Melcer demande l’ouverture d’une enquête pour des fraudes aux élections
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Melcer demande l’ouverture d’une enquête pour des fraudes aux élections

Le chef de la commission centrale électorale a demandé au procureur général et à la police de mener une enquête sur de possibles fraudes dans des bureaux de vote arabes israéliens

Le juge Hanan Melcer, président de la commission centrale électorale de la 21e Knesset, assiste à une réunion de la CCE à la Knesset, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le juge Hanan Melcer, président de la commission centrale électorale de la 21e Knesset, assiste à une réunion de la CCE à la Knesset, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, le chef de la commission centrale électorale a demandé au procureur général Avichai Mandelblit et au chef de la police en fonction, Motti Cohen, d’ouvrir une enquête criminelle pour fraude électorale, citant plusieurs incidents de possibles irrégularités.

Le président de la commission, le juge de la Cour suprême Hanan Melcer, a déclaré dans une lettre que sa demande était motivée par des preuves qui lui avaient été fournies par le député du Likud David Bitan, un soutien très proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le 9 avril, le jour de l’élection, 1 200 militants du Likud sont arrivés avec des caméras cachées dans des bureaux de vote de villes arabes. Le Likud a reconnu être derrière cette manœuvre. Des responsables du parti ont déclaré qu’elle visait à éviter d’éventuelles fraudes dans des zones à risque.

Dans sa lettre, Melcer a déclaré que la police devrait rassembler toutes les preuves reçues en utilisant les caméras – sous certaines restrictions non précisées – pour décider si les images et les enregistrements nécessitaient d’autres actions.

Il a divulgué des détails sur deux affaires où une fraude a été suspectée. Dans l’une d’elle, la ville arabe israélienne de Kisra-Sumei dans la Galilée occidentale, a eu un taux de participation de 97 % des électeurs éligibles au vote – bien loin du taux national de 67,9 %. En outre, tous les résultats de bureau de vote étaient des chiffres ronds, une combinaison qui « soulève des questions et nécessite une enquête », selon Melcer.

Une caméra cachée sur un observateur du Likud, dans un bureau de vote d’une ville arabe, lors des élections du 9 avril 2019. (Crédit : Hadash-Taal)

Dans un autre bureau de vote de la ville d’Afula au nord du pays, a déclaré Melcer, les chiffres enregistrés dans le protocole étaient très différents du total de la feuille de résultats et des urnes. « Il faut mener une enquête pour savoir si les membres du comité du bureau de vote ont agi convenablement », a écrit Melcer.

Il a indiqué qu’il n’avait pas autorité pour remettre en cause les résultats dans ces bureaux ou dans d’autres bureaux de vote du pays. Il a demandé à être informé d’ici 30 jours sur les mesures prises.

Melcer n’a cependant pas répondu aux appels de politiciens et de militants pour enquêter sur le Likud qui a installé des caméras cachées dans des bureaux de vote.

La semaine dernière, la députée du parti Hadash-Taal Aida Touma-Sliman a envoyé une lettre au procureur général Avichai Mandelblit pour lui demander de faciliter la procédure de récupération de toutes les caméras et autres dispositifs placés par des militants du Likud dans des bureaux de vote arabes le jour de l’élection. En outre, elle a accusé Melcer d’avoir publié une directive « problématique » le jour de l’élection, laquelle demandait que les caméras soient restituées aux militants du Likud, à condition qu’elles soient remises à la police si une plainte était déposée.

Touma-Sliman estime que la restitution aux militants du Likud des caméras et des éléments enregistrés relevait également de la violation de la vie privée et pouvait conduire à l’effacement de preuves vitales.

Aida Touma-Sliman, députée de la Liste arabe unie, à la Knesset, le 3 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Touma-Sliman souhaite que la récupération de caméras ait lieu en parallèle à une enquête d’Avichai Mandelblit sur l’implication du parti du Likud et du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans leur mise en place dans des bureaux de vote. Elle affirme qu’il s’agissait d’une tentative de saper « la légitimité» de la citoyenneté de la communauté arabe.

Jeudi dernier, la députée Meretz Michal Rozin avait également envoyé une lettre au procureur général pour lui demander de « mener une enquête urgente » sur la mise en place de caméras dans les bureaux de vote arabes lors des élections.

« Le Likud a essayé d’empêcher les électeurs de la communauté arabe d’exercer leur droit démocratique, d’une manière qui pourrait constituer une menace », a-t-elle écrit sur Twitter.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une conférence à l’université Bar-Ilan à Ramat Gan, le 28 mars 2019. (Flash90)

Kaizler Inbar, une entreprise israélienne de relations publiques, a déclaré qu’elle avait travaillé étroitement avec le Likud pour équiper de caméras les observateurs des élections dans des villes arabes. L’entreprise a affirmé, avec fierté, qu’elles ont été responsables de la faible participation des électeurs arabes.

Kaizler Inbar a directement fait un lien entre cette opération et le faible taux de participation des citoyens arabes israéliens, se vantant qu’il soit « le plus bas des taux enregistrés ces dernières années ».

52 % des électeurs arabes israéliens ont voté mardi, a estimé Yousef Makladeh, un statisticien arabe israélien. Aux élections de 2013 et de 2015, environ 54 % et 63,7 % des Arabes israéliens, respectivement, avaient voté, selon des estimations effectuées après ces élections.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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