Huawei entre dans le marché israélien de l’énergie solaire
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Huawei entre dans le marché israélien de l’énergie solaire

Le géant chinois de télécommunications a annoncé sa décision quelques heures après avoir quitté le marché américain

Vue aérienne d'un champ d'énergie photovoltaïque de 40 mégawatts récemment construit au  Kibbutz Ketura, et qui fournit un tiers de la consommation quotidienne d'électricité de la ville d'Eilat (Autorisation)
Vue aérienne d'un champ d'énergie photovoltaïque de 40 mégawatts récemment construit au Kibbutz Ketura, et qui fournit un tiers de la consommation quotidienne d'électricité de la ville d'Eilat (Autorisation)

Huawai, le géant chinois des télécommunications, connu en Israël pour ses smartphones aux prix très attractifs, fait son entrée dans le marché de l’énergie solaire israélienne pour vendre des onduleurs, qui aident à convertir l’énergie solaire en électricité pour le réseau.

L’annonce de la compagnie en Israël est intervenue mercredi, seulement quelques heures après que Huawei a clôturé son activité d’énergie solaire aux Etats-Unis, au milieu de tensions croissantes entre Washington et Pékin.

Mercredi, un officiel américain de l’énergie a prévenu, lors d’une conférence sur la sécurité informatique à Tel Aviv, Cyber Week, que « les données qui sont collectées sur les panneaux solaires pouvaient être utilisées sur d’autres choses… nous appelons donc à la prudence ».

Dan Brouillette, le ministre américain de l’Energie, a déclaré aux journalistes que l’industrie des panneaux solaires était « innocente », mais que les investissements devaient être « envisagés avec une grande prudence et protégés de manière appropriée ».

Il a également dit que « nous continuons à appeler les pays, pas seulement Israël, à faire preuve de prudence quand ils traitent avec des pays qui pourraient utiliser des développements d’infrastructures afin de renforcer de réseau de renseignement et de collecte de données qui pourraient être utilisés contre ces pays ».

Dan Brouillette, ministre américain de l’Energie, lors d’une conférence de presse à la Cyber Week à Tel Aviv, le 26 juin 2019. (Shoshanna Solomon)

« La Chine est un sujet de préoccupation spécifique pour nous, c’est le cas depuis un certain temps. Jusqu’à présent, j’ai vu en Israël, et dans d’autres pays, que les gens ont pris conscience de la menace et ils y réagissent. C’est formidable ».

Israël, a continué Brouillet, semblait prendre la direction de créer un organisme qui ressemblerait au Comité des investissements financiers aux Etats-Unis, qui est une institution inter-agence qui examine les conséquences, en matière de sécurité nationale, des investissements étrangers.

Huawei a ouvert un bureau de représentation en Israël la semaine dernière, comme cela a été annoncé par le quotidien d’affaire Calcalist. Zing Energy est à moitié possédé par El-Mor Installations et Service électriques, qui se spécialise dans les infrastructures de grande ampleur et d’énergie solaire et par l’énergie IEA.

Kenneth Frey, le directeur d’Huawei pour l’Europe et le Moyen-Orient, est arrivé en Israël mardi et il passera plusieurs jours à visiter les projets solaires et à rencontrer les gens impliqués dans le secteur.

L’entreprise va vendre des onduleurs, qui convertissent le courant direct à haute tension en courant alternatif qui peut être redirigé vers le système d’électricité. L’entreprise affirme qu’elle contrôle 56 % du marché mondial des onduleurs.

Elle va opérer avec plusieurs champs solaires de 30-megawatt.

Huawei affirme avoir découvert un moyen de produire de grandes quantités d’électricité à partir de champs solaires et de permettre aux onduleurs de communiquer avec une centrale de commande à travers des lignes de communication – un élément qui permet l’identification automatique d’un dysfonctionnement sans avoir besoin de procéder à des inspections physiques du champ de panneaux solaires.

Des travailleurs étrangers chinois creusant des tunnels dans le mont Carmel au nord d’Israël font une pause déjeuner, le 24 février 2009. (Moshe Shai/Flash90)

Le Chine a déjà pénétré l’industrie des transports israéliens. Des entreprises chinoises sont impliquées dans la construction du tramway de Tel Aviv, des tunnels pour le tramway d’Acco-Carmiel et dans un port d’Ashdod dans le sud du pays. Dans une décision qui a entraîné une polémique en Israël, le Groupe portuaire Shanghai International va gérer le port de Haïfa dans le nord du pays pour 25 ans à partir de 2021.

A part les transports, une entreprise du gouvernement chinois, PMEC, fait actuellement partie d’un consortium en compétition pour obtenir un marché de construction d’une centrale électrice israélienne.

Plus tôt cette année, le président américain Donald Trump aurait prévenu le Premier ministre Benjamin Netanyahu que si Israël ne réduisait pas ses liens avec la Chine, les relations sécuritaires avec les Etats-Unis pourraient en pâtir.

Des messages similaires auraient été relayés ces derniers mois par des officiels de l’administration Trump, y compris le Conseiller à la sécurité nationale John Bolton et le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo.

Le mois dernier, Trump a dit qu’il s’assurerait que Huawei serait exclu des réseaux américains de 5G à cause des risques potentiels d’espionnage.

Dans le cas de l’énergie solaire, aussi bien les Démocrates que les Républicains au Congrès ont prévenu qu’autoriser à Huawei d’avoir accès au système d’énergie solaire américain pourrait permettre à la Chine de le perturber ou même de couper l’électricité.

Interrogé en marge de la Cyber Week pour savoir si Israël en faisait assez pour répondre aux préoccupations américaines sur la pénétration chinoise du marché israélien, Brouillette a déclaré, « Je pense qu’ils font assez. Le Premier ministre a déclaré, publiquement je pense, qu’il comprenait les préoccupations que nous avons exprimées au sujet d’entreprises comme Huawei. Et il est d’accord avec nous, donc cela nous encourage ».

Il a poursuivi en disant : « Je pense que si Israël prend les mesures appropriées pour limiter l’exposition de ses infrastructures sensibles, les réseaux de télécommunications, le réseau électrique, et ce type de produits, je crois que cela va dans le bon sens ».

Il a dit qu’il était « encouragé » par ce qu’il avait vu.

Interrogé pour savoir si le Premier ministre avait indiqué son intention de restreindre l’activité chinoise en Israël, il a dit : « Nous ne sommes pas entrés dans les détails des mesures spécifiques que le gouvernement [israélien] pouvait prendre. Il a reconnu la menace, et c’est la première étape avant toute future mesure, le simple fait de reconnaître la menace et que le Premier ministre ait reconnu la menace me réconforte beaucoup ».

Huawei a passé une décennie à lutter contre les accusations américaines selon lesquelles il serait le fer de lance de l’espionnage chinois.

Le logo de Huawei est présenté dans un magasin à Pékin, le 6 décembre 2018. (Fred Dufour/AFP/Getty Images)

Mardi, un porte-parole de Huawei a déclaré au Financial Times qu’au « cours des derniers mois, nous avons été obligés de prendre des mesures pour adapter plus précisément notre stratégie commerciale au climat peu accueillant qui se développe aux Etats-Unis. Après un examen attentif de notre activité aux Etats-Unis, nous avons pris la décision difficile de fermer plusieurs positions au sein de nos bureaux américains ».

En janvier, le département de la Justice américain a engagé des poursuites criminelles contre Huawei et une haute représentante de l’entreprise et plusieurs filiales, affirmant que l’entreprise avait volé des secrets commerciaux, induit en erreur des banques sur ses activités et violé les sanctions américaines.

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