Il n’y a ni débat ni plan d’annexion de zones en Cisjordanie – responsable US
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Il n’y a ni débat ni plan d’annexion de zones en Cisjordanie – responsable US

Cet officiel resté anonyme a répondu à l'ambassadeur américain en Israël David Friedman qui a expliqué soutenir le "droit" d'Israël à conserver certains territoires en Cisjordanie

Vue de l'implantation israélienne de Beitar Illit le 14 février 2018. (AFP/ MENAHEM KAHANA)
Vue de l'implantation israélienne de Beitar Illit le 14 février 2018. (AFP/ MENAHEM KAHANA)

Israël n’a pas présenté de plan d’annexion concernant certaines parties de la Cisjordanie et n’a pas discuté d’un tel projet avec les Etats-Unis, a expliqué un responsable américain samedi suite aux propos tenus par David Friedman, ambassadeur américain en Israël, qui a affirmé qu’il pensait que l’Etat juif avait le « droit » d’annexer au moins « certains » secteurs du territoire disputé.

« Aucun plan d’annexion unilatérale de zones situées en Cisjordanie n’a été présenté par Israël aux Etats-Unis, pas plus qu’il n’y aurait de réflexion en cours sur un tel projet », a clamé un officiel américain qui a conservé l’anonymat, des paroles relayées par Reuters.

La Douzième chaîne israélienne a indiqué que ce responsable appartenait au département d’Etat américain.

L’homme, qui a été cité en hébreu par le site d’information Ynet, aurait indiqué que le positionnement adopté par l’administration américaine sur les implantations n’avait pas changé. Au mois de mars, pour la première fois, l’administration Trump a cessé de faire référence à la Cisjordanie sous le terme de territoire « occupé » dans le rapport annuel émis par le département d’Etat sur les droits de l’Homme dans le monde entier.

Dans une interview qui a été publiée samedi par le New York Times, Friedman a indiqué qu’une annexion israélienne de la Cisjordanie pourrait être légitime à un certain degré.

« Sous certaines circonstances, je pense qu’Israël aurait le droit de retenir une partie de la Cisjordanie mais probablement pas toute », a déclaré l’ambassadeur.

L’ambassadeur américain David Friedman lors d’une visite de condoléances dans la famille de Yotam Ovadia, tué lors d’un attentat terroriste dans l’implantation d’Adam, en Cisjordanie, le 30 juillet 2018 (Crédit : Miri Tzahi/Yesha Council)

Friedman a ajouté que l’administration Obama, en n’opposant pas son veto – et en laissant donc adopter – une résolution des Nations unies, en 2016, qui condamnait les implantations israéliennes qualifiées de « violations flagrantes » du droit international, avait donné foi aux revendications palestiniennes sur « la Cisjordanie toute entière et sur Jérusalem-Est ».

Au contraire, a-t-il noté, « Israël a très certainement le droit de retenir une partie de ces territoires », faisant référence à la Cisjordanie.

Ses propos ont entraîné la fureur des Palestiniens qui ont accusé Friedman de devenir « le porte-parole des habitants d’implantation ».

Saeb Erekat, secrétaire-général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et négociateur palestinien, a dit que les paroles de Friedman prouvaient que l’administration Trump se montrait éminemment partiale envers Israël et que les Palestiniens avaient raison de boycotter une conférence économique prévue à la fin du mois au Bahreïn, où Washington devrait normalement dévoiler la première phase d’un plan de paix très attendu.

Un autre responsable palestinien, Mustafa Barghouti, a qualifié Friedman de « porte-parole des habitants d’implantations », a fait savoir Haaretz, et estimé que ses propos s’apparentaient à une « chutzpah » [culot].

« L’ambassadeur du président Trump donne suffisamment de justifications pour que personne ne se rende seulement à la rencontre de Manama : La vision des Américains, c’est l’annexion des territoires occupés, ce qui est un crime de guerre selon les termes de la loi internationale », a écrit Erekat sur Twitter, samedi.

Le parti du Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a lui aussi accusé Friedman de promouvoir des mesures qui seraient une « violation flagrante » du droit international et des résolutions variées des Nations unies.

« Les autorités palestiniennes sont attachées à la paix mais pas à n’importe quel prix ; à une paix juste, authentique et durable sur la base du droit international, des résolutions de l’ONU et du principe d’une solution à deux États que Friedman évite dorénavant », a dit le parti dans un communiqué transmis par l’agence de presse officielle de l’AP, Wafa.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (à droite) et le responsable des négociations pour la paix, Saeb Erekat, signent une candidature pour intégrer les organismes de l’ONU, à Ramallah, en Cisjordanie, le mardi 1er avril 2014. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Au cours de sa campagne en vue des élections du mois d’avril, Netanyahu avait promis d’annexer petit à petit toutes les implantations juives en Cisjordanie, une initiative soutenue depuis longtemps par l’immense majorité des députés de son alliance composée de partis de droite et de formations religieuses. Il avait ajouté qu’il espérait pouvoir le faire avec l’aval des Etats-Unis.

Friedman, dans l’interview parue dans le Times, a refusé de faire part de la réponse américaine à une annexion unilatérale israélienne, disant : « Nous ne saurions vraiment pas quoi répondre avant de comprendre de nombreuses choses : combien de parties de territoires, sur quels termes, pourquoi une telle démarche aurait du sens, pourquoi elle serait favorable pour Israël, pourquoi elle serait favorable pour la région… Pourquoi elle ne va pas créer davantage de problèmes qu’elle n’en résout…Ce sont des choses que nous voudrions alors pouvoir comprendre et je ne veux préjuger de rien ».

Au mois de décembre 2017, le président américain Donald Trump avait reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël. Les Etats-Unis avaient alors déplacé leur ambassade, avec à sa tête David Friedman, dans la ville sainte au mois de mai 2018.

Au mois de mars, peu avant les élections générales, Trump a reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

Les Etats-Unis devraient présenter le volet économique du plan de paix au Moyen-Orient le 25 et le 26 juin au Bahreïn, où les états arabes du Golfe devraient promettre de stimuler l’économie palestinienne en difficulté.

Mais la date de révélation du volet politique – qui devrait ne pas appeler à la création d’un État palestinien – reste pour sa part indéterminée.

Ce présumé renoncement à la mise en place d’un Etat palestinien mettrait un terme à la solution dite à deux Etats, qui envisage la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël.

Le président américain Donald Trump remet son stylo plume au Premier ministre Benjamin Netanyahu après avoir signé un décret relatif au plateau du Golan dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche, le 25 mars 2019. (Saul Loeb/AFP)

Les Palestiniens ont d’ores et déjà rejeté le plan de paix de Trump, annonçant qu’ils ne participeraient pas au sommet du Bahreïn qui sera, selon eux, excessivement partial en faveur d’Israël.

Friedman a déclaré qu’il y avait « plus de reproches à faire du côté palestinien » en ce qui concerne l’échec de la résolution du conflit jusqu’à présent, notant toutefois qu’Israël « a aussi fait ses propres erreurs ».

« Il y a eu des propositions extrêmement généreuses qui ont été faites aux Palestiniens et qui ont été refusées », a-t-il dit.

Il a fustigé l’AP, citant ses « très médiocres antécédents en termes de droits de l’Homme » et ajouté que ses institutions « ne donnent à personne, dans la région, l’assurance suffisante que l’autonomie palestinienne ne représentera pas une menace… Aujourd’hui, ce sont les autorités palestiniennes qui représentent la véritable difficulté ».

Les commentaires publics faits par les responsables de l’administration américaine ont laissé entendre jusqu’à présent que le plan de paix sera largement consacré à un soutien financier substantiel apporté à l’économie palestinienne – et majoritairement fourni par les États arabes du Golfe – en échange de concessions sur les territoires et sur un État.

« La dernière chose dont le monde a besoin, c’est d’un État palestinien en échec entre Israël et la Jordanie », a dit Friedman au Times.

« Peut-être ne le prendront-ils pas – peut-être qu’il ne répondra pas à leurs exigences minimales », a-t-il commenté, évoquant le plan de paix.

« Nous comptons sur le fait que le bon plan diffusé au bon moment recueillera une réaction favorable avec le temps », a-t-il continué.

Friedman, qui est un soutien fervent des implantations israéliennes, a expliqué au Times que le plan de paix visait à améliorer la qualité de vie des Palestiniens mais qu’il était peu probable qu’il amène rapidement une « résolution permanente au conflit ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2e à partir de la droite) rencontre à Jérusalem l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Ron Dermer (à droite), le conseiller de la Maison-Blanche Jared Kushner (au centre), l’ambassadeur des États-Unis en Israël David Friedman (2e à gauche) et l’envoyé spécial Jason Greenblatt, le 22 juin 2018 (Kobi Gideon/GPO).

Friedman a noté que le plan ne serait pas dévoilé si l’administration estimait qu’il risquait de faire plus de mal que de bien.

« Nous ne voulons pas empirer les choses… Notre objectif n’est pas de montrer combien nous serions intelligents au détriment de la sécurité des populations », s’est-il exclamé.

Il a déclaré qu’il ne pensait pas que le plan entraînerait des violences palestiniennes.

Mais il a dit que les Etats-Unis établiraient une coordination étroite avec son allié arabe, la Jordanie, qui pourrait devoir faire face à des agitations au sein de son importante population palestinienne suite à un plan qui pourrait paraître trop favorable à Israël.

La révélation du plan pourrait être encore reportée suite à l’organisation, décidée par la Knesset, d’élections générales anticipées pour le mois de septembre, le second scrutin de cette année.

Le plan est considéré comme trop sensible pour être dévoilé pendant la campagne.

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