Halamish : Le procureur ne demandera pas la peine de mort ; Colère de la famille
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Halamish : Le procureur ne demandera pas la peine de mort ; Colère de la famille

Les proches de la famille Salomon disent avoir "été joués" après que Liberman a appelé les juges à "montrer du courage" tout en admettant ne pas pouvoir leur dire quoi faire

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Omar Al-Abed, menotté, est présenté devant une salle d'audience pour son procès au tribunal militaire d'Ofer à proximité de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 août 2017 (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Omar Al-Abed, menotté, est présenté devant une salle d'audience pour son procès au tribunal militaire d'Ofer à proximité de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les proches de Yosef, Chaya et Elad Salomon, qui avaient été poignardés à mort dans l’implantation de Halamish au mois de juillet, ont accusé mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman d’avoir « joué avec eux » en faisant la fausse promesse qu’ils feraient avancer une législation prônant la peine de mort pour les terroristes.

Omar al-Abed, 19 ans, a été condamné mercredi pour trois chefs d’accusation de meurtre, deux chefs de tentatives d’homicide aggravé, et pour un chef d’incitations en plus de plusieurs autres pour les meurtres effroyables commis alors que la famille célébrait la naissance d’un enfant lors du Shabbat.

L’avocat général militaire a recommandé quatre peines de prison à vie pour al-Abed.

« Ils se sont joués de nous. Ils ont parlé, parlé, et rien n’a été fait », a expliqué Rachel Menzali, l’une des filles survivantes de Yosef Salomon, à la cour militaire d’Ofer, à proximité de Ramallah, après l’audience.

« Durant la shiva, le Premier ministre et le ministre de la Défense nous ont explicitement dit qu’ils feraient avancer cela [la peine de mort pour les terroristes] mais apparemment, ils ne le veulent pas véritablement ».

Les filles survivantes de Yosef Salomon, Orit Marcus, à droite, et Rachel Menzali, s’expriment devant les journalistes après l’audience de condamnation d’Omar al-Abed à la cour militaire d’Ofer, le 27 décembre 2017 (Capture d’écran/Twitter)

Alors que l’avocat général militaire émettait sa recommandation, l’armée a indiqué qu’une décision serait prise ultérieurement.

Avant le début de l’audience de mercredi, Liberman avait appelé à ce qu’al-Abed écope de la peine de mort.

« Aujourd’hui, la condamnation d’un terroriste qui a assassiné de sang-froid trois membres de la famille Salomon au sein de l’implantation de Halamish sera prononcée. Une peine capitale est la seule sanction appropriée pour un tel acte », a tweeté Liberman.

« J’appelle les magistrats à montrer du courage et à imposer la peine de mort au terroriste. Le sang juif n’est pas gratuit. Il n’y a pas de place à offrir aux terroristes, pas même dans une prison ».

Toutefois, le bureau de l’avocat général militaire, qui juge le dossier devant un tribunal de l’armée israélienne, a expliqué que la peine de mort n’est pas une politique israélienne, même si elle est autorisée selon les termes de la loi.

Le parti Yisrael Beytenu de Liberman avait fait de la peine capitale pour les terroristes l’une de ses plate-formes centrales lors des élections de 2015.

La législation que la formation politique fait avancer actuellement à la Knesset s’appliquerait aux auteurs d’actes meurtriers de terrorisme, sur la base de sa définition légale israélienne. Au vu de la loi existante, a confirmé un porte-parole de Yisrael Beytenu au Times of Israel, la peine de mort s’étendrait aux Palestiniens condamnés pour avoir tué des soldats de l’armée israélienne ainsi que des civils.

Une seule personne a été condamnée à mort par un tribunal israélien jusqu’à aujourd’hui : l’officier nazi Adolf Eichmann, l’un des architectes de l’Holocauste.

Même si elle n’a été utilisée que dans l’affaire d’Eichmann en 1962, la peine capitale existe officiellement dans la loi israélienne. Elle est autorisée techniquement dans des affaires de haute-trahison, ainsi que dans certaines circonstances dans lesquelles la loi militaire s’applique au sein de l’armée et en Cisjordanie.

Les gouvernements israéliens précédents, notamment ceux dirigés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont écarté le projet de loi sur la peine de mort. La proposition soumise par Yisrael Beytenu a été pour la dernière fois rejetée en 2015, sur ordre de Netanyahu, par 94 voix contre 6 (les six étant les députés de la formation qui avait proposé la législation).

Dimanche, le chef du service de sécurité du Shin Bet Nadav Argaman a indiqué aux députés qu’il était défavorable à la peine de mort pour les attaquants.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse, Sara, ont été consoler les membres de la famille des trois victimes de la famille Salomon tués lors d’une attaque terroriste à Halamish le 22 juillet 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Le procureur général Avichai Mandelblit aurait également dénoncé la peine de mort, arguant du fait qu’elle ne dissuaderait pas les terroristes de mener des attaques qu’ils commettent généralement en présumant qu’ils n’y survivront pas.

Les soeurs Salomon n’ont pas été impressionnées par les propos tenus par Liberman, disant que « ce que doit véritablement faire le ministre de la Défense, c’est de décrocher son téléphone et appeler le procureur militaire pour arrêter le procès et réclamer une peine de mort ».

Liberman a semblé réprimander la famille Salomon dans un tweet qui a suivi les déclarations le critiquant. « Israël est un pays civilisé. Tout comme le ministre de la Justice ne peut pas donner d’instructions au bureau du procureur général et à la Cour suprême sur leur manière de juger, moi, le ministre de la Défense, je n’ai pas le droit de donner des instructions aux juges et procureurs militaires », a-t-il écrit.

Yosef, Elad et Chaya Salomon, poignardés à mort à Halamish, en Cisjordanie, le 21 juillet 2017. (Crédit : autorisation)

Il a toutefois conclu son tweet en recommandant vivement aux « juges d’imposer la peine de mort au terroriste ! »

Dans un discours préparé en amont de l’audience, la famille Salomon a expliqué que la peine capitale était la seule acceptable pour al-Abed.

“Michal [la veuve d’Elad Salomon] a parlé du visage souriant du meurtrier qu’elle a vu lorsqu’il est entré dans la maison. Un visage joyeux qui indiquait que ce n’est pas quelqu’un qui croit qu’il va remplir un devoir difficile, mais un homme passionné impatient de satisfaire son vice », avait écrit Dan Lada, le père de Michal Salomon, qui la représentait. « Si la balle sortie de l’arme du soldat ne l’avait pas arrêté, nous ferions face à 10 tombes aujourd’hui ».

Le 21 juillet, al-Abed, originaire du village voisin de Kobar, avait sauté par-dessus la clôture de l’implantation de Halamish avec un simple déguisement, un couteau de boucher et des bouteilles d’eau pour faire ses ablutions. Il avait déclenché un capteur mais évité d’être découvert.

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, au conseil des ministres hebdomadaire dans le bureau du Premier ministre à Jérusakem, 3 décembre 2017 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Une fois à l’intérieur de l’implantation, l’adolescent palestinien avait pratiqué une sorte de cérémonie de purification. Il portait une chemise blanche, le choix banal d’un grand nombre de Juifs pratiquants qui observent le Shabbat en Israël. Quelques minutes plus tard, il avait frappé à la porte de la maison habitée par la famille Salomon, le couteau à la main.

Lorsque la porte s’était ouverte, il avait mortellement poignardé trois membres de la famille : le patriarche, Yosef Salomon, 70 ans, et deux de ses enfants, Chaya, 46 ans et Elad, 36 ans. Ce déchaînement sanglant avait pris fin lorsqu’un voisin, servant dans une unité d’élite de l’armée israélienne, entendant du bruit, avait saisi son arme à feu et tiré sur le terroriste palestinien qu’il avait blessé au ventre.

Al-Abed est arrivé jeudi au tribunal militaire d’Ofer en souriant, ont indiqué avec dégoût des proches de la famille Salomon.

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