants cloués chez eux.

Cette grève d’une journée survient alors que les établissements scolaires ont, pendant plusieurs jours, systématiquement ouvert leurs portes avec deux heures de retard dans le cadre d’un débrayage dont l’objectif était d’exercer des pressions sur le ministère des Finances, actuellement en pourparlers avec le syndicat des enseignants sur la question des salaires et des conditions de travail de ces derniers.

Même si de nombreux parents déclarent soutenir la revendication d’un meilleur salaire pour les professeurs, certains ont le sentiment d’être personnellement sanctionnés, déplorant l’impact de la grève sur leurs enfants et sur l’organisation familiale.

Les établissements recevant des élèves à besoins particuliers ont ouvert mercredi comme à l’ordinaire. Le mouvement social ne concerne ni les collèges, ni les lycées, qui sont en vacances depuis lundi.

Le chef de l’Association nationale des parents d’élèves, Merom Shiff, a critiqué le syndicat des enseignants pour une grève qui, a-t-il dit, a été organisée alors même que le ministère des Finances a affirmé avoir l’intention de continuer les discussions malgré la dissolution prévue de la Knesset.

Shiff a expliqué à la chaîne publique Kan qu’il « n’y a presque pas d’écart entre le Trésor et la Histadrout [la Fédération du travail]. Si le ministre des Finances dit qu’il va mener des négociations intensives malgré la situation politique actuelle, alors comment peut-on justifier la grève d’aujourd’hui avec des pourparlers qui vont commencer dimanche ? »

Vue d’une école vide à Tel Aviv suite à une grève du syndicat des enseignants, le 19 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Dans un contexte de crise de la coalition, le gouvernement devrait lancer mercredi la procédure de dissolution de la Knesset, ce qui entraînera de nouvelles élections générales qui devraient avoir lieu vers la fin de l’année.

Les programmes de l’après-midi – ils commencent à 13 heures 30 ou 14 et se terminent à 16 heures 30 – seront assurés comme à l’ordinaire.

Certaines autorités locales ont décidé d’élargir ces programmes de manière à ce que les enfants d’ores et déjà inscrits puissent être pris en charge toute la journée, ou elles ont choisi d’envoyer des assistants d’éducation qui s’occuperont des plus jeunes dans les crèches. Ces assistants ne relèvent pas de la responsabilité du syndicat et ils sont employés non pas par le ministère de l’Éducation, mais par la municipalité.

Mais de nombreux parents n’ont pas trouvé de solution de garde pour leurs enfants en cette journée de travail.

« Je travaille et je ne sais pas quoi faire », a dit Avi Sarusi, responsable de l’Association des parents d’élèves de la ville de Lod et membre de l’Association nationale des parents d’élèves, au site d’information Ynet. « Nous n’avons pas de grand-mère pour s’occuper d’eux. Si les choses continuent comme ça, il faudra adopter une grand-mère temporaire qui acceptera de rester avec nos enfants ».

Sarusi a précisé soutenir les revendications des enseignants mais il a ajouté que « en fin de compte, c’est nous qui sommes punis ».

« Il y a une limite à ce qui est acceptable », a-t-il poursuivi. « Nous avons rencontré le ministre des Finances, nous nous battons pour les droits des enseignants, des crèches, des assistants – et voilà que les professeurs s’en prennent très précisément à ceux qui les ont défendus ».

Des élèves arrivent à Modiin, dans le centre d’Israël, le 30 janvier 2022. (Crédit : Flash90)

Une mère immigrante de deux jeunes enfants a expliqué, pour sa part, ne pas avoir de famille proche susceptible de s’occuper d’eux.

« Je dois rester avec eux, je n’ai pas le choix », a confié au site d’information Walla Talya Yaakov, dont les enfants ont 6 et 3 ans. « J’ai l’impression d’étouffer ».

« Je n’arrive pas à croire qu’il faille traverser encore ça après deux années de coronavirus, de quarantaines et de confinements », a continué Yaakov, qui s’est installée en Israël il y a 11 ans après avoir quitté les États-Unis. « C’est n’importe quoi et c’est une punition pour les enfants ».

Rachel, mère de cinq enfants qui réside à Bnei Brak, a déclaré au site Ynet que la grève était inefficace et qu’elle ne fait que retourner les parents contre les professeurs.

« Les enseignants doivent procéder autrement dans leur lutte parce que les parents, du coup, en arrivent à haïr les enseignants et que ce n’est pas ça, l’objectif », déplore-t-elle. « Les choses doivent se faire par le dialogue, par le biais d’une loi, pas en sanctionnant les enfants et leurs parents ».

La fin de l’année scolaire est prévue la semaine prochaine.

Au cœur du conflit se trouve une réforme prévue du ministère des Finances visant à réduire la puissance du syndicat des enseignants, une réforme qui permettra notamment aux principaux des établissements de congédier des personnels sans intervention du syndicat et de régler les problèmes d’écart salarial entre professeurs débutants et vétérans en effectuant une rémunération sur la base des compétences et non pas de l’expérience.

« Nous continuerons les actions jusqu’à ce que le ministère des Finances pose une offre concrète sur la table », a écrit Yaffa Ben David, la cheffe du syndicat des enseignants, dans une lettre envoyée aux professeurs du pays, mardi. « Nous continuerons à nous battre pour nos droits et pour une hausse de tous vos salaires ».

Yaffa Ben-David, à gauche, lors d’une conférence à Jérusalem, le 11 février 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/ Flash90/ File); Le ministre des Finances Avigdor Liberman pendant une conférence de presse à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministère des Finances a fait savoir dans un communiqué, en réponse à l’annonce de la grève, que « la conduite du syndicat des enseignants qui porte préjudice aux parents et aux élèves en ce moment n’est pas claire. »

Le ministère a déclaré qu’il « continuera à mettre l’accent sur un accord visant à améliorer les salaires des professeurs, ce qui soulagera les parents et l’économie en coordonnant également les vacances des élèves et de leurs parents et en faisant la promotion de l’excellence ».

Peu après l’annonce de mardi, le ministre des Finances, Avigdor Liberman, a rencontré les responsables de l’Association nationale des parents d’élèves. Il a répété soutenir l’organisation des vacances dans les écoles pour les faire correspondre aux jours de congé des parents qui travaillent dans d’autres domaines, ce qui permettrait d’alléger la pression exercée sur ces derniers.

« Sans faire correspondre les calendriers des vacances et sans récompenser l’excellence, un accord n’a pas lieu d’être », aurait dit Liberman, selon le site d’information Ynet.

L’Association des parents d’élèves a indiqué soutenir une paie plus élevée pour les enseignants mais elle a critiqué le syndicat pour « l’organisation de grèves sauvages au beau milieu des négociations ». Elle a vivement recommandé au ministère des Finances de demander une injonction à la justice condamnant la grève.

Un reportage de la Douzième chaîne, qui n’a pas cité ses sources, a indiqué que les deux parties ont trouvé un accord mais que le ministère des Finances en retardait la ratification en expliquant vouloir mettre en place un arrangement plus large avec la fédération nationale du travail de la Histadrout.

La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, a pour sa part indiqué au micro de la radio militaire que les responsables de son ministère étaient prêts à fixer une date pour la signature de l’accord, à la fin du mois d’août, mais que le Trésor faisait traîner les choses « comme il a l’habitude de le faire », expliquant qu’il « attendra la dernière minute ».

Le syndicat réclame une rémunération pour les jeunes enseignants de 10 000 shekels ainsi qu’une augmentation substantielle des professeurs expérimentés.

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