Grossi : Le retour des USA dans l’accord nucléaire nécessitera des aménagements
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Grossi : Le retour des USA dans l’accord nucléaire nécessitera des aménagements

Le chef de l'agence onusienne a déclaré que des accords supplémentaires doivent être conclus sur la manière dont les violations de l'accord par l'Iran seront gérées

Sur cette photo prise le 2 octobre 2019, l'un des quatre candidats au poste de directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Argentin Rafael Grossi, s'adresse à la presse après une audience. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)
Sur cette photo prise le 2 octobre 2019, l'un des quatre candidats au poste de directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Argentin Rafael Grossi, s'adresse à la presse après une audience. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

Le chef de l’agence de surveillance atomique de l’ONU a déclaré jeudi que si le président élu des Etats-Unis Joe Biden souhaitait revenir sur l’accord nucléaire avec l’Iran, il faudrait que les parties concluent un accord préliminaire qui établirait comment les violations de l’accord multilatéral par l’Iran pourraient être traitées.

« Je ne peux pas imaginer qu’ils vont simplement dire ‘nous sommes de retour à la case départ’ parce que la case départ n’existe plus », a déclaré Rafael Grossi, qui dirige l’Agence internationale de l’énergie atomique, à Reuters dans une interview.

« Il est clair qu’il faudra un protocole, un accord, un arrangement ou un document annexe qui stipulera clairement ce que nous faisons », a déclaré Grossi, dont la mission consiste à surveiller la bonne application de l’accord de 2015, connu sous le nom de Plan d’action global conjoint.

Le président américain Donald Trump s’est retiré de l’accord en 2018 et a commencé à imposer une série de sanctions contre Téhéran dans le cadre d’une campagne supposée exercer une pression maximale de sorte à faire plier l’Iran et à le convaincre d’accepter un accord plus favorable, aux yeux de Washington.

Mais l’Iran n’a pas plié et a plutôt choisi d’enrichir l’uranium à des quantités bien supérieures à ce que l’accord permettait. Le stock d’uranium enrichi de la République islamique est de plus de 2,4 tonnes, soit 12 fois la limite fixée par le JCPOA, mais reste inférieur aux plus de huit tonnes que l’Iran avait enrichies avant de signer l’accord. L’Iran a enrichi de l’uranium jusqu’à 4,5 % de pureté, ce qui est supérieur à la limite de 3,67 % prévue par l’accord, mais inférieur aux 20 % qu’il avait atteint avant la signature de l’accord.

Installation d’enrichissement nucléaire de l’Iran à Natanz, à 300 kilomètres au sud de la capitale Téhéran, en Iran, le 9 avril 2007. (Hasan Sarbakhshian/ AP/File)

Pour sa part, Biden s’est engagé à revenir dans l’accord nucléaire si l’Iran le respecte à nouveau. Il a également exprimé le désir de négocier un accord de suivi « plus long et plus solide » qui prolongerait les dispositions limitées dans le temps du JCPOA, tout en s’attaquant au programme de missiles de l’Iran et en limitant l’influence des mandataires régionaux de Téhéran.

L’Iran a manifesté sa volonté de se conformer à nouveau à l’accord si les États-Unis lèvent les sanctions mises en place après le retrait de Trump, mais a affirmé qu’il n’accepterait pas de négocier un accord ultérieur.

« Il y a davantage de matériel [nucléaire]… il y a davantage d’activités, il y a davantage de centrifugeuses, et d’autres sont annoncées. Alors que se passe-t-il avec tout cela ? C’est à eux de décider au niveau politique », a déclaré Grossi à Reuters.

« Ce que je vois, c’est que la boucle est bouclée pour revenir à décembre 2015 », a-t-il ajouté, en se référant à la période qui a suivi la signature de l’accord, lorsque l’AIEA a surveillé le retrait par l’Iran de grandes quantités de matières nucléaires de plusieurs sites à travers le pays afin de se conformer au JCPOA.

« S’ils veulent [se conformer], ils peuvent le faire assez rapidement. Mais pour toutes ces choses, nous avions un plan de route », a ajouté Grossi.

Mercredi, les parties restantes à l’accord nucléaire chancelant se sont réunies pour discuter des dernières violations de Téhéran ainsi que des plans de Biden de réintégrer l’accord.

La réunion de la « commission mixte », qui comprenait la Chine, la France, la Russie, l’Iran, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, était présidée par Helga Schmid, haut responsable des Affaires étrangères de l’UE.

Le Dr. Mohsen Fakhrizadeh sur une photo non datée. (Autorisation)

Parallèlement, l’assassinat, le mois dernier, de Mohsen Fakhrizadeh, éminent scientifique nucléaire iranien, que les États-Unis et Israël considéraient depuis longtemps comme le chef du programme d’armement nucléaire iranien, a accru les tensions dans la région, l’Iran attribuant la responsabilité de ce meurtre à Israël.

À la suite de la mort de Fakhrizadeh, les députés iraniens ont adopté un projet de loi appelant à une nouvelle expansion du programme nucléaire iranien et à la fin des inspections des installations nucléaires par l’AIEA.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré qu’il n’était pas d’accord avec le projet de loi et le président Hassan Rouhani a laissé entendre qu’il ne le signerait pas.

Rouhani a défié les critiques des ultra-conservateurs iraniens pour affirmer sa détermination à saisir « l’opportunité » présentée par le changement de président américain en janvier.

Pas le meilleur moment

Rouhani a déclaré que l’Iran était disposé à se conformer à l’accord dès que les autres parties respecteront leurs engagements.

Biden a déclaré qu’il était prêt à revenir à l’accord mais n’a pas révélé grand-chose d’autre sur la stratégie américaine à venir sur cette question.

Abbas Araghchi (centre droit), adjoint politique au ministère des Affaires étrangères de l’Iran, et Helga Schmid (centre gauche), secrétaire générale du service d’action extérieure de l’UE (SEAE), participent à une réunion de la commission mixte du Plan d’action global conjoint à laquelle participent l’Allemagne, la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et l’Iran, le 28 juillet 2019 au Palais Coburg à Vienne, en Autriche. (Crédit : ALEX HALADA / AFP)

Avant le début des discussions de mercredi, l’ambassadeur de Russie auprès des organisations internationales à Vienne, Mikhaïl Ulyanov, a tweeté que l’accent serait mis sur la manière de « préserver l’accord nucléaire et d’assurer sa mise en œuvre complète et équilibrée ».

« Le rôle des États-Unis à cet égard sera inévitablement discuté », a-t-il ajouté.
Un diplomate a déclaré à l’AFP que la réunion de mercredi serait « une occasion de dire aux Iraniens, face à face, de mettre fin aux violations de l’accord » et de ne pas ruiner les chances d’un retour à la diplomatie sous Biden.

Les tensions entre Téhéran et l’Occident ont également été aggravées ces derniers jours par l’exécution en Iran la semaine dernière du dissident Ruhollah Zam, qui a provoqué un tollé mondial.

Mais malgré les diverses sources de friction, le diplomate a déclaré que les inspections se poursuivaient « normalement » sur le terrain.

Lundi, le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, a déclaré que la réunion de mercredi faisait partie de « notre travail afin de maintenir le JCPOA en vie ».

Quelques jours auparavant, il avait souligné que l’accord était « la seule façon d’éviter que l’Iran ne devienne une puissance nucléaire » et avait déclaré qu’une réunion des ministres des participants au JCPOA serait convoquée avant Noël.

L’AFP a contribué à cet article.

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