Haut responsable iranien : pas de « démarches sérieuses » pour Israël en Syrie
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Haut responsable iranien : pas de « démarches sérieuses » pour Israël en Syrie

Le chef du Parlement iranien a déclaré que Moscou avait eu raison de livrer des S-300 à Damas après l'abattage accidentel d'un avion-espion russe par l'armée syrienne

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une image satellite montrant un avion de transport russe sur un champ d'aviation syrien, le 6 octobre 2018 (Crédit : ImageSat International)
Une image satellite montrant un avion de transport russe sur un champ d'aviation syrien, le 6 octobre 2018 (Crédit : ImageSat International)

Un haut responsable iranien a déclaré lundi qu’Israël aurait des difficultés à mener des frappes aériennes en Syrie après que la Russie a fourni au pays le système de défense antiaérienne avancé S-300.

« Je ne pense pas que les Israéliens pourront entreprendre de sérieuses démarches dorénavant. C’est le droit de la Russie de déployer le système S-300 en Syrie et de défendre ses intérêts, en particulier après l’attaque israélienne contre l’avion russe », a expliqué Ali Larijani, chef du Parlement iranien, à la chaîne de télévision Russia Today, contrôlée par le Kremlin.

« C’est le droit légitime de la Russie », a-t-il ajouté, s’adressant à la branche arabophone de la chaîne en marge de la conférence des présidents des Parlements des pays eurasiens en Turquie.

L’avion-espion russe avait été abattu accidentellement par Damas et non Israël, le 17 septembre dernier, après que des avions-chasseurs israéliens ont effectué une frappe contre un dépôt d’armes qui, selon l’armée, devaient être remises au Hezbollah et à d’autres groupes mandataires iraniens, et qui était situé dans la ville côtière de Lattaquié, en Syrie. L’avion de reconnaissance de type Il-20 avait été abattu durant une contre-attaque des forces syriennes, et les 15 membres qui formaient son équipage avaient été tués.

Une simulation informatique diffusée par le ministère russe de la Défense, le 23 septembre 2018, prétend montrer les avions chasseurs israéliens près d’un appareil russe de reconnaissance, en rouge, au large des côtes de la Syrie avant son abattage accidentel par les forces syriennes répondant aux frappes israéliennes (Crédit : Ministère russe de la Défense via AP)

Israël avait blâmé la Syrie pour l’abattage de l’avion, accusant l’armée syrienne d’avoir tiré « de manière indiscriminée » et d’avoir continué à le faire après le retour des avions israéliens dans l’espace aérien de l’État juif.

Même si Poutine avait évoqué dans un premier temps auprès des journalistes un « enchaînement de circonstances tragiques », l’armée russe avait rapidement accusé les pilotes israéliens de s’être servi de l’avion russe comme couverture pour échapper aux tirs syriens après avoir mené leur raid en Syrie, ce qu’a fermement nié l’État hébreu.

En réponse à l’incident, la Russie a fourni un certain nombre de batteries de défense antiaérienne S-300 au régime de Bashar el-Assad – ce qu’elle avait déjà convenu de faire en 2010, reportant toutefois la livraison de manière répétée, conformément aux demandes d’Israël.

Lundi également, l’agence de presse russe d’Etat TASS a fait savoir que la Russie a fourni les systèmes de défense antiaérienne avancés S-300 aux militaires syriens gratuitement, transférant trois bataillons dotés de huit lanceurs chacun à la Syrie.

« Le 1er octobre, trois ensembles de bataillons de systèmes S-300PM de huit lanceurs chacun ont été livrés à la Syrie », a annoncé une source militaire à l’agence.

Capture d’écran d’une vidéo montrant la livraison de missiles de défense antiaérienne S-300 à la Syrie (Capture d’écran : YouTube)

« Ces systèmes étaient précédemment déployés dans l’un des régiments des forces aérospatiales russes qui utilisent dorénavant les systèmes S-400 Triumph. Des réparations capitales ont été faites sur les systèmes S-300 dans les entreprises de défense russes. Ils sont en bon état et dorénavant capables de mener des missions de combat », a ajouté cette source.

Elle a également noté que ces systèmes avaient été fournis gratuitement, comme cela a été aussi le cas pour 100 missiles guidés sol-air pour chaque bataillon, soit 300 en tout.

Dans les semaines qui ont suivi la décision de Moscou de livrer les batteries à la Syrie, des avions-cargo russes, notamment l’Antonov-124, particulièrement massif, ont été remarqués en train d’effectuer des livraisons fréquentes à la base militaire aérienne de Hmeimim en Syrie.

Une image satellite montrant un avion de transport russe sur un champ d’aviation syrien, le 6 octobre 2018 (Crédit : ImageSat International)

Les liens entre Israël et Moscou sont actuellement tendus en raison de l’abattage de l’avion et de la livraison récente par la Russie des S-300 au régime d’Assad. L’État juif et les Etats-Unis s’inquiètent du fait que la présence de ce système sur le territoire syrien puisse compliquer les efforts en cours visant à empêcher l’Iran d’approfondir son implantation en Syrie et à transférer des armes au Hezbollah.

Israël et ses alliés font pression depuis des années sur la Russie pour qu’elle ne fournisse pas le système avancé S-300 à la Syrie et à d’autres acteurs régionaux, affirmant qu’il limiterait la capacité d’Israël à neutraliser les menaces, émanant notamment du groupe du Hezbollah, basé au Liban.

Le système S-300, considéré comme l’un des plus avancés dans le monde, a un rayon d’action de 200 kilomètres environ, ce qui signifie qu’une batterie placée à proximité de Damas couvrirait une grande partie de l’État juif.

Jeudi dernier, le général américain Joseph Votel, qui dirige le commandement central aux États-Unis, a qualifié le déploiement russe de S-300 en Syrie « d’escalade inutile ».

Moscou aurait oeuvré à ouvrir des canaux de communication entre Jérusalem et Téhéran pour réduire les tensions et les frictions en Syrie. Citant un haut responsable russe, le quotidien arabe Asharq Al-Awsat, basé à Londres, a fait savoir que cette tentative aurait suivi la décision prise par Moscou de fournir les S-300 au régime d’Assad.

Adam Rasgon, l’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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